Vaccination obligatoire des soignants : chantage et exécution sommaire

vaccine BY VCU Capital News Service(CC BY-NC 2.0) — VCU Capital News , CC-BY

Les Français sont devenus des QR codes soumis à péremption et jetables. Ceux qui ne le sont pas n’existent plus.

Par Patrick de Casanove.

 

La vaccination des soignants a donc été rendue obligatoire. Après le 15 septembre le couperet est tombé sans pitié. Les résistants ont été exécutés professionnellement : suspendus, exclus du système de soins.

Depuis le début de l’épidémie, le système de santé au bout du rouleau n’a tenu que par l’abnégation et le dévouement des soignants. Aujourd’hui ils sont mis au ban du système de soins.

La poursuite d’une logique perverse

Par perversion l’État a besoin d’une épidémie vécue comme grave pour justifier les mesures de coercition sociale prises depuis le début.

Ainsi, dès la première épidémie, la première ligne de défense que constituent les médecins généralistes était retirée du front et les traitements précoces rapidement interdits. Les malades étaient laissés à la maison en attendant de ne plus pouvoir respirer et alors d’appeler les 15.

La deuxième ligne se trouvait elle aussi sévèrement amputée puisque la médecine de ville spécialisée (pneumologues, ORL, cardiologues…) était en partie exclue de la prise en charge. Les troupes de secondes lignes restantes se limitaient à l’hospitalisation en médecine ou en réanimation. Elles étaient notoirement insuffisantes, et ce depuis des années. Se sont ajoutés un flot d’images angoissantes, la litanie des morts effrayantes et les confinements délétères…

Dans cette logique perverse il n’est pas étonnant que l’État prenne le risque d’aggraver la situation en excluant du système de soins des personnels soignants non vaccinés.

C’est une ineptie

Par un curieux atavisme gouvernemental, c’est aussi la poursuite de la politique du rationnement des soins par destruction de l’offre. Comme si le numerus clausus n’avait pas fait assez de dégâts.

Beaucoup des personnels soignants ont passé un concours très sélectif, avec numerus clausus global et par spécialité. Il a été instauré en 1971 pour les médecins et les dentistes, plusieurs fois réformé, étendu à plusieurs métiers paramédicaux avec la réforme de la PACES devenu le PASS depuis 2020. La transformation du numerus clausus en numerus apertus n’a pas changé grand-chose. La limitation du nombre d’étudiants admis ne tient pas compte du fait que tous les professionnels formés ne seront pas des praticiens de terrain, ni pour certains des praticiens tout court.

Il faut des années pour former des soignants. Cela a été rappelé pour expliquer la difficulté d’ouvrir des lits de médecine et de réanimation. Pourtant l’État décide en pleine épidémie de retirer du front des soignants formés.

En clair, l’État organise la pénurie à toutes les étapes du cursus médical ou paramédical : lors de la formation initiale, lors de la vie professionnelle en imposant des contraintes et des contrôles administratifs étouffants qui découragent même les plus aguerris, et aujourd’hui en interdisant l’exercice de professionnels confirmés.

Le système de soins était épuisé avant les covid. Cela fait bien des années que la France doit faire face à la pénurie de soignants.

Cette pénurie entraîne ce que l’on appelle couramment les déserts médicaux qui existent partout, en milieu rural comme en milieu urbain. Paris et les grandes villes ne sont pas épargnées. Cette pénurie touche les généralistes mais aussi des spécialistes ou des paramédicaux.

Les établissements de santé ont du mal à recruter des soignants, médecins, infirmières aides-soignants, sage-femmes. L’hôpital est touché comme les cliniques privées, les USLD ou les EHPAD.

Pour ne rien arranger, les vaccinodromes, où les intervenants sont très correctement payés, mieux qu’en USLD ou en EHPAD, ont vampirisé une partie des infirmières.

La vaccination obligatoire va accentuer ce phénomène de disette avec le départ d’un nombre inconnu de soignants. Dans un système toujours à flux tendu, même peu nombreux, les départs risquent de peser lourd.

Depuis quelque temps, dans des structures telles que des USLD, s’ils ne ferment pas, les services ne sont pas utilisés à leur pleine capacité. Des lits restent vides faute de personnel. Depuis le 15 septembre leur situation a empiré. Aujourd’hui des centres communaux ou intercommunaux d’action sociale ne peuvent plus assurer les soins à domicile. Ils renvoient les personnes vers les EHPAD, qui eux aussi ont vu accélérer le manque de personnel.

Ce départ des soignants non vaccinés se voit également dans le secteur libéral. Généralistes, spécialistes, infirmières, aides-soignants, kinés, podologues, orthophonistes, abandonnent leur métier. Les cabinets ferment.

Tous les vaccinés par contrainte ont été profondément blessés par cette effraction physique et psychique qu’est la vaccination forcée gouvernementale. Il y a fort à parier que plusieurs cesseront leur activité dès qu’ils auront eu le temps de s’organiser.

Gageons que l’État fera retomber sur le personnel soignant la responsabilité de la pénurie de soins. Il soulignera que le refus vaccinal tient de l’irresponsabilité vis-à-vis de la protection des autres, et de la trahison des valeurs de leurs professions. Il insistera sur le fait que lui, l’État, n’a pour souci que l’intérêt général et qu’il lui faut débarrasser le pays et le monde de cette épidémie pour qu’il autorise le retour à une vie normale. Les naïfs croiront que l’État se bat pour eux et fait quelque chose. Pour les soignants c’est face je gagne, pile tu perds.

C’est malsain

Les soignants sont aujourd’hui les boucs émissaires d’une politique gouvernementale délétère. Cette mesure aggrave encore la dislocation du lien social, cette fois par une défiance envers des professionnels qui sont pourtant un des piliers de la sécurité des populations. Quand tout va mal, quand l’intégrité physique et psychologique est altérée, en temps de paix comme en temps de guerre, ce qui rassure et donne confiance est la certitude d’être bien soigné quoi qu’il arrive.

Désormais la certitude n’existe plus, le peu de confiance qui existait encore dans la société de défiance qui est la nôtre est brisé.

C’est une injustice

La liberté est un principe. La justice est un principe. Il est nocif de porter atteinte à ces principes, ne serait-ce qu’a minima.

L’obligation vaccinale des soignants est une immense injustice. Ils ont porté le système de santé à bout de bras. Aujourd’hui ils sont passés de héros à asociaux, à parias, à dangers publics. Ce sont pourtant les mêmes personnes, aussi dévouées qu’avant, aussi professionnelles qu’avant.

Ceux qui travaillaient avec des sacs poubelle comme seule tenue de protection, ceux qui infectés étaient contraints de venir travailler, faute de pouvoir être remplacés   sont aujourd’hui mis au ban du système de soins, voire de la société.

Tout ça parce qu’ils ne sont pas vaccinés, même si en bons professionnels, ils respectent les gestes barrières.

En pratique, en mars 2020 un soignant contaminé était considéré comme moins dangereux, que ne l’est, en septembre 2021, un soignant non contaminé mais non vacciné.

Il paraît que c’est le changement et qu’il faut s’adapter. Il est permis de se demander à quoi. Accepter l’anéantissement du libre arbitre et la pratique de la ségrégation est une adaptation au totalitarisme, sûrement pas à la valorisation de la personne humaine.

Ces soignants sont sanctionnés très sévèrement, très brutalement et sans état d’âme par un gouvernement dénué d’empathie.

Le 16 septembre, Olivier Veran a annoncé :

Il y a eu hier quelque 3000 suspensions qui ont été signifiées à du personnel des établissements de santé et médico-sociaux qui n’étaient pas encore rentrés dans un parcours de vaccination.

L’injustice ne repose pas sur le nombre de ses victimes mais sur l’irrespect du principe de justice. Une fois la justice violée tout n’est plus qu’une question de curseur. Même s’il n’y avait eu qu’un soignant suspendu, il y aurait eu injustice,  honte et déshonneur pour celui qui la commet.

Ces soignants n’ont porté tort à personne. Ils sont l’objet de mesures coercitives infondées, de sanctions très sévères simplement parce que, non vaccinés, ils pourraient transmettre le virus qui fait maintenant partie des fameuses maladies nosocomiales. Cela dit le coronavirus peut être transmis par n’importe qui, visiteur, malade, soignant, vacciné ou pas.

Dans les EHPAD se multiplient des cas de contaminations d’agents et de résidents, vaccinés deux fois. En mars 2021 le gouvernement reconnaissait déjà l’efficacité partielle du vaccin. Il est désormais admis que son efficacité est relative et a considérablement diminué, alors qu’elle était annoncée par les laboratoires entre 90 % et presque 95 %.

Conclusion

 « Nous n’avons pas eu de chaos, loin s’en faut », s’est réjouit Véran le 16 septembre.

Pas le chaos, aujourd’hui peut-être, mais ce qui va advenir est incertain. L’avenir ne se présente pas sous les meilleurs auspices. Covid ou pas, les problèmes structurels antérieurs demeurent et sont amplifiés.

Nous l’avons vu, sous le choc de la covid, la résilience du système de santé a reposé entièrement sur les épaules des personnels. Le gouvernement a donc encore fragilisé le système de soins, aggravé la pénurie et diminué sa capacité de résilience.

Par l’effet d’une seule loi les soignants sont passés de preux à réprouvés. Finalement, ce que nous sommes est aujourd’hui déterminé par la loi et non par nos qualités propres, par les services que nous rendons à nos semblables, par notre personnalité. Or, celle-ci est un élément constitutif de l’être humain. « Personnalité, Liberté, Propriété, — voilà l’homme. » Frédéric Bastiat, La Loi (1850)

Les Français sont devenus des QR codes soumis à péremption et jetables. Ceux qui ne le sont pas n’existent plus.

 

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.