Social-libéralisme : l’expérience du blairisme

tony blair credits center for american progress (licence creative commons)

Que peut-on apprendre des Mémoires de l’ancien premier ministre britannique sur le sujet ?

Par Philippe Robert.

tony blair credits center for american progress (licence creative commons)

Pour ne pas mourir idiot, j’ai pensé que cela valait la peine, en matière de socialisme scientifique, d’aller voir de plus près de quoi il retournait chez nos voisins immédiats. Car en France, malgré quelques rares et incertaines velléités de social-libéralisme (sic !), tout reste à faire pour passer de l’ombre à la lumière, suivez mon regard.

Ainsi, pour alimenter ma réflexion sur ce sujet très contemporain, m’est-il apparu des plus avantageux de faire mon miel des Mémoires de Tony Blair vers lequel nombre de nos socialistes les plus lucides, à la recherche d’un socialisme plus pragmatique que celui prôné par Martine Aubry & Co, regardent avec une certaine appétence mais en catimini.

Si, dès 1959, les sociaux-démocrates allemands ont été précurseurs en abandonnant les idées d’inspiration marxiste, il a fallu attendre 1995 au Royaume-Uni, suivi de l’entrée de Tony Blair au 10 Downing Street en 1997, pour tordre le coup à la clause IV prévoyant « la propriété commune des moyens de production, de distribution et d’échanges ».

« Alors que nous approchions du XXIème siècle, cinq ans après la chute du Mur de Berlin, tandis que la Chine communiste adoptait ”l’économie de marché socialiste », si le parti travailliste britannique affirmait qu’il croyait à la propriété de l’État des « moyens de production, de distribution et d’échange », cela revenait à dire que nous n’étions pas sérieux. Une telle proposition confirmerait les pires craintes de l’opinion ».

Où en est la France ? Hélas, toujours au même point puisqu’à l’inverse des Allemands et des Britanniques qui ont officiellement rejeté l’idéologie collectiviste en tant que telle, les lois d’une grande rigidité votées par un Parlement français majoritairement de gauche sont frappées au coin d’un progressisme aujourd’hui totalement passé de mode.

Laissons donc aux socialistes l’illusion grandiose d’avoir mieux compris que quiconque de quelle façon, grâce au socialisme scientifique, l’humanité pouvait légitimement aspirer au bonheur grâce à ce que le grand économiste libéral Friedrich Hayek, prix Nobel d’économie 1974, a nommé à bon droit la présomption fatale ou les erreurs du socialisme.

Cependant, n’étant pas sectaires, laissons au réformateur éclairé mais toujours socialiste Tony Blair le soin de définir cette fameuse présomption fatale qui, selon Hayek, est à la source des erreurs qui rendent le socialisme haïssable dans sa soif inextinguible d’instaurer une « justice sociale » dont les applications successives se sont toujours révélées systématiquement liberticides :

« Le problème fondamental du Labour de l’après-guerre réside en ce qu’il avait perdu le contact avec ce qui était son objectif originel. Ce but, qui lui tenait à cœur, concernait l’individu. Un État plus puissant, des syndicats, des mesures sociales, une convention collective du travail, tout cela n’avait qu’une visée : donner une chance à l’individu, lui donner une chance d’aller au-delà des limites arbitrairement imposées par la pauvreté, le manque d’instruction, une mauvaise santé, l’allocation logement ou l’aide sociale, il ne s’agissait pas de mesures générales, elles concernaient l’individu. Elles répercutaient et captaient quelque chose de profond dans la nature humaine : le désir d’être libre, d’être le meilleur possible ».

Le désir d’être libre, d’être le meilleur possible, certes, mais sous l’étouffante autorité de l’État tout-puissant agissant en lieu et place de l’individu auquel il faut à tout prix, conformément au dogme socialiste, rogner les ailes de sa liberté propre pour mieux l’inscrire dans le projet d’un bonheur collectif toujours repoussé au fur et à mesure de son déploiement.

En France, nous rapporte Manuel Valls1Jean Jaurès n’a-t-il pas écrit dans « Socialisme et Liberté » : « Le socialisme est l’affirmation suprême du droit individuel. Rien n’est au-dessus de l’individu. Mais pour que chaque homme soit autonome pleinement, il faut assurer à tous les moyens de liberté et d’action. » Et il ajoutait cette formule que certains, selon Valls, feraient bien de méditer : « Le socialisme est l’individualisme logique et complet ». Scientifique, quoi !

Mais je ne voudrais pas terminer mon propos sur une note trop négative que ne mérite d’ailleurs absolument pas l’honnête Tony Blair, cet homme d’État de gauche qui s’est montré tout à fait capable, fût-ce même par calcul politique bien naturel à son haut niveau de décideur avisé, de rendre à César ce qui appartient à César, chapeau l’artiste :

« Bien que ce fût un sujet de désapprobation et de discorde au sein du parti, j’ai même décidé de soutenir les changements que Margaret Thatcher avait apportés. Je savais que la crédibilité de tout ce que voulait entreprendre le New Labour reposait sur l’approbation d’une partie inéluctable de ce qu’elle avait voulu réaliser dans les années 80 (…) La façon dont elle avait opéré était souvent très idéologique, parfois sans nécessité, mais cela ne changeait rien aux faits : la Grande-Bretagne avait besoin des réformes économiques et sociales de l’époque Thatcher ».

Sur le web 

  1. Manuel Valls, Pouvoir, éditions Stock, 2010