La France par temps de covid (3) : la fragmentation et l’assujettissement de la société

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OPINION : la concentration des ressources économiques et des décisions politiques dans cette France en temps de Covid est pleine de dangers pour les libertés.

Par Julien Plouchart.

On peut se demander si les initiatives et réactions des autorités françaises face à la crise du covid en apparence erratiques et contradictoires ne s’inscrivent pas en fait dans un processus de déconstruction progressive de l’essence démocratique de nos institutions et de notre société. Nous assistons de fait à la mise en place d’un autoritarisme étatique et à la fragmentation de la société.

L’atomisation de la société installée par le pouvoir permet de briser l’individu. L’identité est niée avec la déshumanisation ou chosification mise en œuvre par l’emploi d’un vocabulaire particulier avec le mot jauge au lieu de groupe. L’autonomie est annihilée avec l’instauration d’une régulation sans explication où se déploie le paternalisme du pouvoir qui a recours à la récompense pour les bons citoyens et à la punition pour les mauvais. Le repli sur soi dans le cadre de cette société atomisée est lié à la fois à l’absence d’informations sur l’extérieur et à la création d’une autorisation de vie sociale.

Les informations sur le contre-modèle suédois de gestion apaisée du covid sont devenues de plus en plus rares. Les médias télé tiennent un rôle majeur dans cet enfermement mental faisant de la société d’individus une masse d’ermites isolés pour reprendre l’image de Gunther Anders. L’attestation rudimentaire et provisoire de sortie de chez soi mise en place en mars 2020 puis en octobre 2020 a été remplacée par le pass sanitaire depuis août 2021 et à la validité sans doute bien plus durable. La numérisation et l’individualisation du contrôle de la population sont bien mises en évidence dans cette évolution de la surveillance de la société par les autorités centrales.

Le pouvoir a renforcé sa capacité de contrôle en fracturant la société. La gestion politique du covid en France s’inscrit dans la divergence entre les classes aisées d’une part et les classes moyennes et populaires d’autre part. La technique de séparer pour opposer, diviser pour régner entraîne la création d’une fracture sociétale.

Les soutiens populaires d’Emmanuel Macron

Le pouvoir macronien bénéficie en effet du soutien de deux groupes de la population, les cadres et les retraités, afin d’imposer ses décisions au reste de la société, en particulier les plus jeunes et les plus pauvres. Avec le pass, le pouvoir a opposé les bons et les mauvais citoyens. Cette volonté de division de la population explique l’arbitraire des décisions comme l’obligation vaccinale pour les personnels soignants et non pour les forces de l’ordre et se caractérise par des campagnes de dénigrement centrées sur quelques personnalités clouées au pilori et sur la volonté de diaboliser les mouvements d’opinions contraires.

La France sous Covid apparaît comme une démocratie totalitaire telle que théorisée par Bertrand de Jouvenel dans son ouvrage Du Pouvoir.

Ses écrits n’ont jamais été autant d’actualité :

Le pouvoir est commandement, et tous ne peuvent commander. La souveraineté du peuple n’est donc qu’une fiction et c’est une fiction qui ne peut être à la longue que destructrice des libertés individuelles […]Un homme, une équipe, disposent de ressources immenses accumulées dans l’arsenal du pouvoir…. Il n’existe dans la société aucune contre-force capable d’arrêter le pouvoir.

Cette démocratie totalitaire n’est pas sans rappeler ce qu’Alexis de Tocqueville évoquait déjà sous le terme de despotisme démocratique, qualifié de « forme particulière de la tyrannie », écrivant dans L’ancien Régime et la Révolution :

Cette masse confuse reconnue pour le seul souverain légitime, mais soigneusement privée de toutes les facultés qui pourraient lui permettre de diriger et même de surveiller elle-même son gouvernement. Au-dessus d’elle, un mandataire unique, chargé de tout faire en son nom sans la consulter.

L’actuelle démocratie totalitaire à la française se caractérise ainsi par des libertés restreintes, une désinformation institutionnalisée, l’immixtion de plus en plus forte de l’autorité publique dans la sphère privée, la mise en œuvre de décisions arbitraires par l’État, l’inanité du processus électoral.

Friedrich Hayek dans son livre Droit, législation et liberté, voit dans la dictature plébiscitaire le stade ultime de la démocratie totalitaire. Celle-ci pourrait aussi être qualifiée de démocratie hobbésienne, laquelle selon Frank van Dun se caractériserait par la présence d’un souverain absolu élu par une partie importante de la population assujettie et capable d’imposer toute politique qu’il décide.

Il est à craindre que la pratique césarienne du pouvoir exercé par Macron en France ne corresponde en grande partie à ce type de régime. Le monstre étatique constituerait le cœur de cette forme dégénérée de démocratie. Le Léviathan bureaucratique par le biais de contrôles policiers et de directives sanitaires a pris le pas sur le régime de droits et de libertés en France.

Une mue du pouvoir en France par temps de covid

Avec la crise du covid, la bureaucratie française a toute possibilité de renforcer son emprise sur la société. En faisant une super école des fonctions publiques avec en particulier la fusion des élites des administrations centrales et sanitaires la réforme de l’ENA s’inscrit dans ce processus de dérive inflationniste de la sphère publique.

Si elle était fondée dans le moule idéologique du biopouvoir cette nouvelle super école de la fonction publique risquerait d’en faire une école du pouvoir illimité bien plus que l’actuelle ENA simple école du pouvoir.

La gestion de la crise du covid s’est en fait muée en une question de pouvoir. Emmanuel Macron reprend à son compte l’adage machiavélien de la fin qui justifie les moyens en subordonnant à sa volonté de rester au pouvoir la gestion de l’épidémie. La permanence de la crise du covid est liée à un agenda politique. Le « nous sommes en guerre » répété à satiété par Macron lors de son premier discours en mars 2020 indiquait la volonté du pouvoir d’inscrire dans la durée la gestion politique de la crise sanitaire.

Cette volonté politique d’inscription de la crise du covid dans la durée peut expliquer les décisions du pouvoir au cours des phases de décrue de l’épidémie. En été 2020, tandis que l’épidémie initiale avait presque disparu, le pouvoir a décidé de mettre en place une visibilité de la maladie avec l’obligation du port du masque d’abord dans les lieux clos puis à l’extérieur. Alors que l’épidémie marquait le pas depuis le printemps 2021, le gouvernement a eu recours à une réponse progressive face à une prétendue reprise de l’épidémie en métropole avec le déclenchement des plans blancs dans plusieurs régions du sud de la France.

L’absence de perspective de sortie de crise à court terme permet d’assurer la soumission d’une grande partie de la population et de désigner comme ennemis du bien commun les critiques. Elle présente un grand nombre d’avantages pour le pouvoir qui peut à la fois appliquer sans grande opposition des réformes d’ampleur telle que celle des indemnités chômage à court terme ou celle des retraites à moyen terme et en même temps assurer sa pérennité en neutralisant ou en marginalisant le processus électoral.

Il y a la mise en œuvre d’un capitalisme de connivence qui se caractérise par l’intégration entre le pouvoir en place, les grands groupes et les principaux médias.

Cela explique l’obtention de dérogations par les groupes de pression les plus puissants au détriment des petites et moyennes entreprises. La puissance de ces grands groupes peut en partie expliquer le passage de la démocratie libérale à un autoritarisme hygiéniste en France. Leur capacité d’influence se trouve renforcée dans un cadre opaque de prise de décision et débouche sur une élimination de la concurrence.

La concentration des ressources économiques et des décisions politiques au cours de cette crise du covid est donc pleine de dangers pour les libertés. Seule une réaction forte de la société civile pourrait mettre en échec cette dérive nationale. La résistance dans les idées et les actes est la seule réponse à cette évolution inquiétante de notre modèle national.

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