Les donneurs de leçons, de Nicolas Lecaussin

La France, constate Nicolas Lecaussin, reste le seul grand pays riche à ne pas s’être réformé, malgré la crise de 2008-2009.

Par Thierry Godefridi.

Nous en connaissons tous, de ces gens qui savent tout sur tout, qui font la leçon à tout le monde, pas seulement leçon de morale, mais aussi leçon de conduite. Ces guides suprêmes sont tout d’abord les hommes politiques qui savent mieux que quiconque, y compris leurs propres congénères, ce qui est mieux pour tous, quitte à s’en abstenir eux-mêmes, quitte à souvent se tromper et à ne jamais le reconnaître.

Les donneurs de leçons, ce sont aussi ces fonctionnaires qui ne pourraient concevoir le monde sans un État « ventromnipotent » puisque ce dernier les nourrit et ils le nourrissent à leur tour, de règles et de taxes, eux qui contrôlent tant et plus mais n’ont habituellement pas de compte à rendre ; ce sont ces syndicalistes qui prêchent, bloquent, sabordent et se fichent des conséquences pour le plus grand nombre ; ce sont ces journalistes qui ne présentent pas les choses telles qu’elles sont, mais telles qu’ils aimeraient qu’elles soient. Enfin, il y a le président.

« La République, écrit Nicolas Lecaussin dans Les donneurs de leçons, son réquisitoire contre le système en place, est un club de copains et de profiteurs. Les serviteurs de l’État sont ceux qui se servent les premiers… », en salaires mirobolants et en privilèges datant d’une époque, en toute opacité et hypocrisie. « En fait, Tocqueville a sous-estimé les dérives du pouvoir. »

Pas de libéralisme en France

Nicolas Lecaussin ne se contente pas de planter le décor. Il étaye ses arguments par des chiffres et par des faits en ce qui concerne le nombre des fonctionnaires, les dépenses publiques, la fiscalité, le chômage, autant de domaines dans lesquels la France accuse, par rapport à la moyenne européenne, une dérive considérable qui dénote un manque de confiance dans l’individu, dans la société civile, dans le sens des responsabilités des uns et des autres, dans la concurrence, dans l’État de droit.

De libéralisme en France, il ne saurait être question, de quelque manière qu’on le qualifie, d’État, de gauche, social. Nombre de dirigeants de gauche (Tony Blair en Grande-Bretagne, Ingvar Carlsson en Suède, Jean Chrétien au Canada, David Lange en Nouvelle-Zélande, Robert Hawke en Australie, Gerhard Schröder en Allemagne) ont introduit des réformes libérales, ont déréglementé, ont privatisé, ont baissé les impôts, partant du principe qu’en économie la gestion n’est ni de gauche ni de droite, elle est bonne ou mauvaise.

Nicolas Lecaussin constate que la France reste le seul grand pays riche à ne pas s’être réformé, malgré la crise de 2008-2009. C’est l’étatisme qui y règne, toujours plus d’État, en témoignent les dépenses publiques qui n’ont cessé d’augmenter pour atteindre 56,5 % du PIB en 2017 et ont cru de 2,5 % l’an passé. Il en est risible que des voix, dont celle du président de la République lui-même, s’élèvent en France pour dénoncer une Europe ultra-libérale alors que c’est la France qui est ultra-étatiste.

« Un libéral, écrit l’auteur, est pour la subsidiarité », et de rappeler le propos de Jean-François Revel selon lequel, en France, même la droite n’a jamais été libérale – a fortiori la gauche !

Tartuffes et totalitaires

Des donneurs de leçons, il y en a sous toutes les latitudes (et même un peu partout dans la société si l’on tient compte de tous ceux qui blablatent et recyclent ce qu’ils entendent et – parfois – lisent sans se fatiguer à réfléchir).

Nicolas Lecaussin épingle quelques proéminents donneurs de leçons dans la sphère médiatico-politique française : Nicolas Hulot, l’une des personnalités préférées des Français, grand sauveur de la planète et heureux possesseur de sept voitures et d’une embarcation motorisée, « mélange d’idéologie totalitaire et de tartufferie » ; Jacques Attali, le jargonaute du « prévoir-soi en tant que dimension du devenir-soi », promoteur d’un gouvernement planétaire à la tête d’une économie qui le soit tout autant et mue par une monnaie mondiale avec l’inflation comme panacée sociale ; François Hollande, quand il met en garde (en novembre 2018) contre le populisme et « ces personnalités qui, à un moment, embrassent les aspirations d’un peuple, (…) qui veulent être dans un rapport direct au peuple… ». Parlait-il d’Evo Morales ou de Hugo Chavez, voire des zélateurs de l’égalitarisme et de l’écologisme ? Non, c’est de Donald Trump qu’il s’agissait.

Directeur de l’Institut de recherches économiques et fiscales (IREF), l’auteur conclut son essai sur une note optimiste, en bref : « Non, la complication n’est pas la norme. Oui, il existe des pays où l’administration est efficace. Non, le matraquage fiscal n’est pas une fatalité. Oui, il existe des pays où les syndicalistes sont responsables, où la presse n’est pas subventionnée et où l’argent bien gagné est admiré… » Et d’exhorter Les donneurs de leçons : « Foutez-nous la paix ! ». « Laissez-nous tranquilles ! » « Laissez-nous faire ! » C’est, estime-t-il, ce qu’auraient dû revendiquer les Gilets jaunes, les vrais.

Article initialement publié en mars 2019.

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