Covid-19 : le quoi qu’il en coûte est tout sauf un choix humaniste

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Arrêtons d’opposer les générations pour revenir à l’essentiel : redonner à chacun la possibilité de choisir ce qu’il juge le meilleur pour lui.

Par Elie Blanc.

Que tout cela nous semble loin. Il y a bientôt un an, le 17 mars 2020, le président annonçait que le pays se confinerait pour faire face à l’épidémie. Personne n’ose alors remettre en question publiquement cette décision. La mesure paraissait radicale, mais le principe de précaution rassurait une population inquiète par une situation inédite et convaincue que si l’État prenait des décisions si fermes, c’était forcément pour son bien.

Bien naïvement, la plupart d’entre nous imaginions probablement que c’était juste l’affaire de quelques semaines et que le gouvernement nous rendrait nos libertés aussi rapidement qu’il les avait confisquées.

Et puis après tout, après 70 ans de néo-libéralisme, il était plutôt bienvenu que l’État reprenne enfin les choses en main.

« Ils oublient que l’histoire est tragique » aurait soupiré Raymond Aron.

Une jeunesse sacrifiée qui devrait se mettre en colère…

Nous voilà pourtant un an plus tard.

Le temps où nous étions libres nous semble lointain dans un monde gouverné par des contraintes sanitaires arbitraires et changeantes, avec à sa tête un ministre débordé par la rédaction d’un livre qui ne rendra probablement que plus flagrante l’étendue de son ignorance, et un chef de guerre occupé à faire le pitre sur Youtube pour redorer son image auprès des jeunes.

Peut-être seriez-vous alors tentés de suggérer que ne pas les enfermer dans leur 15m² et leur imposer des mesures toujours plus absurdes, tout ça pour les protéger d’un risque statistiquement inexistant pour eux, aurait été une stratégie plus efficace.

Mais gardez donc cette remarque absurde pour vous, il FALLAIT protéger les plus âgés, et ce quoi qu’il en coûte. Et si vous doutez toujours, c’est que vous êtes un complotiste, probablement supporter de Trump et certainement très méchant.

Malgré tout, et alors qu’elle semblait pourtant complètement résignée et engagée dans la lutte contre la Covid, la jeunesse a récemment fait preuve d’un timide mécontentement, dont certains médias se sont fait l’écho. Certains ont même eu l’audace de parler de génération sacrifiée.

Rendez-vous compte, des jeunes qui osent se plaindre de ne plus pouvoir étudier et travailler, quel toupet ! Nos chers boomers s’étranglaient devant l’inconscience de ces petits cons qui s’étaient déjà suffisamment fait remarquer en participant à de honteuses rave-party.

On concèdera que pour une génération soixante-huitarde davantage habituée à faire la révolution et à vivre sur le dos des générations suivantes par la magie de la dette, il doit être difficile de concevoir que la jeunesse puisse vouloir travailler au lieu de bloquer les facs ou imposer par le sang un énième échec communiste afin de trouver une alternative au capitalisme. Alors on fait preuve de patience et de compréhension.

Mais lorsque le nombre de suicides chez les 18-25 dépassera le nombre d’octogénaires morts du Coronavirus, peut-être que le gouvernement changera de cap, ou peut-être que notre génération se réveillera. Ou peut-être que nous nous laisserons juste gentiment mourir de faim.

Le risque qu’un sentiment de rancœur grandisse parmi la jeunesse et les jeunes adultes n’est ainsi pas négligeable. Ils sont pour l’instant trop occupés à défendre l’écriture inclusive ou le sort des punaises de lit, mais cela pourrait changer.

… pour défendre sa liberté

Dans ce contexte suffisamment toxique, tâchons de mettre de côté notre cynisme et trouvons comment donner un sens positif à notre colère.

Malgré ce sentiment d’injustice, la jeunesse ne doit pas se tromper de combat et se laisser emporter par une possible rancœur envers ses parents et grands-parents. La réalité de ce virus n’est en fait pas une question d’âge, puisque nous sommes tous confrontés au même dilemme : avoir des relations sociales et prendre le risque d’être contaminé, ou minimiser ce risque en limitant nos interactions sociales. Le risque en cas de contamination augmente avec l’âge, mais le problème reste le même.

Face à ce dilemme, il n’existe que deux voies possibles : imposer une décision collective ou laisser les individus agir librement. La France s’est évidemment précipitée sur la première option, dans un réflexe quasi-instinctif, et s’y est écrasée lamentablement, à la manière d’un insecte attiré par une lampe lors d’une nuit d’été.

Quel que soit votre âge vous êtes pourtant capable de choisir le meilleur pour vous, et éventuellement de faire évoluer votre choix en fonction de l’évolution de l’épidémie et du risque estimé. Mais soyez rassuré, jeune ou vieux, vous ne serez jamais assez grand aux yeux de l’État pour décider par vous-même. Il prendra forcément les meilleures décisions pour vous.

Certains pourraient objecter qu’il serait utopique de laisser s’exprimer la liberté individuelle, car si nous étions tous libres de sortir, le nombre de contaminés augmenterait drastiquement, provoquant une saturation des hôpitaux et faisant finalement exploser le nombre de décès.

Mais cette objection n’est pas pertinente. Dans la mesure où les individus sont dotés de raison, ils ajusteraient par conséquent leur comportement à mesure de l’évolution du risque. S’il augmente sensiblement, il y a fort à parier qu’un plus grand nombre de personnes choisiraient de limiter les possibilités de contaminations.

Mais paradoxalement, même si le nombre de morts restait durablement élevé, il s’agirait tout de même de la situation la plus souhaitable collectivement : cela signifierait simplement qu’un grand nombre d’individus accordent davantage d’importance à leur liberté qu’à leur vie.

Plus encore, en imposant des mesures drastiques comme le confinement, on se prive de ressources qui auraient pu être investies dans la recherche contre le cancer ou le sida, on fait exploser le nombre de suicides etc.

On crée donc des victimes collatérales de manière indirecte et à plus long terme, ce qui rend le bilan humain quasiment impossible à établir. Le « quoi qu’il en coûte » est donc tout sauf un choix humaniste : l’État s’est simplement octroyé le droit de décider qui vivra et qui mourra.

Arrêtons donc d’opposer les générations pour revenir à l’essentiel : redonner à chacun la possibilité de choisir ce qu’il juge le meilleur pour lui.

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