Militants végans : pas de douceur dans leur monde de brutes !

Comme les zadistes, les cheminots en grève et les étudiants bloqueurs soutenus par la CGT et la France insoumise, les militants végans les plus acharnés utilisent la violence pour imposer leurs idées.

Par Nathalie MP.

Depuis quelques semaines, les commerces de Lille sont la cible d’attaques en règle de la part d’activistes végans. Le 18 mai dernier, mon propre poissonnier découvrait avec stupeur et désolation que les vitrines de son magasin « Au petit mousse » avaient été caillassées et que le volet roulant avait été tagué d’un « Stop au spécisme » révélateur de l’origine des dégâts.

Stupeur et désolation d’autant plus grandes qu’il venait de s’installer dans des locaux flambant neufs. Et même si les assurances vont entrer dans la danse, ce genre d’agression engendre toujours des frais et des délais de remise en état, sans compter le sentiment de frustration et d’injustice qui saisit inévitablement quiconque se retrouve personnellement confronté à une destruction haineuse, gratuite et aveugle.

Donc stupeur, mais pas vraiment surprise, hélas, car trois jours auparavant, une boucherie du centre de Lille subissait exactement le même sort, selon le même modus operandi. Pour cette boucherie, pas de surprise non plus, car elle avait déjà connu ce genre d’attaque il y a un an, quand du faux sang avait été répandu sur sa façade ainsi que l’inscription « barbarie ». En outre, le préfet du Nord Michel Lalande a rappelé que durant le mois d’avril 2018 « sept boucheries de la métropole lilloise avaient été aspergées de faux sang ».

On peut difficilement parler d’actes isolés, mais plutôt d’une montée en puissance de l’activisme casseur du mouvement végan, et ce d’autant plus que Lille est loin d’être la seule ville concernée. Dans le canton de Genève (Suisse), ce sont 15 commerces incluant boucheries, mais également restaurants et magasins de fourrure qui ont été vandalisés ces dernières semaines par jets de peinture, lancers de pavés ou attaque des vitrines au marteau.

Les victimes sont très sûres de leur fait quant à l’origine des dégradations. Les végans sont très actifs sur les réseaux sociaux, leurs méthodes sont connues et, à l’instar de l’association « 269 Libération animale », ils prônent sans complexe « un activisme offensif reposant sur l’usage de l’action directe et de la désobéissance civile. »

Quand on entend parler de désobéissance civile, on a trop souvent l’impression qu’il s’agit de la lutte légitime d’individus vivant dans l’oppression d’un pouvoir omnipotent. Mais ici, dit plus clairement, il s’agit en fait de « s’inscrire dans une réelle stratégie de sabotage » et donc de provoquer

des dommages économiques aux commerces qui font du profit sur la mort d’individus qui voulaient vivre, dans le but que ces lieux ferment.

Et comme le disait récemment la responsable suisse de l’association « 269 Libération animale » dans la Tribune de Genève :

Tant que les droits fondamentaux des espèces sentientes (qui sont douées de sensation) ne sont pas respectés, les actions vont se multiplier.

On est prévenus.

Mais qui sont ces « individus qui voulaient vivre » et qui sont morts sous les coups de l’horrible profit ? Ce sont les animaux. Or pour les anti-spécistes (dont on notera le penchant anti-capitaliste), il n’y a aucune raison de placer les humains au-dessus des autres animaux comme le font les spécistes, c’est-à-dire l’immense majorité de l’humanité depuis la nuit des temps. Un boucher est donc le complice d’un assassinat, voire un assassin au même titre que Jack l’Éventreur.

Remarquons que le mot spéciste a été construit au début des années 1970 par le psychologue britannique Richard Ryder puis repris par le philosophe australien Peter Singer sur le modèle de raciste ou sexiste. L’anti-spécisme consiste donc fondamentalement à stigmatiser une discrimination fondée sur l’espèce et à lutter afin d’obtenir « la libération animale » (titre du livre de Singer) et la reconnaissance de l’égalité entre les hommes et les animaux.

Aussi, quand on est un véritable adepte du véganisme et de l’anti-spécisme comme Aymeric Caron, la lutte contre « la mort imposée dans les assiettes » portée par un néo-libéralisme destructeur et « à bout de souffle » ne suffit pas. L’anti-spécisme doit aller jusqu’à inclure toutes les espèces animales dans la vie sociale et politique.

C’est pourquoi l’ex-animateur de l’émission On n’est pas couché milite pour la constitution d’une « Bio-démocratie » dans laquelle, à côté de l’Assemblée nationale, le Sénat serait remplacé par une « Assemblée naturelle » où siégeraient des experts du règne animal afin de représenter les intérêts des animaux. (On est tellement loin dans le grotesque qu’on se demande si le manque de viande dans l’alimentation ne finirait pas parfois par causer quelques troubles alimentaires à répercussions cognitives non négligeables…)

Quel rapport avec les végans ? Dans la famille des végétariens au sens large, on distingue une gradation. On peut s’en tenir à ne pas manger de viande. On peut exclure la viande et le poisson. Selon les chapelles, on peut exclure aussi les œufs et le lait. Et, cas du véganisme, qui se dit aussi « végétalisme intégral », on peut tout exclure, c’est-à-dire la viande, le poisson, les œufs, le lait et tous les produits dérivés des animaux, ce qui amène à rejeter également les pulls en laine, les chaussures en cuir et le miel des abeilles. (Manifestement, dans les images d’Épinal de la Révolution, celle du gentil éleveur de moutons du Larzac ne colle plus.)

Le véganisme comme mode d’alimentation est tellement intégral qu’il se double la plupart du temps d’une déclinaison politique sous la forme du militantisme intolérant et violent de l’anti-spécisme.

Il n’est bien évidemment pas question ici de dénier aux animaux la possibilité de mourir sans souffrance. Il n’est pas plus question de s’ériger en juge de ce que les gens doivent manger, bien au contraire. Feuille de laitue ou steak saignant, tous les goûts sont dans la nature. Et il n’est certes pas question de dire que tous les végans sans exception sont de dangereux délinquants.

Mais il est question de remarquer que les activistes végans, trop convaincus de la supériorité de leur pensée, n’hésitent pas à détruire ce qui ne leur appartient pas pour faire valoir leurs propres vues, au mépris de l’État de droit, au mépris du travail et des choix de vie des autres, sous couvert d’une éthique à l’égard des animaux qui aboutit finalement à mépriser les humains.

Comme l’ont écrit sur Facebook les propriétaires de la boucherie de Lille :

Dégrader ce que les gens construisent est une honte. Si vous ne mangez aucune viande nous l’acceptons, on vous embête pas ne nous embêtez pas.

Dans une société libre et respectueuse, tout le monde peut chercher à faire avancer ses idées, encore faut-il que cela se fasse avec des arguments auxquels il sera possible de répondre par d’autres arguments – cas des livres de Caron, quoi qu’on en pense – pas avec des pavés dans les vitrines.

Il est aussi question de remarquer que les intimidations font malgré tout leur chemin dans les esprits et finissent par induire une évidente perte de repère quant à la notion d’État de droit.

Un certain politiquement correct, complètement déconnecté de la science agronome et de la réalité des circuits économiques, selon lequel le petit commerçant, la production locale et le bio valent mieux que la grande surface, les productions éloignées et l’agriculture conventionnelle s’insinue insidieusement partout, jusqu’à faire dire à nos bouchers avec la meilleure foi du monde mais avec un sens de la justice  quelque peu perturbé :

Attaquez vous plutôt à d’autres structures qui brassent de la masse à des coûts où on se demande si l’éleveur y gagne quelque chose. Attaquez vous à quelques grandes surfaces au lieu de salir le travail d’un artisan qui est plus attentionné des animaux que vous ne pouvez l’être.

Autrement dit : attaquez qui vous voulez, attaquez les grandes surfaces et les grosses exploitations, mais pas nous, car nous cochons toutes les bonnes cases. Ce qui les choque finalement, c’est moins la méthode que le fait qu’on s’en prenne à eux, les petits, les artisans.

Enfin, au rayon formatage des esprits et constructivisme, on se rappellera également que le think tank Terra Nova, déjà célèbre pour avoir conseillé au PS de rechercher activement le vote des Français issus de l’immigration, s’est fait remarquer en fin d’année dernière en préconisant la division par deux de la consommation de viande des Français – pour leur bien moral et sanitaire naturellement, et pour la plus grande joie des écologistes, des altermondialistes, des réchauffistes et des anti-spécistes.

Il proposait notamment d’amener les populations à adopter ce nouveau mode d’alimentation par l’introduction obligatoire d’un repas végétarien par semaine dans les cantines et par augmentation de la part du bio. Cette dernière proposition, dénuée de toute assise scientifique, a trouvé son accomplissement ce week-end dans la loi Alimentation qui est examinée actuellement à l’Assemblée. Le repas végétarien, intensément poussé par tous les lobbys écologistes possibles, Greenpeace compris, a été âprement discuté mais n’a pas été intégré à la loi1 pour l’instant.

Comme les zadistes, les cheminots en grève et les étudiants bloqueurs soutenus par la CGT et la France insoumise, les militants végans les plus acharnés utilisent la violence, c’est-à-dire une forme de terreur, pour faire reculer le reste de la société et imposer autoritairement leurs exigences à tout le monde.

Malheureusement, leur activisme a beau être à l’opposé de toute notion de liberté, il n’est pas sans effet sur les esprits et imprègne de plus en plus les décisions politiques constructivistes qui se mêlent de régler par la contrainte ce qui devrait relever du choix et du jugement des individus.

Sur le web

  1.  Le ministre de l’Agriculture trouve à juste titre que l’introduction d’un repas végétarien dans les cantines ne doit pas relever de la loi. On se demande alors pourquoi le bio le devrait, sauf à se dire que les pouvoirs publics utilisent abusivement leur position dominante dans les cantines pour le discriminer positivement par rapport à l’agriculture traditionnelle.