Macron acte 2 : le total triomphe du tout État

L’État n’a pas reculé.

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Emmanuel Macron By: Jacques Paquier - CC BY 2.0

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Macron acte 2 : le total triomphe du tout État

Publié le 10 mai 2019
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Par Hervé Gourio.
Un article d’Entrepreneurs pour la France

Unique en son genre, la France est le seul grand pays démocratique à être depuis très longtemps en proie à l’étatisme. C’est-à-dire que les politiques publiques et même le bien commun, objectif suprême de l’action politique, y sont définis pour l’essentiel par une technostructure émanant directement ou indirectement de la haute fonction publique.

La sanction régulière du suffrage universel est chez nous périodiquement complétée par des manifestations populaires d’opposition plus souvent que d’approbation à caractère sommaire. Des décisions supposées intelligentes tombées du ciel se heurtent à des slogans. Ce mode de gouvernement est évidemment responsable de la mauvaise santé de notre pays.

La France est unique en son genre

Ailleurs, les décisions gouvernementales ou législatives résultent de débats et de confrontations permettant une synthèse ou un compromis entre intérêts et opinions divergents. Regardons autour de nous : les partis politiques consciencieux combinent des projets conformes à leurs objectifs pour former des coalitions parlementaires ; des arbitrages explicites sont négociés entre forces économiques et gouvernements dans les social-démocraties ; une répartition des compétences claire entre pouvoirs central et régional est respectée dans des organisations fédérales ; le fonctionnement efficient des marchés est contrôlé, exploité et non pas entravé par un gouvernement touche-à-tout. Summum de l’antiétatisme, la Suisse, aux antipodes de la France si proche, cumule tous ces types de freins à une action gouvernementale à la française. Avec un succès éclatant.

Rares brèches dans l’étatisme

Le corset de l’étatisme a certes craqué aux entournures quelques rares fois sous la Ve République. La circulaire Fontanet de 1960 a bouleversé la province française. En 1984, le système financier échappe à la tutelle formelle de l’État à l’initiative du ministre Bérégovoy et de ses collaborateurs. Surtout, la politique européenne de concurrence protège la liberté de fonctionnement des marchés, au demeurant régulés.

Mais le reste du temps, la continuité politique et sociale a été frappante en France : de quels changements de frontières entre l’État et la société civile peuvent bien se prévaloir les 4 ou 5 derniers Présidents ?

L’ébranlement de l’étatisme, c’est maintenant !

Une acceptation populaire exceptionnelle

Nos voisins ne s’étonnent plus du fonctionnement atypique du gouvernement français — il est si ancien ! — mais on entend bien rarement souhaiter que notre exception étatiste soit copiée chez eux, ou subrepticement introduite à Bruxelles. Tout au contraire, cet état de choses a été longtemps bien accepté par nos concitoyens qui, étrangement, s’accommodent de la sous-performance économique du pays et d’un État-providence financé à crédit.

Jusqu’à présent au moins, car on ne peut considérer comme nuls et non avenus le dégagisme de 2017 et le mouvement des Gilets jaunes.

Un premier choc, le dégagisme de 2017

L’élimination au premier tour des candidats des 2 partis qui ont alterné au pouvoir depuis au moins 1974 montrait que nos concitoyens ne pensaient plus que le remplacement de la gauche par la droite était attrayant. Toutes deux partagent le même handicap d’inefficacité auquel il faut bien donner un nom : nos concitoyens ont exprimé que remplacer un étatiste de gauche par un étatiste de droite ça n’était pas la peine assurément…

Le candidat Macron a clairement promis de déployer une compétence administrative attestée par ses diplômes pour dompter le monstre. Après tout, ministre réformateur, il avait déréglementé les autocars et les notaires et renâclé devant des réformes trop timides de ses collègues. Loin de se proclamer libéral, il endossait, dans son livre programme Révolution, les idées blairistes de la deuxième gauche rocardienne. On pouvait au minimum espérer un air frais et un personnel renouvelé. Et Macron l’emporta, premier choc contre l’étatisme traditionnel.

Les Gilets jaunes anti-étatistes

Le mouvement des Gilets jaunes a touché un point névralgique de la société française. La révolte contre des mesures bureaucratiques insupportables pour une catégorie limitée et assez bien identifiée de Français a été approuvée majoritairement dans les sondages pendant plusieurs semaines, au moins aussi longtemps que la violence est restée exceptionnelle. Pour la première fois, le modèle de gouvernement autoritaire de la Ve République a perdu la bataille de l’opinion. Ce qui n’était jamais arrivé, même en mai 1968. Le système étatiste a été ébranlé. L’ampleur de la réaction du gouvernement a été à la mesure du choc (mesures financières d’urgence et Grand débat).

Pourtant, l’embarras général pour caractériser un mouvement sans précédent est troublant. Les motivations initiales étaient claires : alourdissement des taxes, discours éthérés rejetés car loin d’apporter des remèdes aux attentes de citoyens ordinaires, référendum d’initiative populaire pour court-circuiter les processus de décision en vigueur, appel au départ des plus hauts responsables.

Ce rejet de l’étatisme dans ses composantes essentielles n’a pas été identifié comme tel ! Symptôme de la myopie française sur ce point, aucun acteur politique ne s’est proposé de focaliser l’action de ces nombreux révoltés contre la mainmise de l’État et de la haute fonction publique sur tous les processus de gouvernement.
On les a laissé dériver sans chercher à éteindre les feux originaux. Et nous avons sagement attendu, comme au spectacle, la réponse de l’exécutif.

Macron Acte 2. Sauvetage de l’étatisme

Combler les voies d’eau en reculant le moins possible

Il fallait d’urgence corriger certains défauts éclatants. Cela a commencé par le Grand débat. En vérité, pour parler clair, c’est plutôt un mélange de cahiers de doléances d’Ancien Régime et de town hall meetings si typiques de la démocratie américaine où le leader répond à toutes les questions des citoyens. Grand défouloir indispensable pour démentir de façon monumentale que le pouvoir n’écoute pas le peuple.

Pas de doute, il a écouté ces paroles bien désorganisées et donc difficiles à entendre. La conférence de presse conclusive du Président en a apporté la preuve. Les centaines de milliers de suggestions venant des participants ont moins d’intérêt que la poursuite des réformes de fond que le gouvernement avait dû suspendre pendant le débat. Ainsi de la réforme constitutionnelle déjà concoctée qui réapparaît pratiquement sans une retouche.

Puis on a rogné les angles les plus aigus des mesures les plus insupportables sans les abolir pour autant. L’État n’a pas reculé. Le président a juste promis de faire preuve d’humanité, étrange aveu. Comme si ce n’était pas le devoir de tout gouvernement, hors circonstances exceptionnelles justifiant le sang et les larmes.

On a coupé la tête à un totem : l’ENA sera supprimée au nom de son inadaptation au monde et de l’origine sociale de ses élèves, pas du clanisme qu’elle instaure, ni de sa prétention abusive à la supériorité intellectuelle.

On baissera un peu les impôts des classes moyennes en réduisant les niches fiscales des entreprises, donc à leurs frais, à contre-courant des mesures pro-entreprises de Macron 1 et en leur demandant de soutenir l’action du gouvernement.

Quintessence de l’étatisme

Au total, il n’est pas question de changer d’orientation ni évidemment de maître d’œuvre. L’exécutif sait mieux que quiconque ce qu’il faut faire pour réussir le quinquennat.

Au lieu de desserrer l’étreinte asphyxiante on prévoit d’ajouter de nouvelles couches étatistes. Si l’on identifie une catégorie oubliée dans un angle mort, comme les mères célibataires, elles auront droit à un pack de mesures.

La bureaucratie est complexe. Il faudra dans chaque canton un bureau pour expliquer sa grande sagesse. Pas de mécanisme bottom-up pour ajuster les projets localement. Peut-être un jour un nouvel acte décentralisateur y pourvoira. Mais sans attendre il faut quadriller le pays avec des antennes polyvalentes de l’État, comme le fit Jules Ferry avec les écoles primaires.

Et le rituel infernal se répète : un problème politique appelle une nouvelle loi, puis un nouveau conseil, une nouvelle agence ou administration et enfin de nouvelles dépenses, donc de nouveaux impôts. Bien sûr cela impose de renoncer sans attendre à un plan annoncé urbi et orbi de réduction du nombre de fonctionnaires.

Vers un Macron 3 efficace ?

On ne peut se résoudre à un tel contresens de la part d’un homme intelligent qui vient d’exprimer quelques regrets.

À suivre…

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  • « Tout dans l’État, rien hors de l’État, rien contre l’État ! »

    Benito, Adolf, Joseph, Philippe, François, Emmanuel.

    • Vous n’avez rien compris à la situation française. Nos présidents sont des monarques républicains et non des despotes ou des tyrans. C’est la république qui les installe gentiment et non des circonstances violentes particulières. Ce n’est pas les hommes le problème, c’est le système.

      Visiblement il y a peu de français qui comprennent cela. Notre régime de pouvoir est verticale au possible. L’Etat s’incarne dans ce pouvoir. Le Président est alors incontournable et seul. C’est le mâle alpha au milieu de la troupe, avec ses inévitables courtisans. Ce régime est celui de la biologie humaine, pas celui d’hommes civilisés. De fait on ne peut espérer d’aucun candidat, qu’il se comporte autrement que ce que nous constatons à chaque fois, lorsqu’il accède enfin au pouvoir.

      Une nouvelle preuve avec Macron : horizontalité du candidat, verticalité du dirigeant !

      • Et qu’est-ce d’autre qui installe les despotes et les tyrans au pouvoir, que le consentement d’une grande majorité d’individus ? Le problème n’est en effet pas tant les élus que les électeurs et les courtisans, mais le système est dans l’affaire bien accessoire…

        • « Il ne faut pas craindre le suffrage universel, ils voteront pour qui on leur dira » (Tocqueville).
          Il faut se poser la question des allégeances de notre système médiatique et institutionnel.

        • Ah bon et qu’est ce qui fait la différence entre notre pays et d’autres si ce n’est le système. Français ou suisses ça reste des humains avec les mêmes inclinations naturelles. Il vaut mieux un système éclaté, décentralisé, avec 100 despotes en concurrence, qu’un système centralisé avec un chef tout puissant. C’est ce qui a perdu la Chine et la plupart des empires : un moment donné vous n’avez plus de concurrence et vous vous affaiblissez par l’intérieur puis avec de la chance vous survivez moribond ou vous disparaissez simplement.
          Il y a un marché des sociétés humaines !

          • Oui, ce qui fait la différence, c’est son hisoire et sa tradition politique centralisatrice. Mais la centralisation n’est qu’un moyen. Si au moins les finalités étaient bonnes, l’analyse juste et les décisions courageuses…

            • 1 cas sur 10 ; trop hasardeux !
              La nature l’a bien compris, si je puis le dire ainsi, en forçant la diversité dans toutes les directions, réalisant ainsi une offre importante de possibilités qui seront discriminées par la concurrence/compétition. La décentralisation entre dans ce cadre.

      • Et pourquoi un monarque ne pourrait pas être un tyran ? « Le pouvoir corrompt ». Il vous faut quoi de plus pour vous en convaincre ? « Qu’ils viennent me chercher ! » c’est quoi, exactement ? La réaction d’un « monarque républicain » ? Sérieux ?
        Après, tout à fait d’accord avec vous, le problème est le système lui-même, qui permet toutes ces dérives.
        Mais à la fin, je ne sais pas où vous êtes allé chercher de « l’horizontalité » au candidat Macron. Qui s’affiche toujours seul, qui ne se déclare aucune filiation, qui nomme son mouvement de ses propres initiales (En Marche, hein !), etc, etc. Un narcissique comme on avait pas encore vu, et pourtant, il y en avait déjà eu d’autres…

        • Je mettais en opposition notre « monarchie républicaine » avec son pouvoir vertical, pour laquelle l’Elu n’a plus qu’à s’asseoir sur le trône, et la prise de pouvoir d’un despote dans un pays X, même légalement, qui transforme presque toujours les contre-pouvoirs pour obtenir plus de pouvoir.

          En théorie rien n’empêche que nous ayons un président tyran, cependant notre fond de culture démocratique et libéral, même affaibli, reste encore un bon contre-pouvoir.

  • Macron est un mondialiste. Un mondialiste peut utiliser un pseudo-libéralisme ou l’étatisme pour servir cette idéologie supra-nationale. Privatiser des entreprises, quitte à laisser partir des activités stratégiques, tout en se gardant bien de libérer les PME-TPE…

    • Et peut-on oser douter de l’intelligence d’E. Macron, ou du moins dénoncer ce narratif créé pour des besoins électoraux pour un cndidat qui a raté 3 fois l’ENS et eu l’ENA à la deuxème tentative? Ceci dit, il y a d’autres formes d’intelligence, celle par exemple acquise lors de la gestion d’une petite entreprise… Mais bon, celle-là, il ne l’a pas on plus.

      • Si tous ceux qui ne sont pas arrivés à la présentation à l’ENS étaient des imbéciles, cela ferait plus de 99,99 % de la population ! Et il n’y a que quelques dizaines de reçus par an …

        Bon, ce calcul est méchant pour les polytechniciens 🙂

        • Ce que je voulais dire, c’est que le discours médiatique nous présentant E. Macron comme supérieurement intelligent, devait être nuancé.

  • la caractéristique des politiques français depuis des décennies est l’incapacité à regarder et prendre en compte la réalité tel qu’elle est.

    comme ils n’en paient pas les conséquences, cela peut durer encore longtemps.

  • Je préférerais parler de technocratisme plutôt que d’étatisme.
    C’est apparenté, mais le technocratisme génère des réactions intelligentes et positives, mais compliquées et peu compréhensibles.
    La loi travail a été positive pour les PME, comme en témoignent l’augmentation des intentions d’embauche, mais presque personne ne sait ce qu’il y a dans cette loi ni pourquoi c’est positif.

    De Gaulle n’était certainement pas libéral, mais il avait une vue d’ensemble qu’il exposait clairement

    (sauf quelques exceptions « diplomatiques » … quoi que, avec le recul, le « je vous ai compris » ne signifiait pas ce que certains voulaient entendre… Mais c’est un tout autre sujet)

    • Je crois que vous vous trompez. D’abord, le « technocratisme » ne peut pas exister sans l’Etat. Ce qui nous ramène assez rapidement à la citation du premier commentaire.
      Quant aux « réactions intelligentes et positives », on les attend toujours…
      Quelqu’un disait, et je n’ai pas encore trouvé d’arguments pour le contredire :
      « Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément. »
      Si les solutions des technocrates étaient si bien conçues que ça, elles ne seraient pas tellement incompréhensibles. Cette complexité est un cache-misère qui est censé promouvoir leur supériorité intellectuelle et leur utilité incontournable. Il s’agit, ne l’oublions pas, de fonctionnaires, qui doivent à tout moment faire la preuve de la nécessité de leurs postes. Ce qui est encouragé dans un tel système c’est la médiocrité, pas l’excellence.
      Pour le cas précis de la loi travail, il s’agit soit d’une conséquence (à la marge) involontaire, soit d’une pure coïncidence. Les chiffres globaux du chômage ne sont pas à l’avantage de la France. Ailleurs, surtout là où l’épaisseur des normes est bien moins importante, l’évolution a été bien plus nette qu’en France. Faire moins bien que les autres et s’en venter, je ne sais pas trop comment cela s’appelle…

  • patience toute cette construction va s’écrouler , et imploser..
    c’est une question de temps

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