Le tabou libéral français

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La solution libérale inaudible en France est pourtant raisonnable : moins d’État, moins d’impôts, davantage de liberté.

Par Michel Faure.

Chers concitoyens,

Je voudrais vous poser une question qui me turlupine. Pourquoi n’êtes-vous pas libéraux ? Pourquoi, parmi les 34 listes présentées aux dernières élections européennes, aucune ne s’est réclamée du libéralisme ? Nous sommes sans doute la seule nation européenne dans pareille situation. Le libéralisme n’est pas interdit en France, il est tabou.

Pourtant, il apporterait des solutions simples à vos nombreux problèmes, vous qui avez accumulé les désillusions concernant la politique française depuis plusieurs décennies. Fatigués par de Gaulle, étatiste extraordinaire, déçus par Mitterrand, florentin charentais, fatalistes sous Chirac, roi de l’immobilisme, vous avez cru entrer enfin dans la modernité avec Nicolas Sarkozy.

Vous l’avez sanctionné à la fin de son mandat pour ne pas vous avoir apporté ce qu’il vous avait promis : la récompense du travail, la modernisation de l’État et le retour de la probité. Après la droite, vous choisissez la gauche et à juste raison vous dégommez cinq ans plus tard François Hollande qui vous a accablé de taxes et d’impôts sans pour autant sortir la France de la stagnation économique et du chômage de masse.

Tout s’écroule et rien n’émerge

Aux dernières présidentielles vous avez heureusement préféré Emmanuel Macron à Marine Le Pen, pensant que ce jeune homme impétueux saurait tirer la France vers un bel avenir par sa fougue et sa modernité. Quand, au bout de deux ans, vous avez réalisé que rien ne changeait, sinon les taxes qui n’ont cessé d’alourdir vos charges et la stagnation économique qui ronge votre pouvoir d’achat, vous êtes descendus dans la rue pour faire connaître votre mécontentement. Résultat, nous avons aujourd’hui, avec les dernières élections européennes, l’accablant bilan du système politique français : tout s’écroule et rien de sérieux n’émerge.

Et pourtant, vous ne pensez toujours pas au libéralisme, alors qu’il vous sauverait du désastre.

La droite et la gauche traditionnelles, LR et le PS, ont été les artisans de leur dégringolade par leur conformisme étatique, leur amour des impôts et leur incapacité à réformer. Elles ont aussi l’une et l’autre refusé par principe ou par peur de votre réaction de se tourner vers les idées libérales qui sans doute les auraient sauvées du naufrage. L’extrême gauche est en miettes, et c’est très bien ainsi. Le marxisme fait toujours disjoncter les libertés quand il est au pouvoir.

Reste ce qui émerge : une illusion et deux forces problématiques. L’illusion est l’honorable score de LREM, qui confirme que Le Pen est la meilleure ennemie de Macron, et que ce dernier continue à séduire un grand nombre d’ingénus imaginant voter pour le meilleur alors que, « en même temps », le pire, c’est-à-dire un hollandisme vaguement modernisé et beaucoup plus arrogant s’ébauche à l’horizon de la seconde moitié de ce mandat. Les deux forces problématiques sont l’extrême droite, un hypersocialisme qui séduit encore et fera de l’étatisme l’instrument d’une démocrature illibérale, et les Verts qui avec de bonnes intentions vont paver l’enfer de la régression de l’économie et celle de nos libertés.

Notre système politique sclérosé

En regrettant que la France, c’est-à-dire vous tous les Français, ait mis au placard la belle idée des Lumières, le droit au bonheur, le plaisir de la liberté et la fin des privilèges, j’entends déjà les cris d’orfraie des bien-pensants effrayés par l’intrusion de la liberté dans notre république qui introduirait une concurrence forcément déloyale, un capitalisme évidemment débridé et mettrait à bas notre État sacro-saint et protecteur. Mais au delà de ces tristes mensonges, hélas souvent sincères tant l’ignorance est grande, chacun sait bien que notre système politique est sclérosé et entrave nos capacités à entreprendre et à réussir.

Pourquoi ? Parce qu’en France l’État est sans contre-pouvoir, donc sans limites. Et donc il s’étend, insidieux et sans contrainte institutionnelle majeure, dans tous les espaces de notre vie. Plus il s’étend, plus il nous coûte cher et plus notre autonomie s’étiole. L’étatisme, s’il restait sans contrôle, finirait un jour par correspondre à la définition d’Hannah Arendt du totalitarisme qui prétend contrôler l’ensemble des activités humaines.

La solution libérale inaudible en France est pourtant raisonnable : moins d’État, moins d’impôts, davantage de liberté. Ses ennemis la dénoncent comme si elle les accablait depuis longtemps d’un fardeau insupportable. Leur seule excuse est l’ignorance, laquelle se soigne, et leur crédulité de la propagande étatiste qui demanderait une longue cure de désintoxication.

Pire sont ceux qui savent (je pense notamment à Raphaël Glucksmann, qui fut libéral, ou à Emmanuel Macron, qui a sans doute pensé qu’il pourrait l’être) et jugent politiquement prudent de dénoncer le libéralisme comme une réalité menaçante alors même qu’il est totalement absent de notre paysage politique et qu’il ne peut exister dans un pays comme le nôtre, champion européen de la fiscalité la plus lourde, où le secteur public représente 57 % du PIB, ce qui signifie le choix délibéré et collectif de la bureaucratie aux dépens de la croissance.

La liberté, c’est le choix. Et les libéraux n’auraient jamais fait celui-là.

 

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