Grèves des urgences : Interview d’un urgentiste à bout

Urgentiste dans une grande ville : témoignage d’un médecin lyonnais.

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Urgences by Philippe Agnifili(CC BY-ND 2.0)

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Grèves des urgences : Interview d’un urgentiste à bout

Publié le 16 avril 2019
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Par la rédaction de Contrepoints.

Contrepoints : Une grève illimitée des urgences parisiennes est en train de se mettre en place. Pouvez-vous nous expliquer les revendications ?

J’ai lu dans Le Figaro que les syndicats réclamaient essentiellement une « revalorisation » des salaires et un budget « à la hauteur des besoins de la population ». Plus d’argent, en somme. Or le problème n’est pas dans le « plus de moyens » mais dans la manière inappropriée dont sont gérés ces moyens.

Pouvez-vous nous en dire plus ?

Ce n’est PAS une question de moyens ! Contrairement à ce qu’on peut penser (attention je vais mettre les pieds dans le plat et dire des choses incorrectes !) il y a assez de médecins en France ! Le problème est que les généralistes sont maintenant surchargés de tâches administratives : certificats médicaux, arrêts de travail, obligations de correspondre aux statistiques de leur département, etc.

Ils font de l’administratif et n’ont plus assez de temps pour prendre en charge les consultations de patients malades qui se retrouvent donc parfois aux urgences pour des examens de routine !

Il est anormal qu’on retrouve aux urgences des patients adressés par le généraliste pour des radios ou un scanner pour une suspicion de cancer : même si le diagnostic peut être critique, il ne relève pas des urgences.

De même on voit arriver des patients âgés avec leurs valises ! Prêts à faire un petit séjour. Les enfants sont partis en vacances… On se décharge sur les urgences pour arranger tout le monde…

Alors dans ce flux de patients qui devraient être pris en charge par leur médecin traitant qui n’a plus le temps ou n’a plus le réflexe « médecine de ville », forcément, on est surchargés. Et le personnel paramédical souffre, lui aussi.

Le problème de l’hôpital est donc lié à celui de la médecine de ville ?

Tout à fait ! Le problème c’est que l’État se charge d’administrer la médecine, à sa façon, et on voit où on en est aujourd’hui.

La planification de la santé à des fins politiques aboutit à ça : les gens sont assistés en permanence, deviennent agressifs s’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent (et qui n’a parfois aucune justification médicale comme les arrêts de travail, le scanner de confort parce qu’ils sont inquiets…)

Et les médecins sont aussi fautifs : ils se complaisent dans ce système de la consultation facile : des renouvellements d’ordonnance tous les 3 mois pour certains patients qui pourraient attendre 6 mois voire un an… Mais cela n’est pas étonnant : puisque les tarifs sont plafonnés, les médecins en arrivent à multiplier les actes pour gagner leur vie. Et ça ne risque pas de changer puisqu’ils vont de plus en plus être payés au forfait, c’est-à-dire en fonction de leur respect des consignes gouvernementales. On est loin de la médecine libérale !

J’ai fait 10 ans d’études pour faire aux urgences un nombre incalculable de certificats médicaux, certificats que le système français rend obligatoires tellement il est devenu planifié… au détriment de vrais malades qui relèvent de mon domaine de compétences. Cela laisse dubitatif.

Les Français semblent pourtant prêts à demander « plus d’argent » pour l’Hôpital ?

C’est une hérésie : ils paient déjà de fortes cotisations sociales qui devraient justement servir à ça ! De plus, ils demandent aussi une baisse de leurs impôts. C’est incompatible dans ce système qui laisse croire aux gens qu’ils sont bien soignés parce que c’est gratuit. Alors que la France commence à être en retard dans le domaine des traitements de pointe.

Alors y a-t-il selon vous une solution ?

Libéraliser le marché des soins : cela repeuplera les déserts médicaux. Libéraliser la vente de certains médicaments : une patiente qui a une cystite à 1 h du matin pourrait ainsi se procurer elle-même son antibiotique et ne pas venir aux urgences pour une consultation. Supprimer le parcours de soins qui nuit au libre choix du patient et coûte cher. Rendre aux patients leur libre choix et aux médecins la liberté de prescrire. Tout le contraire de ce qui est en vigueur…

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  • Tiens, voilà un médecin fonctionnaire libéral.
    Ça change des médecins libéraux étatistes.

  • Une autre démonstration du fait que le seul vrai problème de la France est l’Etat et son administration à la fois pléthorique et nuisible…

  • Je voudrais savoir comment les choses se passaient il y a 30 ans. Je me souviens d’un temps où seuls les médecins étaient habilités à « envoyer » un patient aux urgences. Et le patient était examiné et pris en charge immédiatement et non en fonction du flux des arrivants. Je ne crois pas que le problème actuel soit lié uniquement à une surcharge administrative. Pour moi c’est l’organisation complète de la médecine qui est en cause, il n’y a pas une cause unique ni même quelques causes. Le problème est systémique.

    • Et qui administre, organise et systématise le processus?

    • Il y a également une déresponsabilisation totale des patients. Ces derniers prennent les urgences pour un médecin classique, car c’est « gratuit » et, également, car l’individu est feignant.
      Pour illustrer ceci, j’ai deux exemples différents montrant le rôle du patient dans l’engorgement des urgences. Le premier, c’est une amie malade avec 42 C° de fièvre, les amygdales enflées (ces dernières ne sont pas retirées chez elle), elle a appelé SOS médecin (vers 23h), elle n’est pas allé aux urgences car ce n’était pas une urgence.
      Inversement, une collègue de travail, dès que sa fièvre dépasse les 40 C, elle file aux urgences avec comme raison : c’est plus rapide que prendre rdv avec mon médecin.

      Les urgences n’ont d’urgence que le nom maintenant. Je me souviens également d’un article où un urgentiste (30 ans dans le service des urgenes d’une grande ville du sud) expliquait l’évolution des pathologies et des personnes venant aux urgences. Au début, les personnes venaient pour des vrais urgences (doigts coupés en deux, accidents graves, etc.) et, au fur et à mesure, les troubles bénins ont pris de plus en plus d’ampleur. Dorénavant, les patients des urgences seront très souvent des personnes avec des rhumes, petit mal de ventre (mais nécessitant selon eux un scanner complet), entorse (pouvant être soigné par un pharmacien compétent et après un kiné), etc.

      •  » l’individu est feignant »

        feignant (qui fait semblant) ou fainéant (paresseux)?

        • J’aurais dû me relire… je voulais dire fainéant et non feindre.

          (je viens de me relire… je m’excuse pour mes, trop nombreuses, fautes et erreurs de typo !)

  • Libéraliser la vente de médicaments serait un progrès énorme pour la liberté. Régulièrement je veux acheter des médicaments sur ordonnance, mais il faut une prescription (certains pharmaciens sont conciliants…). Le ballet consultation/ordonnance me coute plus cher à cause du reste à charge que de payer moi même à 100% le médicament (sans parler du coût à la sécurité sociale).
    Mais cela va totalement à rebours du contrôle de la population, de sa « protection » par l’état, et même du pouvoir des médecins. Ça n’arrivera donc pas.

  • Autant le docteur en question a raison au debut de l article. Autant la fin est plus discutable.

    Si les patients vont aux urgences, c est pas tant que les medecins en ville font trop d administratif mais tout simplement qu ils ont plus envie de s emmerder a faire des gardes ! Je vais etre politiquement incorrect mais le medecin de 1970 etait un homme qui travaillait 60h/semaine et dont la femme etait a la maison et s occupait des enfants. Le medecin de 2019 est une femme qui n a aucune envie de faire 60 h par semaine et d habiter a la campagne. donc forcement ca coince

    Quant a la possibilite d acheter les medicaments sans ordonance, ca ne regle pas le Probleme explicite ci dessus (a 1 h du matin, il faut trouver une pharmacie et probablement aussi quelqu un qui vous dit quel medicament prendre. Si j ai mal au ventre, je sais pas si j ai un Probleme digestif ou une peritonite !)

    Pire la vente libre de medicament va faire exploser la consommation de certains medicaments problematiques : tranquilisant, somnifere qui generent des accoutumences

    • ok avec ton analyse, mais la féminisation du métier et l’évolution du volume horaire sont connus depuis des lustres… donc un bon planificateur aurait formé d’avantage de médecins pour absorber ces heures de consultation manquantes. Même constat avec le % consacré à l’administratif qui rogne les consultations.
      Le pb, c’est que le planificateur a voulu réduire le nombre de médecins, les faire bosser 2h/j de plus pour faire de la paperasse, avec une consultation au tarif roumain. Et on s’étonne que ça coince?

      • L’état a voulu diminuer le nombre de toubibs, et les emmerde pour qu’ils perdent du temps. Tout cela est planifié sciemment pour réduire le nombre de consultations et réduire le déficit de la sécu.

    • « c est pas tant que les medecins en ville font trop d administratif mais tout simplement qu ils ont plus envie de s emmerder a faire des gardes !  »
      Ce n’est pas si simple.
      Le médecin de 1970 n’avait pas à tenir compte d’une judiciarisation de la médecine inexistante à l’époque.
      Pratiquer la médecine dans des régions un peu isolées à distance des plateaux techniques et des hôpitaux implique de devoir gérer seul ou presque des urgences lourdes et de prendre des décisions difficiles. Avec les risques d’erreur qui vont avec et, quasi-immanquablement, le procès à la clé en cas de problème. Le problème est le même avec les gardes qui sont la partie de la pratique médicale où les risques judiciaires sont les plus élevés.
      Indépendamment de la féminisation de la population médicale, de l’insécurité grandissante et de la faiblesse des tarifs médicaux, cette judiciarisation de la médecine n’encourage pas à faire des gardes ni la pratique en région isolée.

      • @cyde

        je parle ici de medecins generalistes, pas de ceux qui officient dans les hopitaux. Je veux bien qu il y ait aujourd hui plus de proces mais j ai pas entendu parler d un seul proces au un generaliste etait en cause.

        Je pense que la cause principale n est pas a chercher la mais plus dans la feminisation ou le fait que les docteurs n ont plus envie de faire 60h/semaine ou de travailler le WE Ceci d ailleurs contredit un peu la complainte sur les tarifs. J ai dans ma famille certains professionnels. Ils vivent tres bien avec leurs horaires reduits et n ont aucune envie de travailler plus (outre le fait d avoir du temps pour les loisirs, le second frein serait plus la fiscalite. a quoi bon travailler plus si c est pour que le gros du benefice parte en impots)

  • Quand on observe une file d’attente aux urgences, ce n’est pas a une surcharge administrative des généralistes que l’on pense en premier. Cet urgentiste est plus « Qu’a Bout », la Réalité est dans son dos depuis si longtemps qu’il n’en connait plus le moindre « Bout »

  • Une chose m’echappe aux urgences, hormis les urgences , rares, que feraient t ils sans les petits bobos pour occuper leur temps ?
    En fait le mal ne concerne pas que les urgences mais tout le monde, on est de plus en plus faineants !

  • Voilà un médecin qui n’a pas dû faire un tour aux urgences depuis des décennies ! Pas d’analyse sérieuse et fondée sur les faits. Mais on ne peut pas dire les choses comme elles sont sans risquer le tribunal !

  • Intéressant. Peut être faut il revenir aux frais réels et faire jouer la concurrence tout en laissant à l’état ce qui relève de la santé publique (vaccins par ex)

    • Parce que vous pensez que les hommes de l’Etat sont plus compétents sur les vaccins que sur le réchauffement climatique? Qu’ils vont chercher l’intérêt de la population et ne pas se laisser subvertir par des lobbies?
      Non, la sante aux médecins, l’énergie aux énergéticiens…

  • @la petite bête : d’accord, finalement mais quel médecin aura raison quant à la réalité de l’efficacité vaccinale ? (Et je suis d’accord que l’état favorise certains labos sous prétexte de pluri vaccination au détriment de vaccinations rationnellement efficaces) mais vous avez possiblement raison. Encore faudrait il le prouver. En même temps un mauvais médecin qui ne vaccine pas sous prétexte de grand complot de l’aluminium aura le même poids que l’état honnis (en même temps ceci dépends qui est à la tête de l’état…)
    Mais il est évident que l’état prend le personnel soignant pour des cons, et qu’il préfère l’enfermer dans sa représentation…

  • Vous voulez mettre fin au consultations inutiles aux urgences ? 100e la consultation non remboursable. Comme par magie, on ne verrait plus que de vraies urgences. Pour leur santé, les gens sont prêts a payer si besoin, qu’on ne me dise pas le contraire.

    • 100e consultation ?
      ca fait une consultation tous les 3 jours. Je doute qu il y ait une seule personne qui voit autant un medecin !
      Il faudrait plutot faire un systeme de bonus/malus. Mais c est vrai que ca aurait l inconvenient de faire que les gens consulteraient que quand ca fait vraiment mal et donc que le Probleme c est aggravé

    • Sans aller jusqu’à 100€, c’est vrai que de faire un peu payer le patient réduirait considérablement la bobologie…
      Besoin de plus d’argent, probablement pas. Taper dans les 35% d’administratifs pour mettre l’argent ou il faut, oui…

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