Macron contre le clivage droite/gauche ?

Emmanuel Macron by Ecole polytechnique(CC BY-SA 2.0)

Quelle que soit l’issue des prochaines élections présidentielles, le sémillant Emmanuel Macron est appelé à devenir un futur « passeur » entre droite et gauche : un prélude à une recomposition politique indispensable ?

Par Laurent Dupont.

Macron contre le clivage droite/gauche ?
Emmanuel Macron by Ecole polytechnique(CC BY-SA 2.0)

Une étude de l’université de Californie, publiée dans Nature, a récemment confirmé ce que quiconque ressent intuitivement, l’Homme est profondément ancré à ses croyances politiques et refuse obstinément de les changer, résolument sourd et étanche aux arguments de l’autre bord.

Les auteurs de l’étude vont jusqu’à affirmer leur certitude que les « croyances politiques sont liées à l’identité ». L’identité, ce mot honni, irradié par la présidence Sarkozy, est lâché ! On peut entendre les bonnes âmes s’émouvoir ; comment, alors que leur vote est une savante construction, patiemment élaborée sur la base d’une réflexion aboutie, être renvoyé de la sorte à un vulgaire réflexe clanique primitif !

La simple consultation du gloubiboulga fast-checké servi par les décodeurs du Monde, véritable concentré de l’idéologie dominante, leur permettrait pourtant de percevoir immédiatement que l’objectivation du fait politique est condamnée à la quête d’une vaine chimère, aux confins du grotesque !

Les clivages gauche / droite sont donc bien ancrés dans les tréfonds de la conscience et de la culture individuelle, larvés au fond de notre cerveau reptilien, et le changement de rivage politique s’avère donc une aventure périlleuse et délicate. Et ce d’autant plus que les politiques savent en jouer, surtout lorsque sonnent les échéances électorales.

Appel aux instincts identitaires

Les primaires « citoyennes » en furent un magnifique exemple, parsemées d’émouvants appels au « peuple de gauche » visant à ramener les brebis égarées. Et ils ne font pas toujours appel à la finesse d’analyse de leurs auditeurs, mais à quelques instincts identitaires profonds.

Dans le mode soft, Bernard Cazeneuve, en visite à Jarnac, n’a ainsi pas hésité à convoquer les mannes du grand François Mitterrand, pour lequel « le clivage gauche/droite conservait toute sa force et toute sa pertinence et, ô combien, il avait raison ». Pour les rétifs à ces arguments trop subtils, Najat Vallaud Belkacem, qui ne dédaigne pas pratiquer l’amalgame à l’occasion,  a poussé un peu plus le bouchon en affirmant reconnaître quelqu’un qui vote à droite à « une forme d’indifférence ou d’acceptation, voire de légitimation des inégalités ».

Et bien sûr, l’inénarrable Vincent Peillon, repoussant toujours plus loin les limites du sectarisme pour tenter d’éviter la débâcle (en pure perte), a joué all-in dans l’outrance, en assénant qu’être de droite, c’est « être contre le vote des noirs ».

On imagine donc aisément l’émoi qui saisit le sensible électeur de gauche, tenté par une brève infidélité politique, qui se voit si brutalement jeter dans la cage aux phobes (islamophobe, homophobe…), bien décrite par le regretté Philippe Muray. Reconnaissons que c’est une charge émotionnelle un peu lourde à porter, qui risque bien de lui faire préférer continuer à « avoir tort avec Sartre que raison avec Aron ».

Le rôle des passeurs

Il lui faut donc un petit coup de pouce, lui aidant à franchir le Rubicon, tout en gardant sa  (bonne) conscience pour lui… C’est là, le rôle majeur, que jouent certains « passeurs », véritables Charon politiques chargés de les accompagner vers l’autre rivage. Et dans ce rôle, quoi de mieux qu’une grande « figure » de la gauche, fragment de banquise se détachant brutalement pour aller dériver de par le vaste marigot politique.

Ce fut le cas de Jean-Pierre Chevènement, l’évanescent troisième homme de la campagne de 2002, qui visait à faire « turbuler » le système avec son positionnement Gaulliste, « au-dessus de la droite, au-dessus de la gauche, la France ».

Crédité de 12% des intentions de vote en février 2002, l’atterrissage en mai fut cependant douloureux, à 5.3 %… Car si d’un point de vue purement électoral, l’aventure s’avéra un fiasco, nombreux furent les électeurs, voire les élus, qui empruntèrent ce « sas » chevènementiste pour déboucher aux 4 coins de l’échiquier politique, éparpillés façon puzzle : outre ceux qui revinrent au bercail socialiste, certains partirent pour le Front de gauche et d’autres pour le Front National (dont bien sûr Florian Philippot)…

L’émancipation des clivages est ponctuelle

Après avoir humé le doux parfum de la subversion et goûté au fruit défendu, il peut en effet être tentant de continuer son chemin de politique buissonnière. Le retour devient d’autant plus difficile qu’ils ont subi le traitement réservé aux ennemis de classe par leurs ex-camarades militants, sort relativement peu enviable comme on l’a vu…

Pensez donc, ils sont responsables de la victoire de la droite, péché suprême pour lequel nulle rédemption n’est plus possible. Bien sûr l’émancipation n’est que ponctuelle, ne rêvons pas, la liberté est une lutte de tous les instants, le poids idéologique d’autres affiliations politiques est rapidement aussi lourd à porter.

Quelle que soit l’issue des prochaines élections présidentielles, le sémillant Emmanuel Macron est appelé à devenir un futur « passeur » : une pige comme ministre de gauche, certes brève mais suffisante pour obtenir le label, un refus de l’hémiplégie droite/gauche et la perspective d’un futur naufrage du candidat de gauche, dont on lui fera endosser la responsabilité…

À l’arrivée, une bonne partie des Marcheurs issus du peuple de gauche et qui pénètrent dans le sas en chantant, en ressortiront bien loin de l’idéologie initiale…  Enfin la recomposition tant attendue du paysage politique, avec la disparition de ce pesant clivage droite / gauche ? et soyons fou, un vrai débat sur les idées plutôt que sur les positionnements des uns ou des autres ?