Le fabuleux destin de Martinez à la tête de la CGT

Publié Par Éric Verhaeghe, le dans Syndicalisme

Par Éric Verhaeghe.

Philippe Martinez-PASCALVAN(CC BY-SA 2.0)

Philippe Martinez-PASCALVAN(CC BY-SA 2.0)

L’agilité de Philippe Martinez depuis son arrivée à la tête de la CGT, il y a un plus d’un an, révèle un caractère hors du commun. Après avoir dealé avec Thierry Lepaon, dont les communistes historiques du syndicat voulaient la peau, il s’est fait le chantre d’un gauchisme digne des années 30, avant de chercher aujourd’hui une sortie de crise. Mais le gauchisme sur les braises duquel il a tant soufflé semble l’avoir désormais dépassé. Ses capacités à multiplier les grands écarts le qualifient en tout cas pour un prochain ballet à l’opéra.

L’arabesque pour succéder à Lepaon

Jusqu’à l’arrivée de Lepaon à la tête de la CGT, Philippe Martinez s’était essentiellement illustré par son passage au comité d’entreprise de Renault où il avait dû gérer l’affaire Vilvoorde. Il était ensuite passé à la fédération de la métallurgie, qui n’est pas la plus puissante de la confédération. Il y faisait un bonhomme de chemin sans histoire, ni en s’illustrant par un caractère particulier susceptible d’attirer l’attention sur lui.

Lorsque l’affaire Lepaon a éclaté, l’homme s’est tapi dans l’ombre et a attendu son heure. Qu’importe si le secrétaire général était la victime expiatoire d’une vieille garde agacée par ses caprices de diva et ses décisions prises à la légère, comme celle de déstabiliser les pompes à finances du parti ! Le bureau mythique de la porte de Montreuil vaut bien une messe.

Martinez aurait alors dealé un soutien transitoire à Thierry Lepaon en échange d’une promesse de lui succéder. Pour la plus grande chance de Martinez, la manoeuvre fut éventée, agaça, et l’opération dut se réaliser plus vite que prévu. Et voici ce grand guerrier gaulois mal connu du public à la tête d’une confédération qui ne l’attendait pas vraiment, et dont les plaies suppuraient encore de la guerre ininterrompue entre les chefs depuis plusieurs mois.

Le grand écart vers les gauchistes

Après cette superbe arabesque qui le porte au pouvoir, Martinez entreprend de se tapir à nouveau. Il prend son bâton de pèlerin et fait le tour des syndicats locaux. Il enchaîne les visites de terrain. Les plaies ne se ferment pas. Les douleurs restent malgré quelques piqûres de morphine.

Un peu partout, la CGT recule, comme à la SNCF. Un peu partout, sa voix devient inaudible face à une CFDT omnipotente, omniparlante, et omniconsultée par le gouvernement. Lorsque le gouvernement sort de son chapeau la loi Travail, on entend que Mailly, de FO.

Le malaise est perceptible et, au congrès de la CGT de cette année, en avril, le bilan du secrétaire général est adopté à moins de 60%. C’est une impressionnante contre-performance qui illustre bien la difficulté, au sein de la CGT, de pratiquer la danse classique quand la tradition penche plus vers la boxe ou la lutte gréco-romaine.

Martinez tente alors une opération risquée : il laisse les gauchistes noyauter le congrès et martèle des appels à la grève reconductible. Le grand écart est parfait : l’ancien allié de Lepaon s’appuie désormais sur l’aile la plus contestataire de son syndicat.

Martinez a réveillé les démons de Montreuil

Cette très belle figure chorégraphique à laquelle le port d’une grosse moustache n’enlève rien sonne comme un réveil pour les gauchistes du syndicat. La grève reconductible! le Grand Soir ! la Révolution ! la dictature du prolétariat ! que de noms vibrants, d’évocations à vous tordre les boyaux emplis de pastis sur le Vieux Port, auxquelles personne ne peut résister. C’est l’appel à la Résistance sur Radio Londres. L’un y entend le feu vert pour envahir le MEDEF, l’autre pour retirer le compteur électrique de la villa de Gattaz, un autre encore l’appel à manifester sous les fenêtres de Myriam El-Khomri, sans parler de la pression pour publier dans la presse un éditorial torche-cul du nouveau petit père des peuples.

Ami, si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place !

Pour Martinez, cette situation devient compliquée. Un bon secrétaire général de la CGT a besoin de savoir finir une grève (c’est pour cela que la CGT est la CGT : pour canaliser les instincts grévistes du petit peuple). Manifestement, Martinez a bien compris le fonctionnement du bouton on, mais n’a pas encore acquis la maîtrise du bouton off. La manivelle de la Lada devrait lui revenir prochainement dans la figure.

Martinez débordé par la base cheminote

Pour le gouvernement, la situation est agaçante. Il est en effet très probable que Valls ait lâché un certain nombre de concessions pour finir cette grève. Il doit donc moyennement apprécier, en se branchant sur France Inter le matin, d’apprendre que les assemblées locales continuent la grève, que les poubelliers parisiens s’y mettent, quand le camarade secrétaire général, la veille, a raflé la mise.

Nous touchons ici aux limites du grand écart, et de la danse classique en général, à la CGT. Le gauchiste révolutionnaire a un esprit carré binaire. Il ne comprend rien à l’arabesque, aux petits pas et au grand écart. Avec lui, c’est soit on y va, soit on n’y va pas. Après avoir entendu pendant de longs mois la danseuse étoile lui dire « on y va », il aura beaucoup de mal à comprendre qu’il faut désormais faire le contraire.

Il faut donc maintenant regarder le temps que prendra la remise en ordre, si elle est encore possible.

Sur le web

  1.  » Ses capacités à multiplier les grands écarts le qualifient en tout cas pour un prochain ballet à l’opéra.  »
    Non pitié, pas de ça à l’Opéra. De toute manière les syndicats maisons devraient encore faire grève pour emm….. le public !

  2. la remise en ordre….longue et couteuse pour le contribuable …gachis de temps et d’argent….

  3. Notre gouvernement de pleutres l’a tellement aidé, a recyclé son ex rival, a fait coïncider une loi illisible en fin de mandat ET les négociations cheminots avec l’Euro 2016…Trop fort.
    Difficile de ne voir autre chose en ce poilu ossifié qu’une créature du gouvernement. Après, quant on met un petit bonhomme dans de trop grandes bottes, le résultat est forcément comique, parfois, tragique.
    La seule porte de sortie, en parlant de bottes, était de rester debout et appliquer l’état de droit sans aucune concession.
    Flamby – Martinez… Intelligence, mollesse, couardise, contre roublardise, bêtise, brutalité. Que serait la France sans vous!
    Merci les gars, merci.
    Voir 22 garçons taper dans un bout de cuir sera décidément un bien bel entracte.

  4. Martinez est un blaireau mais un blaireau qui fricote avec le pouvoir. Il est comme les politiques, il n’a que de la gueule un esprit étroit et un pouvoir de nuisance. c’est comme ça qu’on les aime en France alors de quoi on se plaint?

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