L’État-Gribouille : un an d’inefficacité face au Covid

Rencontre du Président Emmanuel Macron avec M. Viktor ORBAN, Premier ministre de Hongrie BY Francediplomatie — CC-BY

Après l’imbroglio bureaucratique, nous avons connu la réponse autoritaire. À la lenteur bureaucratique a succédé l’hybris liberticide.

Par Jonathan Frickert.

La chose est désormais actée. L’objectif de 5000 nouveaux cas par jour marquant le top départ du déconfinement ne sera pas atteint dans les temps. Avec un nombre de nouveaux cas quotidiens de plus du double, la France est bien loin d’atteindre sa cible initialement prévue pour la mi-décembre.

Une trajectoire qui justifierait un confinement qui pourrait bien désormais devenir la norme.

La technostructure étatique s’est rapidement satisfaite d’un rôle de Gribouille, ce personnage niais et confus né de la plume de la Comtesse de Ségur à la fin du XIXe siècle et qui, pour éviter la pluie, se cachait dans un ruisseau. Il est depuis devenu un symbole d’absurdité et de fausses solutions.

À la lenteur bureaucratique habituelle s’est ajouté un État sécuritaire dont les remèdes sont à long terme pires que les maux qu’il était censé combattre.

Un an après le début de la crise mondiale, ces réponses ont prouvé leur nuisance.

Un objectif impossible

Le 24 novembre dernier, le président de la République a lancé un défi au pays : descendre sous la barre des 5000 contaminations par jour et les 3000 patients en réanimation avant le 15 décembre.

Si, à l’heure où j’écris ce billet, l’objectif de patients en réanimation devrait pouvoir être atteint avec 3088 lits occupés ce mardi, la France recense toujours une moyenne 11300 cas par jour depuis une semaine, avec une chute notable à 3411 cas ce lundi avant une remontée à 13 713 cas le lendemain.

Le bon sens fera dire à beaucoup que, compte tenu de la gravité de la maladie, la question des nouveaux cas devrait être remplacée par celle des décès. Ceci étant, les chiffres ne sont guère plus réjouissants. Sur les 48 dernières heures, le nombre de décès a été multiplié par 5, passant de 174 à 831 morts, soit le niveau de mi-avril.

Mais peut-on réellement diviser par deux le nombre de contaminés en seulement quelques jours ? La plupart des professionnels répondent par la négative, à la manière de l’infectiologue Karine Lacombe.

Interrogée par BFM TV, la cheffe du service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, connue pour son opposition résolue à l’utilisation de l’hydroxychloroquine contre la Covid-19, a ainsi évoqué un objectif « très compliqué, voire même impossible » à atteindre.

Une stagnation que peu parviennent à expliquer et qui pourrait bien repousser d’une semaine la date du début du commencement de l’amorce d’un déconfinement.

Cet échec n’est pourtant que le dernier d’une longue série où l’autoritarisme a succédé à l’absurdité.

L’État et les gels encadrés

Le premier exemple de ce problème est apparu au début du mois de mars.

Alors que la France prenait conscience de l’ampleur de la crise sanitaire, Bercy jugeait bon de répondre à la pénurie de gel hydroalcoolique en encadrant le prix de l’emblématique solution, méprisant les leçons de l’histoire, et y comprit de l’histoire récente.

Les Parisiens se souviendront en effet du bilan calamiteux de l’encadrement des loyers mis en place l’année dernière sur l’offre locative de la capitale, la vente étant devenue plus intéressante que la location pour certains propriétaires.

Au même moment, le secteur privé a su apporter des solutions concrètes.

Mi-mars, LVMH et le sucrier Tereos ont ainsi réorienté respectivement 3 et 5 de leurs usines vers la production de gels hydroalcooliques distribués gratuitement à l’AP-HP et aux ARS des régions les plus touchées pendant que Pernod-Ricard faisait don de 70 000 litres d’alcool pur au laboratoire Cooper, leader français des solutions hydroalcooliques.

Des masques réquisitionnés

Toujours début mars, une logique similaire a été mise en œuvre. Alors qu’aucune pénurie ne se profilait, le gouvernement a réquisitionné les stocks de masques tout en faisant de la vente par les pharmaciens un délit, entraînant plusieurs condamnations dans son sillon.

Dix jours plus tard, cette interdiction a été élargie aux autres professionnels susceptibles de vendre des masques au public.

Il faudra attendre le 23 mars, soit 3 semaines après le premier décret, pour que cette interdiction connaisse un relâchement, avec l’autorisation de vente des masques produits à compter de la publication dudit texte, soit une colossale perte de temps de 20 jours.

Aux gardes à vues et condamnations sur les fondements de ces textes s’est ajouté un dommage collatéral : quatre fabricants de masques FFP2 et chirurgicaux ont déclaré être dans l’impossibilité de faire face à la demande.

Pendant ce temps, l’État allemand lançait une campagne de dépistage décentralisée fondée sur 300 districts.

Résultat : début avril, l’Allemagne a testé quatre fois plus que la France et recensé six fois moins de décès.

Du côté du secteur privé, 1083 et Le Slip Français, deux entreprises du textile, ont réorienté leurs productions afin de confectionner pas loin de 500 000 masques.

L’industrie textile n’est pas la seule à se mobiliser, puisque la Tech a également été de son grain de sel. Pendant que le danois Blue Ocean Robotics déployait ses robots autonomes UVD dans les hôpitaux pour désinfecter les surfaces grâce à une technologie utilisant des ultraviolets, le japonais Terra Drone dépêchait ses engins pour transporter des échantillons médicaux et du matériel de quarantaine tout en limitant ainsi les risques de transmission.

L’État et les dépistages retardés

La question des fournitures médicales n’est pas le seul domaine où le secteur des nouvelles technologies a montré sa supériorité sur les décisions étatiques.

Une fois n’est pas coutume, prenons un exemple étranger. Alors que les États-Unis connaissaient leurs premiers cas fin janvier, la Food and Drug Administration (FDA), équivalent local de l’Agence nationale de sécurité du médicament, a bloqué l’homologation d’un test de dépistage au motif que celui-ci n’était pas développé par un laboratoire clinique, mais par un laboratoire de recherche, imposant une procédure qui devait prendre plusieurs mois. Il faudra attendre la vingtaine de morts dans la région de Seattle pour que les chercheurs décident d’outrepasser le processus d’homologation et rendent publics leurs résultats.

En France, si la stratégie « tester, tracer, isoler » lancée par le gouvernement est unanimement reconnue comme un échec, plusieurs entreprises ont contribué à faciliter le traçage et le diagnostic du virus.

Oublions de suite la grotesque application StopCovid devenue TousAntiCovid, dont l’échec est en passe de rejoindre le Plan Calcul au cimetière des échecs technologiques publics. Ce ne fut pas le cas de BlueDot. La startup canadienne s’est faite connaître en début d’année grâce à une IA qui a été capable de prévoir la pandémie plusieurs jours avant l’OMS. Une épopée qui la rapproche de l’allemand Infervision, spécialisé dans le deep-learning et le diagnostic des cancers, qui a contribué à détecter et à surveiller efficacement la maladie en collaboration avec les professionnels de santé.

L’État et son administration dépassée

La supériorité du secteur privé s’est enfin manifestée dans la très actuelle recherche vaccinale.

Cet été, alors que la France commençait à évoquer une deuxième vague, l’Institut américain des allergies et des maladies infectieuses et la startup spécialisée en biotechnologies Moderna Therapeutics, dirigée par le français Stéphane Bancel, publiaient les résultats des tests de leur prototype de vaccin, le mRNA-1273, débutés au moment même où Emmanuel Macron annonçait le premier confinement. Le vaccin est aujourd’hui en phase d’autorisation après avoir estimé efficace de 95 %.

Toujours dans le domaine des vaccins, plusieurs géants de la Tech tels que Huawei et Deepmind (Google) ont mis à disposition la puissance de calculs de leurs superordinateurs afin de faciliter le développement d’un traitement et d’un vaccin.

Ces quatre exemples montrent l’incroyable lenteur de l’administration.

Une lenteur qui ne pouvait aboutir à autre chose qu’à des réponses disproportionnées qu’ont été les confinements successifs.

Une économie achevée

C’est ainsi que, voulant limiter la casse, la technostructure en a créé d’autres, à la manière de Gribouille cherchant à fuir la pluie en plongeant dans un ruisseau.

Confiné depuis sept décennies, le régime nord-coréen a montré sa redoutable « efficacité » face au virus en ne recensant son premier cas qu’en juillet dernier.

Alors que beaucoup s’interrogent sur l’efficacité des mesures de confinement, la note fut dans tous les cas salée.

Les conséquences économiques, psychologiques et même juridiques sont aujourd’hui tristement connues. Le premier confinement a ainsi laissé dans son sillage récession, explosion de la pauvreté, des violences conjugales et des troubles psychiatriques et effondrement des libertés publiques.

Des conséquences qui pouvaient être évitées avec un peu d’anticipation comme l’ont fait les pays d’Asie du Sud-Est et d’Europe du Nord.

Un effet de loupe sur le mal français

Comme le notait dans nos colonnes Guy-André Pelouze début juillet, cette crise aura montré les faiblesses de notre système de sécurité sociale, un an après le mouvement de grève qui frappa les infirmiers.

La sécurité sociale n’est évidemment pas un cas isolé. Publié il y a deux mois, le rapport Pittet a pointé du doigt la responsabilité du labyrinthe français dans l’insuffisante gestion hexagonale, des ARS au récent conseil scientifique en passant par la Haute autorité de santé et les trop nombreuses autorités, agences et comités.

Absurdité bureaucratique et hybris répressive

Cette pandémie aura posé deux dilemmes à nos gouvernants.

– Faut-il sacrifier la jeunesse pour protéger les plus âgés ?

– Faut-il sacrifier l’économie pour sauver la santé ?

Alors que le bon sens aurait commandé de refuser ce faux choix, la technostructure est parvenue, avec un talent indéniable à sacrifier les jeunes sans protéger les seniors et à sacrifier l’économie sans protéger la santé.

Après l’imbroglio bureaucratique, nous avons connu la réponse autoritaire. À la lenteur bureaucratique a succédé l’hybris liberticide.

Grossièrement, les structures étatiques ne sont pas adaptées aux situations d’urgence. Lorsqu’elles s’en rendent compte, elles paniquent et retrouvent leurs instincts répressifs.

L’année 2020 aura été un cas d’école de l’inefficacité étatique.

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