« Insoumission française » de Sonia Mabrouk

Screenshot Inssoumission française on Amazon — amazon,

Un cri d’alarme essentiel contre les nouvelles menaces qui pèsent sur notre civilisation et nos libertés.

Par Johan Rivalland.

C’est l’un des sujets les plus préoccupants du moment. Qui questionne les fondements même de notre société, de la démocratie et de nos libertés. Et au-delà, qui met en danger notre paix civile.

Une civilisation en danger

Comment des minorités agissantes en viennent-elles à faire régner leur terreur et leur intolérance sur l’ensemble de notre société, sous couvert du contraire ? Comment en viennent-elles à remettre en cause les fondements de notre vie commune en contestant un à un nos principes fondamentaux, de même que nos valeurs, et jusqu’à l’histoire elle-même ?

Déconstruction, intersectionnalité réunissant divers mouvements en lutte, mouvements radicaux divers dont le jusqu’auboutisme revêt des formes qui se veulent de plus en plus hargneuses, sectaires, voire violentes. Le sujet n’est pas banal et très loin d’être anodin. Dans La guerre des idées Eugénie Bastié mettait déjà en garde contre les tentations de remplacer le débat par le combat ; et décrivait parfaitement bien ce qui se déroule actuellement, ces mouvements tentant d’imposer à tous leurs vérités, au risque de dériver vers la violence et de nouvelles formes de totalitarisme.

Sonia Mabrouk va plus loin encore, puisqu’elle évoque le danger de disparition d’une civilisation. Comme d’autres ont disparu auparavant. Dès les toutes premières pages, tout est dit :

Un véritable boulevard s’offre ainsi aux déconstructeurs. Sous couvert de lutte contre les discriminations croisées, ils cherchent à modeler une société mue par la différence raciale, qui s’avère être la principale source du racisme. Sous le vernis du nouvel antiracisme, il ne faut pas gratter longtemps pour apercevoir les sombres couleurs d’un racisme affirmé et décomplexé. Nous sommes à des millions d’années-lumière de la phrase de Martin Luther King : « Je rêve du jour où les enfants ne seront pas jugés à la couleur de leur peau, mais à leur caractère. » Dans le logiciel du nouvel antiracisme, la race est au contraire élevée au rang de religion d’État. La race est partout, tout le temps. De sorte à installer définitivement la France telle une puissance néocoloniale, raciste et aux relents esclavagistes.

Il est urgent de s’y opposer, de faire cesser ces mensonges, de mettre un terme à nos renoncements et à toutes les formes de servitude. C’est un impératif sociétal, culturel et même civilisationnel. Si nous laissons s’installer cette vindicte idéologique et proliférer une telle contrition globalisante, alors nous laisserons prospérer le phénomène de déstructuration civilisationnelle.

Le soi-disant « antiracisme »

Sonia Mabrouk qualifie ses promoteurs plus précisément de pseudo-nouveaux antiracistes. Assa Traoré en est l’une des figures de proue. Au-delà de la souffrance personnelle qu’elle peut éprouver, elle ne s’embarrasse « d’aucune nuance et surtout d’aucune contradiction », la France, sa police et son histoire étant présentées comme foncièrement racistes. Une vision manichéenne qui fait florès auprès d’une foule de convaincus, sans aucun sens de la mesure, ni repère véritable, pas plus que de sens des réalités et de connaissance de ce qui forge l’histoire de notre nation. Un mouvement dont les principaux représentants sont de plus en plus nombreux, font chaque jour davantage d’émules et renforcent les dangereux communautarismes. La race devenant quasiment une valeur en tant que telle.

Singeant un mouvement venu des États-Unis (dans un contexte différent) et des universités américaines, de même que les slogans qui les accompagnent, c’est à une remise en cause de l’idée d’universalisme que ces déconstructeurs conduisent de manière parfaitement assumée. Et, au service de leur cause, une remise en cause radicale de l’histoire, qui se traduit aussi dans les actes par des déboulonnages de statues ; mais surtout par le développement préoccupant d’un sentiment de culpabilité dans les milieux académiques qui, de fait, se rendent à leur tour complices de céder à la crainte de passer pour racistes ou xénophobes. Jusqu’à promouvoir, dans de plus en plus d’écoles et universités des cultural studies, fondées sur la binarité dominés/dominants. En l’occurrence, on peut parler de révisionnisme et de terrorisme intellectuel.

Les antisécuritaires

Là encore, on n’ose plus prononcer les mots qui fâchent, ni agir comme il se doit, face aux violences répétées. Sous peine d’être traité de lepéniste ou autres quolibets. Il s’ensuit une certaine lâcheté, alors même que la sécurité des gens fait bien partie des fonctions régaliennes essentielles en principe allouées à l’État. Au risque que la vengeance et l’auto-justice en viennent à se systématiser pour pallier la déficience de l’État de droit.

Haine antiflics, vulgate victimaire, démesure à la Camélia Jordana, nombreux sont les symptômes de cette déliquescence préoccupante qui servent de prétexte à des projets sécessionnistes prenant appui à la fois sur la faiblesse et le renoncement des politiques, l’angélisme pénal, mais aussi la complaisance de certains artistes en mal de popularité.

C’est là que se situe la soumission que Sonia Mabrouk évoque dans le titre de son ouvrage. Une société de la honte, qui se laisse paralyser par la peur du jugement porté et qui se soumet aux déconstructeurs sans complexe.

Les néoféministes primaires, écologistes radicaux, fous du genrisme

Là encore, on nage en plein délire. Censures de la part de groupuscules violents, appels à la détestation des hommes, sectarisme, radicalité, chaque jour ou presque nous réserve de nouvelles surprises. Et ces néoféministes ont en outre en horreur les féministes se définissant comme universalistes, à l’image d’une Élisabeth Badinter, par exemple, qui ne font pas de l’effacement et de la culpabilisation des hommes un objectif. Un militantisme non exempt d’un certain relativisme, comme le démontre bien Sonia Mabrouk dans son livre à travers différents exemples.

Dans le domaine de l’écologie, nous avons aussi affaire à la démesure des écologistes radicaux, qui défendent non pas l’écologie mais un écologisme qui tient plus de l’idéologie et du militantisme que de la science, à travers des argumentaires bien rodés et pleins de certitudes, mais surtout des conceptions aux conséquences lourdes en matière de civilisation. Puisqu’il s’agit pour eux rien moins que de construire un nouvel ordre écologique, fondé sur un autoritarisme de rigueur, amené à supplanter la démocratie.

Rarement le concept de progrès n’a été aussi craint et terni, alors que l’on observe qu’une partie de la population ne croit plus du tout en un progrès bénéfique pour tous. De sorte que, pour certains de ces militants, ne pas faire d’enfants représente aujourd’hui un acte écologique absolu dans le but de ne pas aggraver l’empreinte CO2. On notera au passage que cette injonction ne vaut que pour les pays occidentaux. Les pays du Sud à forte croissance démographique sont dispensés de ce sacrifice en raison de la nature même de leur culture qui favorise les familles nombreuses et aussi, pour ne pas leur imposer une forme de colonialisme (sic) par le biais de la démographie. Et peu importe si l’Europe se dirige quant à elle vers un effondrement démographique et civilisationnel puisque l’écologisme prévaut sur tout.

Quant au genrisme, il s’agit là encore d’une idéologie qui tente d’imposer ses vues, incriminant toute remarque ou réflexion qui pourrait être interprétée comme sexiste ou transphobe. Ce que dénonce la journaliste est non pas l’outil conceptuel, mais les dérives dont il fait l’objet, débouchant sur des revendications politiques, des censures, intimidations, dénigrements. Se fondant sur une vision victimaire et communautarisée, ses adeptes n’hésitent pas à se regrouper avec les autres mouvements minoritaristes pour mener ensemble « la lutte intersectionnelle ». Au mépris des libertés fondamentales et par un prosélytisme forcené niant l’altérité et la condition humaine, pour les remplacer par la déconstruction et l’indifférenciation. Rééduquer le peuple pour ériger un homme nouveau est un projet qui nous rappelle bien des cauchemars.

Les islamo-compatibles, les forcenés du multiculturalisme, l’intersectionnalité, les Gafam

Gommer les racines pour mieux effacer l’histoire et annihiler par là même tout sentiment d’appartenance à une nation, tel est le but des tenants de l’Islam radical. C’est un choc des idéologies qu’ils recherchent. Un tel choc passe par une confrontation des conceptions de l’Histoire. Tout est fait pour minimiser l’apport de ces racines chrétiennes en tant que matrice des valeurs politiques et morales actuelles […] Si cette bataille se mène d’abord en interne, sur le sol occidental, c’est parce que les islamistes, depuis l’échec de la constitution d’un état territorial « État islamique » en Syrie et en Irak, ont la conviction que la confrontation ultime se jouera sur le sol occidental. Ils la conçoivent comme une bataille mystique pour Allah au même titre que les croisades […] Il faut bien se rendre compte que le danger n’est pas tant la force de l’Islam que la faiblesse pathologique du christianisme. Si la civilisation judéo-chrétienne se meurt, c’est avant tout faute de combattants au sens de défenseurs. Le salut de cette civilisation passera par une renaissance décomplexée de la chrétienté. Une telle renaissance est, à mon sens, la condition d’une co-existence entre les religions. […] Deux forces sûres d’elles finissent toujours par se respecter. Seule la faiblesse prête le flanc à l’attaque.

Si assumer les valeurs de la liberté est donc ce qui permettra de fonder une véritable coexistence pacifique, à rebours de ce que peuvent croire les islamo-compatibles, ce n’est pas en vantant le multiculturalisme que l’on luttera contre le séparatisme, ajoute l’auteur dans un chapitre suivant. Il ne s’agit pas de renier ses origines, mais de ne pas là encore aller dans le sens des déconstructions et de l’idée selon laquelle la France serait un pays d’essence esclavagiste et raciste.

Quant à l’intersectionnalité, le fait d’agréger les types de discrimination a-t-il un sens et n’entraîne-t-il pas des paradoxes ou contradictions ? À travers différentes illustrations, Sonia Mabrouk montre que c’est le cas. Ce qui amène des confusions et une certaine perte de sens à ces juxtapositions de combats, comme par exemple dans l’affaire Mila côté néoféministes, ou dans le cas des antispécistes qui évitent de prendre pour cible les boucheries hallal, ou encore dans le cas du genrisme pour certains musulmans.

Et que viennent faire les Gafam dans tout cela ? Sonia Mabrouk évoque à juste titre, à travers un chapitre, les restrictions de liberté d’expression de plus en plus flagrantes et visibles depuis au moins la fermeture du compte twitter de Donald Trump. Qui montre à quel point le contrôle de la liberté de parole est désormais évident, mettant en cause les principes démocratiques mêmes.

Retrouver le sens du sacré

L’abdication progressive de nos représentants politiques, souligne Sonia Mabrouk, en font les fossoyeurs de notre identité collective, nous entraînant tout droit, du fait du mélange d’autodénigrement, de servitude et de rancœur, vers la décivilisation, signant la victoire des déconstructeurs, au moment où, à l’inverse, plusieurs nations s’affirment autour de leur histoire et se veulent conquérantes ; à l’image de la Chine, de la Turquie qui rêve de rebâtir un Empire ottoman, de la Russie ou de l’Inde.

À moins que nous nous reprenions, réagissions. Un nouveau projet qui pourrait passer, selon Sonia Mabrouk, par un retour au sacré. Objet de son dernier chapitre. Celui de notre culture et des valeurs profondes de notre civilisation, dans un cadre immanent indépendant des religions, mais sans renier notre héritage judéo-chrétien.

 

Sonia Mabrouk, Insoumission française. Décoloniaux, écologistes radicaux, islamo-compatibles… : les véritables menaces, L’Observatoire, avril 2021, 99 pages.

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