Ressentiment et générosité : à propos de Notre-Dame de Paris

Statue Detail on Notre Dame de Paris By: MCA / Mike Allyn - CC BY 2.0

L’argent pour Notre-Dame n’est pas volé aux pauvres.

Par Gérard-Michel Thermeau.

Nous vivons dans le plus beau pays du monde : le pays de l’altruisme et de la générosité ? Non, le pays de l’envie, du ressentiment et de la haine de classe. Les riches ne donnent rien : ce sont des égoïstes. Ils donnent : ils font de la communication. Ils donnent pour Notre-Dame. Que ne donnent-ils pour sauver la cathédrale planète, soigner la cathédrale humaine et, accessoirement, araser la pyramide de la connerie humaine ?

Bref, vous l’aurez compris, quoi que fassent les riches, ils ont tort, tort d’être riches. Et la gauche la plus bête du monde se regarde avec délectation dans le miroir de son narcissisme, persuadé d’être l’incarnation de la solidarité et de la générosité. Il est vrai que sa générosité ne connait d’autre limite que celle du contenu du portefeuille des autres.

Les petits raisonnements de la petite gauche mesquine

Les pires sophismes de la gauche la plus bête du monde sont ainsi remontés à la surface. Des grosses fortunes donnent des sommes importantes, c’est qu’elles ont trop d’argent clame un gauchiste dont le nom présente peu d’intérêt. Si elles avaient proposé des sommes dérisoires, qu’aurait-on entendu sur la « pingrerie » des riches. Le raisonnement qui se trouve derrière est très simple : la richesse c’est le mal. L’impôt n’a pas pour justification de financer l’action de l’État, l’impôt a pour but de spolier les riches et d’en faire des pauvres.

La comparaison entre la catastrophe qui touche Notre-Dame et les « urgences sociales » laisse rêveur. Ce ne sont pas quelques centaines de millions qui changeront quoi que ce soit à la situation des pauvres en France. L’État, qui accapare plus de la moitié de la richesse produite chaque année, qui se targue d’être un État-providence, n’y arrive pas.

En effet, ce dont ont besoin les pauvres ce n’est pas de la charité, prenne-t-elle la forme de la prétendue « solidarité » étatique. La charité peut soulager momentanément mais elle ne résout en rien le problème fondamental.

Vous êtes sensible à la misère, mettez la main à votre poche

Je le sais, je consacre chaque année une certaine somme à diverses organisations qui luttent contre la précarité ici, et ailleurs dans le monde. Comme je suis un affreux égoïste, je déduis mes dons de mes impôts et donc j’oblige les autres, ceux qui ne donnent rien, à financer mes lubies. Non vraiment, je vous demande un peu, quelle manque de générosité.

Aussi, si nos bons esprits de gauche se posent la question de savoir où trouver l’argent nécessaire face à la misère sociale, je répondrais : ne cherchez pas plus loin, dans vos poches, bien sûr, au lieu de le chercher toujours dans la poche des autres. Vous qui êtes si généreux et généreuses, donnez, donnez encore et surtout, surtout, ne déclarez pas vos dons à l’administration fiscale.

Une certaine insoumise à tout sauf au grégarisme dénonce les exonérations d’impôts. Comme si on « volait » l’État par la déduction fiscale, comme si on obligeait les contribuables à payer les sommes que l’on donne librement. C’est un raisonnement tellement idiot qu’on en reste sans voix. Mais bon, c’est à ça qu’on les reconnaît.

Le don et l’impôt

Quand l’État ne peut pas accaparer votre argent, vous le volez c’est bien évident ! Quelle manque de générosité ! Et c’est mal quand on pense à tout ce qu’on peut faire avec l’argent public : faire fonctionner notre école publique qui soutient sans rougir la comparaison dans les classements internationaux, nos hôpitaux qui sont un modèle de rapport qualité/coûts, notre justice qui fait honneur à notre pays, notre police qui se montre d’une redoutable efficacité mais cela dépend contre qui, etc.

Mais c’est bien là le problème.

En donnant, je décide de l’affectation précise de mon argent. Ici, je peux donner pour la reconstruction de Notre-Dame, là pour aider telle action au Cambodge, là pour soutenir les familles en difficulté à côté de chez moi. En payant l’impôt, je vois mes revenus affecter dans un pot commun. Et là mon argent va servir à maintenir à flot un quotidien communiste qui n’a plus de lecteurs, payer l’intérêt de la dette conséquence de l’excellente gestion des finances publiques, financer un syndicat étudiant dont l’activité principale consiste à cracher sur la culture occidentale, et autres charmantes affectations de l’argent public.

Le ruissellement étatique

L’essentiel de l’argent public ne sert ni à assurer les fonctions régaliennes de l’État ni à faire disparaître la pauvreté. Il sert à payer des tas de gens qui ne sont pas pauvres, de riches acteurs à de vertueux syndicalistes qui n’ont plus aucun contact avec le travail depuis longtemps, d’innombrables fonctionnaires qui ne fournissent pas nécessairement les services auxquels les contribuables pourraient prétendre, sans parler de myriades d’associations toutes fort intéressantes en soi mais qui devraient pouvoir trouver d’autres financements si leur utilité est tellement avérée.

Et là, une fois que les fonctionnaires et les divers prébendiers du système ont été arrosés, ce « ruissellement » atteint les pauvres qui se contentent des miettes du festin.

Pour le reste, le problème social, qui est chez nous particulièrement marqué alors que nous bénéficions d’un « modèle social » que le reste du monde ne nous envie pas, n’est-il pas largement le résultat de la politique d’un État devenu obèse qui ne peut rien pour faire le bien mais peut tout pour entraver les initiatives individuelles et accabler de tracasseries sans fin les habitants de ce pays ?

L’argent pour Notre-Dame n’est pas volé aux pauvres

Notre-Dame a besoin d’argent pour se reconstruire et besoin de notre générosité.

La pauvreté a besoin d’une économie dynamique, favorisée par l’esprit d’entreprise, d’un marché du travail où le chômage cessera de peser comme une fatalité. Bref, ce dont souffrent les pauvres ce n’est pas qu’il y ait des riches mais que l’on ne cesse, au contraire, de pénaliser la création de richesses. Plus il y aura de riches, moins il y aura de pauvres.

Il est vrai que l’objectif d’une certaine gauche n’a jamais été la disparition de la pauvreté mais celle de la richesse. Cette petite gauche, qui ignore le sens du mot générosité, est mesquine, travaillée par l’envie et le ressentiment. Remarquons-le, ce ne sont pas des vertus très chrétiennes, si l’agnostique que je suis peut ainsi s’exprimer. On comprend que l’idée d’une reconstruction d’une cathédrale leur reste en travers de la gorge. Et ils ont le culot de s’abriter derrière la grande ombre de Victor Hugo. Ah, les misérables !