Petite rave-party en République du Sanitaristan

Rave Party en Autriche (Crédits Christian Kadluba, licence Creative Commons)

Une rave-party en France, et c’est la République tout entière qui vacille sur ses principes fondamentaux et son hystérie sanitaire…

par h16

Comme je l’envisageais déjà dans un précédent billet, l’année 2021 commence sur les chapeaux de roues avec un micro-événement que la presse, fébrile, n’a pu s’empêcher de monter en épingle : plusieurs jours durant, une petite troupe de fêtards sous stupéfiants viennent donc de défrayer la chronique du côté de Rennes, mettant en apoplexie la République et tout le tremblement des autorités régaliennes.

C’est donc à Lieuron, au sud de Rennes, que La République Du Sanitaristan a tremblé sur ses bases, puisque plus de 2000 personnes se sont rassemblées dans un hangar privé afin d’y faire une rave-party endiablée.

Il a malheureusement été constaté l’échec de l’intervention des forces de l’ordre locales pour empêcher cette ignoble dérive festive et trémoussante au milieu d’une abominable pandémie et de mesures sanitaires aussi strictes qu’indispensables pour garantir l’effroi dans le cœur des citoyens : « Les gendarmes du groupement de gendarmerie d’Ille-et-Vilaine ont tenté d’empêcher cette installation et ont fait face à la violente hostilité de nombreux teufeurs » comme l’a précisé une préfecture au bord du nervousse brèquedonne.

La suite, du même acabit, nous est narré par une BFMTV ne sachant s’il faut rire ou pleurer du développement de cette information cruciale à la bonne marche du pays.

Tout y passe : sécurisation médiocre d’un lieu aussi difficile à appréhender que la notion de fermeture de frontières lorsqu’une vague épidémique déboule sans prévenir, des douzaines (150 me dit-on dans l’oreillette) de gendarmes mobilisés pour cajoler ce qui ressemble à un événement sans débordements pendant qu’ailleurs en France, en toute décontraction, on apprend que des centaines de voitures prenaient feu « spontanément », amendes généreusement distribuées surtout lorsqu’enfin, la musique s’est arrêtée d’elle-même et que les fêtards sont partis.

Facétie de l’opération : les bambocheurs impénitents qui ont eu la présence d’esprit de partir avant la fin des agapes et en cours de journée (hors de la période de couvre-feu, donc) n’ont pas été verbalisés, ce qui permet d’assurer une belle cohérence d’ensemble au bras séculier de la justice dont le glaive vengeur s’abat un peu comme il peut, entre deux hésitations comiques : il semble en effet qu’en outre, la manifestation n’ait pas été considérée comme mettant en danger la vie d’autrui au contraire d’autres fêtes clandestines, ce qui achève d’harmoniser les décisions prises sur ce sujet ces derniers jours.

Au-delà des suites judiciaires de cette histoire ridicule qui, soyons-en certains, ne manquera pas d’alimenter encore quelques jours les autorités concernées, on peut tirer quelques enseignements intéressants des petits bruissements agités dans les médias grands publics tandis que la fête battait son plein.

Tout d’abord, force est de constater que le pouvoir n’est plus ce qu’il était et ne tient essentiellement que parce que l’individu seul continue d’y croire vaguement. Dès qu’un groupe suffisamment important de personnes se rassemble, l’autorité peut être bafouée sans craindre grand-chose.

Une société ne tenant que par un consensus global, transversal à tous les individus qui la composent, cette démonstration constitue un utile rappel que le pouvoir actuel ne peut continuer à imposer ses idioties liberticides que parce qu’il s’adresse à des individus indépendants mais qu’il est totalement incapable de gérer quelques centaines d’entre eux vaguement organisés. J’ai comme une idée que, dans les mois qui viennent, ceci pourrait s’avérer crucial.

Par ailleurs, la médiocrité des forces de l’ordre françaises (au sens large, incluant aussi bien la partie police et gendarmerie que la partie judiciaire ou préfectorale) est maintenant clairement apparente.

Sa hiérarchie est castatrophiquement nulle dans la gestion des équipes au jour le jour, dans leur répartition sur le territoire, dans la priorité donnée à certaines actions plutôt qu’à d’autres ou dans leur application variable de la loi. Le simple fait que Darmalin, le ministricule en charge de l’Intérieur français, se soit senti obligé d’intervenir en urgence pour un tel sujet donne une bonne mesure de l’incroyable fatuité des homoncules au pouvoir qui semblent trouver leur présence indispensable pour la gestion des faits divers de plus en plus navrants : ils ne servent à rien, mais le font bruyamment savoir.

En outre, la réaction de beaucoup trop de Français devant cette fête est très éclairante : pour ceux-là, il semble absolument inconcevable, honteux et même scandaleux qu’un petit nombre d’individus puissent ainsi faire la fête dans leur coin !

La pandémie ou l’hystérie qui roule dessus semblent devenues l’excuse rêvée pour l’éclosion en nombre de tous les pires petits kapos incapables d’empêcher l’expression de leur indispensable opinion sur le sujet, sur le mode « il faut le leur interdire, il faut les poursuivre, il faut les châtier », avec remise au goût du jour de certains sévices corporels en place publique, cela va de soi.

Le pays semble maintenant regorger de ces armées de délateurs, de ces bataillons de moralisateurs de Prisunic, de ces cohortes malsaines de Jmemêledequoi dont l’unique but dans la vie semble se cristalliser sur les activités des autres et le jugement d’icelles à l’aune de leur compas moral déglingué.

Parallèlement, ces mêmes Français ne trouvent rien à redire sur le nombre décroissant de rames de métro ou de train dans lesquelles viendront s’agglutiner un nombre croissant de centaines de milliers d’individus. Tout juste peut-on imaginer que, s’il venait à la RATP l’idée saugrenue de pulser de la musique techno dans ses rames (les lumières clignotantes, les splifs magiques et les odeurs alternatives étant déjà en place), ces petits kapos auraient la bave aux lèvres en éructant leurs habituelles invectives devant cette nouvelle occurrence de fête clandestine, je présume.

Bref, entre d’un côté les forces de l’ordre qui font de plus en plus de la figuration et ce, tant que les masses en face y croient vaguement, et, de l’autre côté, ces médiocres Français ravis de voir s’installer miradors et fils barbelés autour de leur vie, la France sombre de plus en plus dans une ambiance malsaine où délation, anomie et jmenfoutisme assumés s’installent sans plus trouver de résistance.

Forcément, ça va bien se terminer.


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