Lénine, l’inventeur du totalitarisme, de Stéphane Courtois

En seulement quelques années, Lénine a bâti le pire système qu’ait connu l’humanité. Comment expliquer la dose de sympathie dont il bénéficie encore, surtout en France ?

Par Nicolas Lecaussin.
Un article de l’Iref-Europe

La biographie intellectuelle de Stéphane Courtois (grand spécialiste du communisme et co-auteur du remarquable et très remarqué Livre noir du communisme) fait le « ménage » dans les mythes qui entourent le sinistre personnage et rétablit une vérité pourtant connue dès le début.

Il y a d’abord l’homme Lénine, originaire d’une famille riche et qui a toujours vécu comme un… rentier. Il n’a jamais travaillé. Il a d’abord profité de la fortune de sa famille et ensuite du pouvoir qu’il s’est attribué.

Même si le terme « totalitarisme » est apparu en 1923-1924 grâce à un journaliste italien, Giovanni Amendola, c’est bien Lénine qui met en pratique les caractéristiques du régime. Plus tard, Staline ne fera qu’« améliorer » le système en l’imposant au-delà des frontières de l’URSS.

Ce totalitarisme, qui sera adopté aussi par les nazis, à leur propre façon mais en en gardant les caractéristiques principales, s’appuie sur quatre piliers : la dictature d’un parti unique (parti-État) autour d’un chef, le monopole d’une idéologie, une économie d’État et une terreur de masse efficace pour supprimer toute velléité d’opposition.

Le « noble » Lénine trouve ses inspirations totalitaires chez Marx mais aussi chez des écrivains révolutionnaires et anarchistes comme Tchernychevski, Netchaïev ou Plekhanov. Ce cocktail idéologique mélangé au tempérament paranoïaque et bipolaire de Lénine donne naissance à la théorie totalitaire léniniste.

Chez Marx, il avait bien compris l’importance de la pensée révolutionnaire radicale pour s’opposer à toute forme de démocratie parlementaire « bourgeoise » et refuser tout compromis politique. Chez les révolutionnaires et autres anarchistes, il a saisi le rôle de l’assassinat et du chaos politiques pour la prise du pouvoir. Dans son Manifeste, Marx écrit :

Les communistes proclament ouvertement que leurs buts ne peuvent être atteints que par le renversement violent de tout l’ordre social passé.

Vladimir Ilitch Oulianov (Lénine) a suivi ce conseil à la lettre et tous les partis communistes, partout dans le monde, ont pris le pouvoir par la force (à remarquer les mêmes souhaits de faire table rase du passé dans le Programme politique de M. Mélenchon…).

Lénine est responsable de plusieurs millions de morts

« Le communisme ou la mort » est la devise de Lénine dès 1917 lorsqu’il se débarrasse d’abord de ses adversaires politiques, installe le bolchévisme, pourtant largement minoritaire (15 000 membres seulement en 1917), à la tête de la Russie et lance ses politiques de répression et de soumission.

Stéphane Courtois démontre parfaitement comment Lénine s’entoure d’une bande de fidèles et crée une sorte de micro-société pour dominer un pays entier grâce à la terreur et au meurtre. Contrairement à Robespierre qui n’a pas développé une idéologie totalisante, Lénine veut une application scientifique du marxisme grâce à la dictature du prolétariat et à la création de « l’homme nouveau ».

Mise en place de la police politique (la Tcheka), exécutions sommaires, meurtres de masse systématiques (2 millions de morts), génocide de classe et ethnique (entre 300 000 et 500 000 Cosaques tués sur une population de 3 millions), déportations, famines organisées (environ 5 millions de personnes mortes de faim entre 1921 et 1923) : Lénine affiche dès le début sa volonté exterminatrice.

En seulement quelques années, il a bâti le pire système qu’ait connu l’humanité. Comment expliquer la dose de sympathie dont il bénéficie encore, surtout en France ? Inquiétant.

Stéphane Courtois, Lénine, l’inventeur du totalitarisme, Perrin, 2017, 450 pages.


Sur le web