Se passer de l’État : De l’État providence à l’État minimum

Nous vivons aujourd’hui dans un État maximum, et la plupart de nos compatriotes ont du mal à croire que l’on pourrait tourner la page du « Tout-État »

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Se passer de l’État : De l’État providence à l’État minimum

Publié le 11 février 2012
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On a falsifié l’histoire en présentant l’État comme le promoteur du progrès et le sauveur de situations dégradées par le marché ou les intérêts privés. Nous vivons aujourd’hui dans un État maximum, et la plupart de nos compatriotes ont du mal à croire que l’on pourrait tourner la page du « Tout-État ».

Par Jacques Garello, publié en collaboration avec l’aleps.

Une série d’articles de l’Aleps a montré comment il est possible de se passer du Tout-État dans les domaines de l’enseignement, de l’université, de la protection sociale (santé et retraites), de l’énergie, des transports, de la monnaie et de la finance, mais aussi pour les fonctions régaliennes (justice, police, voire défense). Dans tous ces domaines, le monopole de l’État peut donc être  fortement entamé. Que va-t-il rester de l’État ? Cette semaine, je donne la réponse et je dresse le bilan de cette chronique.

Rassurer les Français

En présentant cette série d’articles, j’indiquais la position de principe des libéraux en ce qui concerne la sphère de l’État dans une société de libertés. Je citais Bastiat : « N’attendre de l’État que deux choses : liberté, sécurité. Et bien voir que l’on ne saurait, au risque de les perdre toutes deux, en demander une troisième. » C’est ce que l’on appelle l’État minimum.

Or, nous vivons aujourd’hui dans un État maximum, et la plupart de nos compatriotes ont du mal à croire que l’on pourrait tourner la page de l’État. Tout notre effort a consisté à les rassurer, à montrer ce qui s’est passé (leçons de l’histoire), ce qui se passe (expériences étrangères) et ce qui se passera (quand la France sera à l’heure des vraies réformes) lorsque l’État est à son minimum.

Les leçons de l’histoire

L’école a été rendue publique seulement à la fin du XIXe siècle. Les enfants de pauvres ont été scolarisés au XIXe par les œuvres de Frédéric Ozanam, de Lacordaire ou de Timon David. Quand la Troisième République impose l’école laïque, elle vise l’instruction publique et non pas l’éducation nationale : aujourd’hui la famille a été dépossédée de sa mission éducatrice.

La monnaie a été gérée pendant des siècles par des marchands et des banquiers privés. Ce sont eux qui ont valu à l’Europe son extraordinaire essor à partir du XIIe siècle. Pourquoi les souverains ont-ils voulu exercer le droit de battre monnaie ? Pour financer leurs dépenses. Ils ont créé les banques centrales non pas pour régler le jeu monétaire mais pour le fausser, et nous valoir un siècle et demi d’inflations.

Les assurances dites sociales ont protégé des générations entières et accompagné la solidarité familiale grâce à des compagnies d’assurances privées, et elles n’ont jamais fait faillite. Ce n’est pas pour compenser leurs défaillances que l’État est intervenu, mais pour assurer son pouvoir social ; Bismark en Allemagne, Pétain en 1941, Beveridge et les communistes en 1945 ont fait de la Sécurité sociale un instrument de soumission des travailleurs à une administration centrale.

Ce n’est pas l’État qui a inventé la médecine, ni l’hôpital, et ce sont des cliniques privées qui ont introduit en France scanners et équipements de pointe. Mais aujourd’hui l’État fait payer aux malades et aux assurés les surcoûts de l’hospitalisation publique.

On a donc falsifié l’histoire en présentant l’État comme le promoteur du progrès et le sauveur de situations dégradées par le marché ou les intérêts privés.

Expériences de privatisations

C’est également sans ménagement que l’on présente les privatisations pratiquées à l’heure actuelle : les trains anglais déraillent, la poste allemande ou suédoise ferme des guichets, l’électricité manque en Californie, etc. En fait, à l’heure actuelle, plus de cinquante pays sont en train de revenir aux assurances privées, tant pour la médecine que pour les retraites. Un Anglais sur deux est couvert par des fonds de capitalisation, et les retraites publiques sont réduites au minimum. On revient aussi au libre marché du logement, en vendant les HLM, en mettant fin aux abus des logements dits sociaux. En Allemagne, les théâtres, les musées, tout comme les trains ou les postes, ont été privatisés. La Pologne, le Canada, la Nouvelle Zélande ou l’Australie doivent leur croissance soutenue à la réduction de la taille de l’État et à la diminution ou à l’adaptation des effectifs de la fonction publique.

Prédiction : l’évolution ira plus loin

Même dans des domaines considérés naguère comme régaliens, l’appel au secteur privé, marchand ou communautaire, est de plus en plus fréquent. Justice privée, prisons privées, polices privées, et maintenant armées privées se révèlent tantôt des substituts efficaces aux administrations défaillantes, tantôt des partenaires et sous-traitants économes des deniers publics. Cela ne se passe pas dans une autre galaxie, mais dans des pays voisins qui ont remis l’État à sa place, et s’en portent bien.

Déni de l’ordre social ? Anarcho-capitalisme ? Point du tout : simplement ordres spontanés, émergeant de l’expérience sociale, découverts par la recherche du bon et du juste par des hommes de bonne volonté ; ils sont plus efficaces et plus humains que l’ordre créé par un pouvoir politique qui se veut providentiel, et qui se révèle corrompu dès lors qu’il ne joue plus un rôle subsidiaire.

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