Critiquer l’efficacité de l’homéopathie, est-ce une fake news ?

Tube 12 CH de Boiron Groupe-Crédits Yann Geoffray (CC BY-NC-ND 2.0) — Boiron Groupe-Yann Geoffray, CC-BY

La nouvelle directrice de Boiron tente de défendre son business. Avec de curieux arguments.

Par Arnaud Demion.

« Je suis convaincue qu’elle [l’homéopathie] a sa place dans la médecine du futur, c’est pour cela qu’elle est tant attaquée. D’ailleurs, je constate un véritable décalage entre une minorité de médecins qui contestent l’homéopathie, et une grande majorité de patients qui la plébiscite. Je suis donc farouchement déterminée à faire entendre la vérité sur les médicaments homéopathiques, même si cela ne fera pas plaisir à certains. »

C’est en ces mots, dans une interview pour La Tribune, que Valérie Poinsot, nouvelle directrice générale déléguée des Laboratoires Boiron, annonce qu’elle entend défendre son business, avant d’assimiler les attaques contre l’homéopathie à des fake news !

Une défense un peu légère donc, et basée sur un certain nombre de sophismes que je vous propose d’examiner un peu plus en détail.

L’homéopathie, médecine du futur ?

L’interview commence d’ailleurs sur les chapeaux de roues avec un magnifique argumentum ad populum, en prenant en otage des clients1 crédules. Comme le disait Coluche, « ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont raison ». Et ce ne sont pas les sentiments et les ressentis, fussent-ils en très grand nombre, qui font les faits.

Rappelons aussi que la « médecine du futur » est en réalité basée sur des principes édictés par Samuel Hahnemann entre 1796 et 1810, lesquels se résument à peu près à des raisonnements par analogie et de la superstition :

  • Le principe de similitude, basé sur l’idée selon laquelle le mal est traité par le mal ;
  • L’idée de globalité, que l’on retrouve dans pratiquement toutes les disciplines charlatanesques (de l’ostéopathie à l’anthroposophie) et qui fournit tout de même quelques indications sur la prétention de ces dernières ;
  • La dilution, consistant à diluer puis à agiter les préparations un certain nombre de fois, jusqu’à être à peu près certain que le produit final ne contiendra plus aucune goutte, voire aucune molécule, de la teinture mère2. De plus, et selon Hahnemann, le remède est censé devenir plus puissant à mesure que la dilution augmente !

La méthode n’a aujourd’hui pas changé, si ce n’est que la production s’est industrialisée. Comme « médecine du futur », on repassera. En ce qui concerne l’éventuelle efficacité que ces produits pourraient avoir (comme dirait l’autre, sur un malentendu, on ne sait jamais), je dirige le lecteur vers la littérature scientifique (et je salue au passage la patience des chercheurs qui gaspillent leur temps ainsi qu’une quantité non négligeable d’argent public pour démontrer que la pensée magique ne fonctionne pas).

Corrélation n’est pas causalité

Plus loin, Valérie Poinsot confond corrélation et causalité en citant l’étude EPI 3, qui comme pour l’étude portant sur les produits bio publiée dans Jama Internal Médecine ne prouve pas une causalité mais montre seulement une corrélation.

En l’absence de preuve de son mécanisme d’action, il est préférable d’appliquer le rasoir d’Ockham et de postuler que les personnes prenant de l’homéopathie ont un régime de vie et un profil différents des personnes s’en tenant à la médecine scientifique, d’autant plus que l’étude ne contrôle pas ces points et ne respecte ni le principe du double-aveugle, ni la randomisation pourtant nécessaires lorsque l’on souhaite mettre en avant l’effet d’un traitement.

Chantage à l’emploi

Ma partie préférée de l’interview est peut-être son chantage à l’emploi, nié mais pourtant bien réel :

« Je ne fais pas du chantage à l’emploi, mais je le dis : si demain l’homéopathie est déremboursée, 1 300 postes seraient menacés en France chez Boiron. »

Je ne résiste ici à mon péché mignon et je fais appel une nouvelle fois à Frédéric Bastiat. Nous sommes ici précisément en présence du sophisme de la vitre cassée que ce dernier a exposé et réfuté dans son ouvrage Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. Valérie Poinsot oublie que l’argent et l’énergie gaspillés dans la fabrication de ces produits inefficaces sont perdus pour des activités bien plus productives et utiles pour tout un chacun.

Peu importe que Valérie Poinsot croie ou non en l’homéopathie, comme ses clients — là n’est pas la question. Considérant le privilège d’État dont bénéficie son entreprise, il n’est pas inutile de s’interroger sur les tenants de cette communication.

Car ce que craint peut-être Valérie Poinsot c’est que, si demain l’homéopathie était déremboursée, ses clients se rendent compte qu’ils peuvent très bien s’en passer et économiser quelques précieux euros pour d’autres activités, produits ou services.

L’État est toujours le meilleur allié de ceux qui ne veulent pas jouer avec les règles de l’offre et de la demande en outrepassant cette dernière à coups de ponctions obligatoires et subventions.

Retenons donc que les deux principaux arguments (fallacieux) sont « le remboursement de l’homéopathie participe à l’emploi » (même si cela détourne de la richesse qui aurait pu créer d’autres emplois) et « l’homéopathie aide les malades » (même si on ne sait toujours pas trop comment après avoir raclé les fonds de tiroir explicatifs et publié des études à la méthodologie douteuse).

Si l’on accepte de maintenir le remboursement sur de telles considérations utilitaristes, ce sera un pas de plus sur la route de la servitude consistant à déresponsabiliser toujours plus les individus en les mettant sous la tutelle d’un État paternaliste et menteur. Quelle différence entre ce que nous venons d’exposer et le fait de faire croire à un enfant que le père Noël existe « pour son bien être » ?

Toutes ces gesticulations et cette mauvaise foi seraient moins dérangeantes si la participation à ce gaspillage n’était pas obligatoire. Car si de nombreuses personnes souhaitent prendre des vessies pour des lanternes — grand bien leur fasse —, ce n’est pas le cas d’un grand nombre d’autres, qui souhaiteraient d’ailleurs que l’on cesse de piller le fruit de leur travail pour financer de la fake science.

  1. Peut-on appeler « patient » une personne consommant de l’homéopathie ? La définition moderne du mot correspondant à peu près à « celui qui reçoit des soins », il me semble pour le moins abusif de confondre un soin basé sur la méthode scientifique et des billes de sucre ne contenant que de la pensée magique.
  2. De rapides calculs de dilutions hahnemanniennes amènent aux chiffres vertigineux suivants : 5 CH sont équivalents à une goutte dans une piscine olympique, et à l’extrême, 30 CH correspondent à une goutte dans 1060 fois son volume !
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