Fardeau fiscal : la France championne d’Europe

Cécile Philippe, de l'Institut Molinari, explique en quoi consiste le jour de "libération fiscale".

Taxes impots  (Crédits 401kcalculator.org, licence Creative Commons)
Taxes impots (Crédits 401kcalculator.org, licence Creative Commons)

Comme Chaque année, l’Institut économique Molinari, en partenariat avec Ernst & Young, présente le jour de libération fiscale. Contrepoints a interrogé Cécile Philippe, sa directrice, pour en expliquer les enjeux pour le contribuable français.

Qu’est-ce que le jour de libération fiscale ?

Le jour de libération fiscale et sociale tel que nous le calculons avec l’aide d’Ernst & Young Belgique est le jour de l’année où le salarié moyen français est libéré de ses obligations fiscales et sociales. C’est le jour où il peut disposer à sa guise de son revenu. Il est calculé en tenant compte des charges patronales, salariales, de l’impôt sur le revenu et de la TVA. En quelque sorte, il est un indicateur de liberté économique.

tax day by Gotcredit-(CC BY 2.0)
tax day by Gotcredit-(CC BY 2.0)

Cette année le jour de libération tombe le 29 juillet pour la France. C’est un jour de plus que l’an passé du fait de légères augmentations comme le taux de vieillesse plafonné, le taux de vieillesse déplafonné, d’une nouvelle contribution patronale mise en place le 1er janvier, etc.

Les politiques parlent souvent d’austérité budgétaire. Est-ce que ça se traduit par une diminution du poids de la dépense publique qui pèse sur les salariés français ?

On continue en France à parler d’austérité budgétaire quand il faudrait de fait parler simplement d’austérité fiscale puisque les Français travaillent trois jours de plus qu’en 2010, la France restant dans le duo des pays taxant le plus leurs salariés, tout juste derrière la Belgique.

L’importance des prélèvements obligatoires pesant sur le salarié français moyen pourrait s’expliquer par une gestion plus rigoureuse des finances publiques, en rupture avec la pratique conduisant à financer à crédit une partie des dépenses publiques.

Or, ce n’est malheureusement pas le cas. La France continue de présenter le double inconvénient de figurer à la fois dans la catégorie des pays les plus fiscalisés, mais aussi dans la catégorie des pays enregistrant les plus forts dérapages des comptes publics l’an passé.

Le croisement de notre indicateur 2015 et des données 2014 publiées en avril dernier par Eurostat montre que la France a un profil atypique peu enviable :

  • aucun autre pays ne pratique une fiscalité plus importante et n’a des finances publiques aussi déséquilibrées,
  • tous les pays ayant constaté des déséquilibres publics supérieurs l’an passé ont une fiscalité bien inférieure (Espagne, Royaume-Uni, Irlande…),
  • tous les pays ayant une fiscalité proche ont constaté des dérapages moindres (Belgique, Autriche) voire ont équilibré leurs comptes (Allemagne, Danemark, Luxembourg…).

Si le jour de libération fiscale est aussi tard dans l’année, c’est aussi parce que le salarié français est l’un de ceux qui paie le plus de charges en Europe, non ?

Notre étude montre comment le système fiscal et social contribue à réduire drastiquement le pouvoir d’achat réel. En effet, le salarié français est en théorie parmi les mieux payés de l’UE. Son employeur débourse en effet 55.805 €, ce qui le met au 4ème rang. Mais il est particulièrement fiscalisé, avec 32.103 € de charges, impôt sur le revenu et TVA. Il ne reste in fine au salarié moyen que 23.702 €, ce qui le met au 11ème rang de pouvoir d’achat réel dans l’Union européenne (UE). Par rapport à l’an passé le salarié français perd une position en termes de pouvoir d’achat réel. Il est désormais dépassé par le salarié moyen autrichien, qui dispose de 150 euros de pouvoir d’achat de plus.

Cette perte de pouvoir d’achat s’explique en particulier par le poids des charges sociales en France. Elles représentent 88% de la pression fiscale et sociale de l’employé moyen français. Évidemment, ces charges ont des contreparties mais malheureusement en France, on constate que les prestations sociales et publiques françaises ne sont pas bon marché. L’étude corrobore une série de travaux conduisant à questionner la validité du « modèle social français ». Contrairement à une idée parfois mise en avant, il semble que le haut niveau français de dépense collective ne soit pas associé à un supplément de bien-être permettant de justifier ce différentiel de taxation.

Les indicateurs axés sur les prestations offertes ou la qualité de vie conduisent aussi à s’interroger sur la situation française. Les Nations unies classent la France en 20ème position sur 188 pays dans leur indice de développement humain. La France, 7ème de l’UE, obtient là aussi une position qui n’est pas à la hauteur de ses dépenses publiques. Des pays ayant une pression fiscale moindre obtiennent en effet un IDH supérieur au notre : Allemagne, Suède, Pays-Bas, Danemark, Royaume-Uni ou Irlande.

Cette année, la France est-elle encore dans le peloton de tête des dépenses publiques ?

La France reste dans le peloton de tête des dépenses publiques. Nombreux sont les pays à avoir joué la carte de l’augmentation de la fiscalité. Sur un an, 13 pays de l’UE participent à la hausse des prélèvements obligatoires. La pression fiscale de la Grèce, qui avait enregistré la hausse la plus forte l’an passé, reste stable. La hausse la plus importante a eu lieu à Chypre, avec un taux de pression fiscale et sociale passant de 21,86% à 24,41%.

De quel(s) partenaire(s) européen(s) pourrions-nous nous inspirer pour réformer ?

Quatorze pays participent à la baisse des prélèvements, la plus forte ayant eu lieu à Malte, avec une évolution de 32,09% à 29,66%. Les exemples de l’Allemagne, de la Suède, des Pays-Bas ou du Danemark montrent qu’on peut avoir une forte tradition sociale et une plus grande rigueur économique. Ils illustrent le fait que la hausse de la fiscalité n’est pas inéluctable, avec des salariés ayant reconquis entre 9 et 15 jours de pouvoir d’achat grâce aux baisses de charges et d’impôts

Contrairement à une idée reçue, plus de dépense collective ne rime pas nécessairement avec plus de bien-être. Cela devrait ouvrir des opportunités pour des pays comme la France ou la Belgique, championnes de la taxation.