Emmanuel Macron est bien le président des riches

Emmanuel Macron by Mutualité française(CC BY-NC 2.0)

Emmanuel Macron est bien le président des riches, mais cette « politique des riches » est tout sauf une politique libérale.

Par Olivier Maurice.

Pour une fois, je suis assez d’accord avec une certaine partie de l’opinion qui ne recueille pas souvent mon adhésion : Emmanuel Macron est bien le président des riches.

En diminuant l’ISF et les charges sociales des salariés, tout en augmentant « en même temps » la CSG et diverses taxes à la consommation, le Président de la République a fait le choix de « réinjecter plus de capital dans l’économie française qui a besoin de mieux se financer » selon les propos du ministre de l’Économie Bruno Le Maire.

Cette politique, qui est à l’opposé des multiples efforts passés de relance par la consommation consistant à « réinjecter plus de pouvoir d’achat dans l’économie française qui a besoin de mieux se financer », est donc bien une politique destinée aux riches.

Je suis donc assez d’accord avec l’image de Jean-Luc Mélenchon (eh oui !) : au lieu d’arroser la plante par les racines (relance par la consommation) et espérer que le partage de richesses conduira au paradis des prolétaires, le gouvernement a décidé d’arroser la plante par les feuilles (relance par l’offre) et espère que le ruissellement conduira au même paradis des prolétaires.

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Une politique anti-libérale

Mon accord avec le leader de la France Insoumise s’arrête là : cette « politique des riches » est tout sauf une politique libérale. Les deux versions (la version Robin des Bois qui consiste à prendre aux riches pour donner aux pauvres et la version Jean Sans Terre qui consiste à prendre aux pauvres pour donner aux riches) sont des politiques interventionnistes où l’État s’arroge la maîtrise d’un domaine qu’il ne connait pas et qu’il ne maîtrise pas.

Ce n’est pas en réduisant par l’impôt le pouvoir d’achat des retraités et des automobilistes (pour ne citer qu’eux) que l’on résoudra les problèmes du pays, pas plus que financer par l’impôt le pouvoir d’achat d’emplois aidés n’ait résolu quoi que ce soit.

Pour citer Frédéric Bastiat : ce n’est pas en perfusant le bras droit pour transfuser dans le bras gauche que l’on guérit un malade. Il semble clair que ce n’est pas non plus en perfusant le bras gauche pour transfuser dans le droit que l’on obtiendra de meilleurs résultats.

Surtout qu’une bonne partie du transfert (des riches vers les pauvres ou des pauvres vers les riches) risque fort de se perdre en route dans les méandres de l’administration.

Une politique néfaste

L’économie est une merveilleuse invention du génie humain, un réseau inextricable d’échanges, de contrats, de prêts et de dettes, de dépenses et de thésaurisation. Ce n’est pas une plante à la croissance infinie qu’il faudrait arroser sans cesse pour la faire pousser.

Si l’on voulait utiliser une image, l’économie serait plutôt une éponge aux milliards de cavités et de réseaux, la monnaie étant l’eau qui l’imbibe.

Si l’éponge grossit, il faut plus d’eau pour garder l’éponge humide, si l’éponge diminue, il faut moins d’eau. Mais ces variations se font lentement, au rythme de quelques pourcents par an. Et qu’on le veuille ou non, elles peuvent tout aussi bien se produire dans un sens comme dans l’autre : les progrès techniques et les économies d’échelles faisant diminuer les prix et donc le volume monétaire, tout comme les innovations et leur commercialisation créent de nouveaux réseaux.

Si on enlève de l’eau (que l’on essore l’éponge), celle-ci se rabougrit, sèche, durcit et perd ses propriétés. Si on ajoute de l’eau en excès (si on noie l’éponge), celle-ci se détend et finit par partir en lambeaux. C’est ce qui se produit lorsque l’on manipule la monnaie.

Si on essaie d’essorer une partie de l’éponge pour en arroser l’autre partie, l’eau finira inexorablement par se répartir partout dans l’éponge, sauf que dans l’opération, on aura asséché une partie et noyé l’autre avec tous les dégâts que cela implique.

Car ma métaphore s’arrête là : ce qui compose l’éponge, ce sont des êtres humains.

Que les ponctions fiscales se fassent au profit des riches ou des pauvres, des actifs ou des inactifs, des propriétaires ou des locataires… n’y change absolument rien, tout ce que cette politique arrive à faire, c’est à réduire les échanges, à détruire à petit feu l’économie et la société.

Car ce qu’Emmanuel Macron semble avoir complétement perdu de vue, c’est que ce qui est important n’est pas vraiment l’argent que l’économie dégage, mais les services qu’elle rend aux individus, en leur fournissant nourriture, logement, transport, éducation, santé, etc.

Une politique d’un autre temps

La notion de capital est un avatar inventé au milieu du XIXe siècle et qui n’a absolument plus aucun sens dans le monde moderne, à part celui d’être la dette initiale contractée par une société lors de sa création.

Ce qui était vrai à l’époque de la monnaie métallique ne l’est plus aujourd’hui où la monnaie est une inscription sur des registres et où son cours est corrigé quasiment en temps réel pour en faire  un barème le plus stable possible de notation des prix.

Déposer une fortune à la banque ou déposer des milliers de petites sommes revient exactement à la même chose : les banques recyclent les dépôts, les titres et même les prêts et les dettes et « réinjectent le capital dans l’économie française ». Et comme presque tous les échanges se font par l’intermédiaire des banques, prétendre que l’économie française aurait besoin de « capital pour mieux se financer » est totalement ridicule.

Nous ne sommes plus au XIXe siècle : quasiment chaque individu possède une compte bancaire, des actifs personnels (maison, voiture, électroménager…), de l’épargne, voire des actifs financiers ou industriels. Le « capital » est partagé chez chacun d’entre nous, rendu liquide et « recyclé » par les banques qui, grâce au mécanisme de réserves fractionnaires, ont la capacité de rendre disponible la quantité de monnaie dont l’économie a besoin, et ce de façon quasiment illimitée.

Le capital n’est pas l’apanage d’une classe, mais un réseau inextricable de dettes et de prêts, d’actifs et de titres répartis dans toute la population, le tout multiplié par cent par les banques.

Le seul facteur qui effectivement diminue de façon conséquente cette capacité financière, c’est le trou noir de la dette qui aspire chaque année près de 20% du PIB (entre le déficit et le remboursement des intérêts), l’État obèse qui mobilise 25% des actifs et les monopoles publics qui interdisent toute initiative sur des secteurs entiers de l’économie.

Et sur ces derniers points : absolument aucune réforme significative en vue, uniquement des effets d’annonce et des réformettes, alors qu’il suffirait de peu de choses pour changer totalement le paysage économique : la politique suivie dans de nombreux pays a prouvé que pour un emploi de fonctionnaire supprimé, il s’ensuit 3 emplois créés dans le privé, que la privatisation des activités déficitaires de l’État se traduit toujours par des services bénéficiaires et de bien meilleure qualité, qu’avec le plein emploi les revenus augmentent pour tout le monde.

Alors oui, les Anglais payent plus cher leurs billets de train, mais un conducteur de train anglais gagne deux fois plus qu’en France.

Avoir un président des riches est une bonne chose… à condition que tout le monde soit riche.