Coronavirus : confinons-les… et qu’ils se taisent ! 

Emergenza Coronavirus By: Dipartimento Protezione Civile - CC BY 2.0

OPINION: pourquoi certains chercheurs s’obstinent-ils à nous abreuver de modélisations théoriques fausses alors que l’épidémie serait vraiment terminée ?

Par Jean-Pierre Nordmann.

On aurait pu penser que les modélisateurs qui ont produit des simulations délirantes se tiendraient maintenant à carreau. Mais quand ils récidivent, il faut s’insurger. Leurs erreurs les rendent coupables d’une catastrophe dont ils tentent de s’absoudre en convoquant leur science invérifiée. À nous citoyens, à vous journalistes et politiques, de ne plus laisser faire ces fous.

Quand le modèle remplace la confrontation au réel

Tonitruante, l’équipe de l’Imperial College de Londres nous annonce le 8 juin 2020 que la politique de confinement aurait sauvé pas moins de trois millions de personnes dans 11 pays européens. Cette information est alors reprise immédiatement en boucle, sans conditionnel, par tous les médias nationaux1.

La vague de mortalité s’épuise inlassablement. En France, on teste beaucoup moins que les 700 000 examens annoncés… car il n’y a pas assez de cas symptomatiques à tester. Seuls 2 % des tests se révèlent positifs début juin quand le taux était dix fois supérieur en avril. Aujourd’hui, il n’y a aucun doute : l’épidémie s’est arrêtée avec moins de un mort quotidien par million d’habitant. Une goutte d’eau en comparaison des autres causes de mortalité.

Il serait absurde de considérer qu’il y aurait moins d’interactions sociales ces dernières semaines qu’il n’y en avait pendant le confinement. Pourtant, plus on déconfine, plus le nombre de morts décroît !

Face à ce miracle, les magiciens de l’Impérial College de Londres font une démonstration extraordinaire : le modèle mathématique qu’ils ont élaboré prévoyant que l’épidémie générerait des millions de morts, le faible niveau de mortalité serait la preuve non pas que leur modèle est questionnable, mais que l’on a bien fait de les écouter. Ainsi, toutes les épidémies de ce type généreraient une courbe de mortalité en cloche (sans seconde vague) sauf ce virus extraordinaire. Puisque le modèle le dit !

Le modèle vaut donc le coup d’œil, non ? Las, comme tout modèle, il est hautement contestable pour plusieurs raisons :

  • Leur hypothèse principale est que toute évolution dans la diffusion de l’épidémie est due aux décisions de confinement. Or des analyses démontrent maintenant que l’épidémie semble avoir été freinée car beaucoup d’entre nous ont développé des anticorps contre un ou des coronavirus proches (mais pas les mêmes anticorps que ceux détectés dans le test sérologique Covid). Ce sont souvent de bêtes rhumes que nos enfants se refilent et nous refilent tous les ans. C’est anti-geste barrière (plus nous transmettons nos rhumes, plus nous nous protégeons de la Covid), mais c’est comme ça…
  • Le taux de contamination de la population considéré par l’ICL pour stopper l’épidémie semble beaucoup trop élevé. Ainsi, si le virus s’appuie sur des super-propagateurs (ce qui est le cas), et que la population n’est pas exposée de façon similaire (ce qui est le cas aussi, pensons aux soignants ou personnels aidants), il ne faut plus atteindre 80 % de la population pour que l’épidémie s’arrête mais seulement 5 à 10 % si l’inhomogénéité est forte ! D’ailleurs, si nous reprenons un peu nos esprits, on constate bien que les épidémies de grippe s’arrêtent même si 80 % de la population ne l’a pas contractée (vaccination comprise).
  • Le taux de mortalité qu’ils ont pris en compte semble très surestimé car fondé sur l’observation initiale des cas graves et/ou très symptomatiques.

La vraie question

La question n’est pas de savoir si c’est horrible de mourir asphyxié à 65 ans alors qu’on était en pleine forme quelques jours auparavant, ou s’il fallait éviter la saturation du système hospitalier.

La question est de savoir s’il fallait saccager l’année scolaire de nos enfants, nos libertés publiques, notre économie voire notre santé (quand on perçoit l’impact sur les infarctus, les AVC, la détection de cancers, les troubles psychiatriques, etc…) pour un résultat peut-être nul, tout du moins non démontré, dans la diffusion de l’épidémie de Covid.

Constatons tout d’abord que la réalité des chiffres de l’épidémie place cet épisode à un niveau de mortalité… assez banal ! Une trentaine de milliers de morts sur trois mois, c’est assez classique pour un pays comme le nôtre. Voici par exemple la démonstration apportée par les professeurs Dominique Andolfatto (professeur de science politique, Credespo, Université de Bourgogne Franche-Comté) et Dominique Labbé (chercheur associé en science politique, Pacte- CNRS, Université de Grenoble-Alpes) que nous reprenons ici.

Les auteurs comparent tout d’abord le surcroît de mortalité entre le 1er mars et le 30 avril 2020 avec les années 2018 et 2019, aboutissant à un surcroît de mortalité de 22 271 décès, cohérent avec les données de Santé Publique France identifiant 28 802 victimes de la Covid au 31 mai 2020.

Leur analyse est très intéressante puisqu’elle s’appuie sur une base homogène de données (INSEE) sur une période longue permettant une réelle comparaison, à rebours de certaines représentations étriquées produites dans les médias nationaux2.

Les chiffres de l’INSEE démontrent que ce niveau de mortalité a été atteint quatorze fois depuis la Seconde Guerre mondiale en France. C’est même la cinquième fois au XXIe siècle, après la canicule de 2003, ou les épisodes grippaux de 2015, 2017 et 2018.

La surmortalité lors des principales épidémies depuis 1945 en France

Source des données : article des professeurs ANDOLFATTO et LABBE, données INSEE. 

Ce qui est frappant dans cette épidémie, comme nous l’avions rappelé dans un article précédent, c’est l’inégalité face à l’âge. Ainsi, même si 5000 personnes de moins de 45 ans étaient en contact avec la Covid, vous n’auriez aucun décès (comme sur le porte-avion Charles de Gaulle).

En revanche si 500 personnes de plus de 75 ans sont en contact, vous devez vous attendre à avoir quelques décès (comme sur le bateau Diamond Princess). Pourtant, les personnes vulnérables n’ont pas été suffisamment protégées tandis que les personnes sans risque ont été confinées inutilement.

Ce qui est frappant aussi, c’est la différence de mortalité suivant l’organisation et la nature des soins apportés (en particulier la politique de tests et d’isolement des cas possiblement contaminés). Par exemple, les Bouches-du-Rhône ont bénéficié de la présence de l’IHU Méditerranée qui, ne respectant pas les injonctions stupides ayant empêché l’utilisation de tests proposés par des laboratoires vétérinaires au début de l’épidémie, a testé le maximum de patients.

Certes la fiabilité n’était peut-être pas au rendez-vous, mais ainsi des milliers de cas positifs ont pu être détectés le plus tôt possible, brisant alors les chaines de contamination. Le résultat est sans appel : un taux de mortalité proche du niveau allemand dans les Bouches-du-Rhône quand l’est de la France est proche de l’Italie ! Le bon sens germanique est peut-être mieux partagé à Marseille qu’en Alsace.

Ces deux enseignements seront certainement utiles pour les prochaines épidémies.

À qui profite le crime ?

Pourquoi certains chercheurs s’obstinent-ils à nous abreuver de modélisations théoriques fausses alors que l’épidémie serait vraiment terminée ? Risquons une hypothèse : et si certains étaient juges et parties…

Prenons la fondation Institut Pasteur, qui dès le 31 janvier 2020, promet un vaccin contre la Covid. Elle vient de signer un partenariat le 26 mai 2020 avec la CEPI, Thémis et MSD pour développer ce vaccin. Il n’est probablement pas envisageable, ni souhaitable pour eux, de modifier leur modélisation initiale. Celle-ci continue donc d’être fondée le 5 juin 2020 sur les données largement dépassées de mortalité sur le bateau Diamond Princess, datant de février 2020.

Les épidémiologistes de l’Institut Pasteur émettent ainsi aussi des extrapolations contestables dont on peut douter de la sincérité.

Quid de l’Imperial College de Londres qui se targue de chuchoter à l’oreille des dirigeants avec en pointe le chercheur Neil Ferguson ? Le 3 avril, celui-ci suggérait que le confinement dure 18 mois ! Maintenant, il aurait sauvé trois millions de vie en Europe. Plus c’est gros, plus ça passe.

On comprend que les décideurs politiques français, qui ont déscolarisé des millions d’étudiants, écorné l’esprit de nos libertés publiques, conduit au décès par infarctus, AVC ou cancers de personnes qui auraient pu être sauvées, saccagé notre économie, ceci en toute bonne foi (nous aurions peut-être tous pris les mêmes décisions à leur place), ne puissent pas clôturer cette séquence sur autre chose qu’une victoire manifeste.

Quant aux journalistes, soumis à la dure tentation de la productivité, conjuguée à une forme de paresse intellectuelle, ils alignent des informations sans s’interroger sur ce qu’ils rédigent. On peut par exemple lire cette exquise absurdité dans un article du journal Le Figaro du 9 juin 2020, sans visiblement que ça n’émeuve le rédacteur : « Sans recours au confinement, le pays (Corée du sud) ne compte que 11 000 cas confirmés, quand les modèles de l’université de Berkeley en prédisent 11,5 millions sans intervention ».

Les épidémiologistes ont besoin d’argent, les politiques ont besoin de victoires, les travailleurs ont besoin de reconnaissance et les journalistes ont besoin d’informations simples. Tout ceci est acceptable, si aucune catastrophe économique ou sociale n’intervient prochainement.

  1. Comme dans Le Figaro daté du 8 juin 2020
  2. Par exemple cette étude récurrente du journal Le Monde ou de la Revue politique et parlementaire
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