Le socialisme aujourd’hui (2) : le social-libéralisme scandinave

Scandinavië 2018 By: Victor van Werkhooven - CC BY 2.0

Le succès relatif des pays scandinaves est dû aux libres marchés et à une tradition d’État de taille limitée, mais, depuis les années 1960, le poids des larges États-providence a affaibli la vitalité économique de la région.

Par Daniel J. Mitchell.

Dans la première partie de notre série sur les diverses formes du socialisme du monde moderne, nous avons traité la tragique histoire du Venezuela. Aujourd’hui, nous allons voir ce que nous pouvons apprendre des pays nordiques. Et la première chose à comprendre est qu’on ne peut qualifier ces nations de socialistes que si on édulcore la définition du socialisme.

Comme je l’ai rappelé dans une récente interview télévisée, théoriquement, le socialisme réel suppose la propriété et le contrôle des « moyens de production » par l’État. Mais les pays nordiques n’ont pas d’usines appartenant à l’État, ni d’allocation de ressources contrôlée par l’État, ni de réglementation des prix par l’État.

En d’autres termes, ces pays ne sont pas socialistes (propriété publique), ils ne sont pas non plus fascistes (contrôle étatique) et ils ne sont même pas corporatistes (capitalisme de connivence).

Alors de quoi s’agit-il ?

Le modèle nordique : un modèle « social-libéral »

Dans un article du Washington Post, Max Boot considère à juste titre que le modèle nordique correspond au « social-libéralisme », qu’il décrit comme l’alliance d’une économie de libre marché et d’un État-providence.

Truquer des élections et enfermer ou tuer des opposants politiques : voilà un modèle de socialisme – c’est cette même méthode qui a été appliquée aussi bien à Cuba qu’en Union soviétique. Mais il existe de nombreuses autres variétés de socialisme beaucoup plus bénignes. (…) Le modèle scandinave (Danemark, Norvège et Suède), en associant État-providence et économie de libre marché, montre que le terme « social-libéralisme » n’est pas un oxymore. (…) Sur certains points, ces pays sont d’ailleurs plus libres économiquement (…) que les États-Unis. »

Cette dernière phrase n’est pas une faute de frappe. Selon l’indice de liberté économique de l’Institut Fraser, les États-Unis jouissent d’une plus grande liberté économique que les pays nordiques, mais le Danemark et la Finlande se classent au-dessus de l’Amérique en ce qui concerne les facteurs autres que la politique fiscale. Et la Suède et la Norvège ne sont devancées que de 0,03 et 0,06 point par rapport aux États-Unis.

Une forte imposition des classes moyennes

Cela dit, une grande leçon à tirer est que la politique fiscale constitue un énorme gâchis pour les pays scandinaves :

Il n’y a rien d’inquiétant à vouloir imiter l’exemple scandinave. Mais ça ne signifie pas nécessairement que c’est judicieux. Les Scandinaves ont des taux d’imposition des sociétés bien inférieurs à ceux des États-Unis, mais des taux d’imposition des particuliers beaucoup plus élevés. (…)

Les pays scandinaves prélèvent également de lourdes taxes sur la valeur ajoutée de 25 %. Les États-Unis n’ont pas de taxe nationale sur les ventes et le taux moyen des taxes sur les ventes des différents États n’est que de 7 %.

Au total, les Scandinaves paient par tête 25 488 dollars d’impôts, contre 14 793 dollars aux États-Unis, soit 72 % de plus. C’est ce qu’il faut pour financer un État-providence à la scandinave. Cela ne peut pas se faire simplement en relevant les taux d’imposition marginaux des contribuables les plus riches à 70 %, comme le suggère Ocasio-Cortez, car peu de contribuables paient le taux le plus élevé. Cela nécessite une hausse massive des impôts de la classe moyenne.

La messe est dite. C’est un point que j’ai souvent souligné, et tout récemment à l’occasion d’un billet consacré au programme étatique d’Alexandria Ocasio-Cortez. Les contribuables ordinaires supporteront l’essentiel de l’addition si les idées de la gauche sont adoptées.

Mais je m’éloigne du sujet. Revenons à la question principale du jour, à savoir le lien entre le modèle nordique et le socialisme. D’un point de vue théorique, il n’y a aucun lien. Ces pays n’ont jamais été socialistes. Et puis, si on estime que ces nations sont socialistes, il faut considérer que les États-Unis le sont aussi.

Cependant, il y a une leçon à tirer et cette leçon est pertinente que l’on utilise la définition théorique ou courante du socialisme. Pour le dire simplement, le succès relatif de ces pays est dû aux libres marchés et à une tradition d’État de taille limitée, mais, depuis les années 1960, le poids des larges États-providence a affaibli la vitalité économique de la région.

Ce graphique vous montre tout ce que vous devez savoir :

L’État-providence ralentit la croissance des pays nordiques

Remarques : en fait, il y a bien d’autres choses à connaître. Par exemple, les données de Nima Sanandaji, qui montrent dans quelle mesure les Américains d’origine nordique sont plus riches que les habitants des pays nordiques, sont très éclairantes. Il y a également des statistiques concernant la Suède qui illustrent comment cette nation a perdu du terrain après avoir opté pour un large État-providence (et comment elle a par la suite regagné du terrain grâce à des réformes pro-marché telles que le choix des écoles à l’échelle nationale et la privatisation partielle des retraites).

À suivre : le troisième article de notre série, consacré à la tragédie grecque.


Sur le web. Traduction Raphaël Marfaux pour Contrepoints.

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