Vœux présidentiels : Macron donneur de leçons anti-libérales

« Le capitalisme ultralibéral et financier, trop souvent guidé par le court terme et l’avidité de quelques-uns, va vers sa fin » a déclaré Emmanuel Macron lors de ses vœux. Ne serait-il pas temps de sortir de l’idéologie anti-libérale ?

Par Olivier Maurice.

Il y a eu de Gaulle, le général. Pompidou, le bonhomme tranquille. Giscard, l’ingénieur ingénieux. Mitterrand : dieu. Chirac, sa tête de veau, sa Corona et ses pommes. Sarkozy et sa Rolex. Hollande et son scooter.

Et maintenant il y a Emmanuel Macron, le banquier. Le loup du palais Brongniart, l’héritier de la famille Rothschild, l’agent de la cinquième colonne mondialisée, l’habitué de Davos, l’ami de la finance prédatrice qui se gave sur le dos des plus défavorisés. Bref : le pur capitaliste ultralibéral et financier.

C’est bien pratique : comme quasiment personne dans ce pays veut admettre que le capitalisme n’existe pas, ne sait ce qu’est le libéralisme et encore moins comment fonctionne le système financier et monétaire actuel, claironner sur tous les réseaux sociaux que si les pauvres sont pauvres, c’est parce que les riches sont riches est la recette imparable pour accrocher sur son profil une guirlande de breloques et de médailles en chocolat du net : like, retweet, amis et autres followers.

Le monopole du cœur et de la raison

L’antilibéralisme primaire est la valeur la plus sûre qu’il soit pour frimer en société numérisée. Le double becquet arrière avec flammes peintes à l’aérographe. Le klaxon cucaracha du populiste revendiqué. La bonne grosse chaîne en or du gauchiste affirmé. Le marcel à grosses mailles du révolutionnaire en peau de lapin.

Et surtout, ça donne l’impression d’être intelligent, comme Sartre. D’être altruiste, comme le Dalaï-Lama. D’être visionnaire, comme Lénine. D’être charismatique, comme le Che. D’être pacifique, comme Gandhi. D’être moderne, comme Obama. D’être prophétique, comme Marx. D’être antiraciste, comme Mandela. D’être féministe comme Louise Michel. D’être écologiste comme le commandant Cousteau ou comme Charles-Edouard de C., le punk à chien du coin de la rue qui se fait appeler Titi.

Che Guevara et les pulls en cachemire

Depuis le passage de l’escadrille d’emmerdes qui pour l’occasion a fait le voyage de Brive au Touquet, Emmanuel Macron a, paraît-il, cherché conseil auprès d’un de ses prédécesseurs pour changer son image, jugée trop bling-bling et trop autoritaire. Il faut dire qu’en la matière, Nicolas Sarkozy est un maître. Ses vacances en yacht, ses réceptions au Fouquet, ses montres en or et ses amitiés qataris sont autant de preuves de son profond détachement des valeurs matérielles que son  « casse-toi pauv’ con ! » démontre s’il en était besoin son absence totale d’arrogance et la relation fusionnelle qu’il entretient avec les gens du peuple.

Le président s’est donc essayé à la chansonnette populaire à l’occasion des vœux de la nouvelle année. Accompagné d’une douce musique d’accordéon et d’une appétissante odeur de saucisses grillées, il nous a déclaré avec aplomb : « le capitalisme ultralibéral et financier, trop souvent guidé par le court terme et l’avidité de quelques-uns, va vers sa fin ».

Le lapin dans le chapeau

Je pense quand même qu’il y a des limites à la première leçon du sorcier, à savoir que les gens sont stupides et qu’ils tiennent pour vrai ce qu’ils souhaiteraient être la vérité. Que les gens ne croient que ce qu’ils ont envie d’entendre.

Ou alors, peut-être que les gens savent très bien dans le fond d’eux-même que le fameux capitalisme ultralibéral et financier, guidé par le court terme et l’avidité de quelques-uns, n’est qu’une bonne excuse pour s’autoriser et s’enorgueillir de vomir sur le système, pour vivre du racket légal sous prétexte de redistribution et de solidarité et pour insulter impunément tout ce qui ressemble de près ou de loin à un patron, un banquier, un flic ou une quelconque figure d’autorité.

Après cet anachronique déclaration digne d’une assemblée générale de la fac de Tolbiac, aussi crédible qu’un boucher charcutier faisant de la réclame pour du tofu et sans doute tout fier de s’être mis à dos les centristes modérés qui l’avaient élu et les rares libéraux qui pouvaient encore avoir quelques doutes, Emmanuel Macron a ensuite réussi dans la même phrase à s’attirer les foudres de la gauche toute entière en constatant le déclin de « la civilisation occidentale » et celles des nationalistes en regrettant la « crise du rêve européen ».

Pour couronner le tout, une petite note de malaise et de défi insurmontable vient acter le caractère cyclopéen des difficultés qu’il rencontre et de sa totale incapacité à écouter, à changer, à innover, à diriger. Qu’on se le dise : ce n’est pas un mois de blocage de ronds-points et de feux de poubelles qui l’empêcheront de dicter avec « constance et détermination » ce « projet profondément français et européen » dont absolument personne ne comprend plus rien, tant il est en décalage avec à la fois les attentes des gens et avec ce qui se passe dans le reste du monde.

Et si on essayait l’honnêteté et la sincérité ?

La titre n’est d’ailleurs resté que quelques instants à la Une des quotidiens, tant il était par lui-même une non-information : Emmanuel Macron a magnifiquement démontré lors des vœux 2019, qu’il faisait bien l’unanimité contre lui.

Est-ce donc si compliqué de dire que la France, si elle continue ainsi à vouloir imiter l’URSS en termes de soviétisation de l’économie, la Roumanie de Ceausescu ou le Chili de Pinochet en termes de dérive oligarchique, le Venezuela de Maduro en termes de dépenses publiques incontrôlées finira comme tous ces pays qui ont refusé de faire confiance à la capacité innée des citoyens de bouger des montagnes dès qu’on arrête de vouloir les contrôler et de décider ce qui est bon pour eux : elle pourrait se finir dans un chaos et une violence qui ne se limiteront pas aux seuls Champs-Élysées.