Reconfinements locaux : en mesurons-nous les conséquences ?

Photo by engin akyurt on Unsplash - https://unsplash.com/photos/aI2YW6g-6yg — engin akyurt ,

Emmanuel Macron a choisi le « couvre-feu » pour les zones les plus touchées. Quelles en seront les conséquences ?

Par Jonathan Frickert.

Nous connaissions les vents d’ouest, Jean Castex a inventé le vent d’est. Difficile de ne pas y voir l’illustration d’un gouvernement avançant à contre-courant, car après Nice et Marseille le mois dernier, les restrictions touchent désormais l’ouest du Midi. Montpellier et Toulouse sont ainsi à leur tour touchés par de nouvelles restrictions après avoir été placés en zone d’alerte maximale ce mardi.

Si hier, c’était la carte des contaminations que beaucoup scrutaient, comme les avancées de l’ennemi en temps de guerre, c’est bien l’avancée du nombre de territoires touchés par des restrictions qui frappe aujourd’hui les esprits, atteignant désormais l’ouest du pays. Des avancées qui rappellent largement les lignes ennemies des grands conflits militaires, à la manière du « nous sommes en guerre » assené en mars par le chef de l’État, alors que le pays se préparait à être confiné durant près de deux mois.

Une perspective funeste, que Jean Castex évoquait dès lundi sur France Info, et qui a été confirmée par le chef de l’État hier soir lors d’un entretien télévisé : pour tenter d’endiguer l’épidémie, Emmanuel Macron a choisi le « couvre-feu » pour les zones les plus touchées.

Difficile de ne pas s’inquiéter de ces mesures de reconfinements localisés lorsqu’on connaît leur inefficacité et surtout les conséquences d’un confinement national dont les démembrements locaux n’inspirent guère d’optimisme.

Une hésitation désormais coutumière

« On sait ce qui va se passer dans les 15 jours », a asséné le Premier ministre, quelques secondes seulement après avoir reconnu que les services de l’État ont été incapables de prédire l’ampleur de ce qui s’apparente désormais à une deuxième vague.

Ayant échoué dans sa stratégie d’endiguement associant dépistage et traçage, notamment en raison du flop complet de l’application StopCovid dont une nouvelle version sera présentée le 22 octobre, mais qu’il avoue lui-même ne pas avoir téléchargé, le Premier ministre a mené un nouveau conseil de défense et de sécurité nationale cette semaine, basé sur les données récoltées ce lundi afin de mettre en œuvre les nouvelles annonces dès ce week-end, et notamment des reconfinements localisés dans les zones les plus touchées.

Le Premier ministre a toutefois reconnu qu’il lui était impossible de restreindre les espaces privés, en particulier depuis la décision du Conseil constitutionnel du 11 mai dans laquelle les Sages ont exclu les locaux à usage d’habitation du champ des restrictions, mais pas les baptêmes, enterrements et autres événements religieux restreints sur la Côte d’Azur et qui, sans être juridiquement des espaces privés, concernent les familles dans l’intimité de leur pratique religieuse.

À l’appui de ses déclarations, Jean Castex a notamment rappelé que la crise allait encore durer plusieurs mois, tout en oubliant d’évoquer qu’il s’agit en réalité de l’objectif des autorités depuis le début de l’épidémie.

En effet, difficile de ne pas se souvenir de l’appel du gouvernement en février et mars à un comportement permettant « d’aplatir la courbe », sous-entendu de permettre de lisser dans le temps le nombre de cas afin de soulager nos services sanitaires.

Tel est bel et bien le cœur de ces restrictions que la soutenabilité de notre système de santé justifie en grande partie, sans pour autant parvenir aux résultats escomptés.

Des mesures inutiles

Parmi les mesures décidées : des couvre-feux à compter de 21 heures jusqu’à 6 heures dans les principaux foyers de contamination (la région Île-de-France et les métropoles de Grenoble, Lille, Lyon, Aix-Marseille, Montpellier, Rouen, Saint-Étienne et Toulouse), avec toujours le même ciblage des bars et restaurants, jugés responsables de nombreuses contaminations.

Pourtant, l’impact de ces lieux sur la propagation du virus n’est en rien démontré. Comme le notait le docteur en épidémiologie Pascal Crépey dans la Voix du Nord, « On n’a pas d’étude épidémiologique sur ces lieux », les études publiées se limitant à une distinction entre sphère privée et sphère professionnelle, dans laquelle les bars et restaurants sont en fin de podium, largement derrière l’industrie alimentaire et les transports, mais à quasi-égalité avec l’administration publique ou les activités sportives.

De quoi renforcer l’idée que l’équilibre entre l’efficacité sanitaire et la limitation des freins économiques et sociaux est loin d’être trouvé, renforçant l’opinion selon laquelle la seule solution est une fermeture totale de tous les lieux recevant du public. Au regard des conséquences des mesures déjà prises depuis mars, cette perspective est impossible, aussi bien moralement qu’économiquement et surtout socialement.

Des couvre-feux, pas de confinement total

Blocage des recrutements, hausse du chômage, baisse historique du produit intérieur brut, augmentation du déficit et de la dette publique qui ferait même pâlir un keynésien… si les conséquences économiques sont largement rappelées depuis six mois, d’autres effets des mesures de restriction et de confinement sont largement passés sous le tapis.

Pourtant, les conséquences sociales et psychologiques de ces limitations sont loin d’être négligeables.

Des conséquences bien comprises et notamment par le Conseil d’État. Fin mars, il a été saisi d’un référé-liberté par plusieurs syndicats de médecins qui estimaient les mesures gouvernementales trop laxistes et portant atteinte au droit à la vie. Ces organisations syndicales exigeaient un confinement total incluant une interdiction de sortie et un ravitaillement des populations.

Ce recours a été rejeté par la juridiction administrative en partie pour des questions de moyens humains et matériels à mettre en œuvre, mais également au nom de la santé. Dans son ordonnance du 22 mars, le Conseil d’État a ainsi rappelé le risque pour la santé mentale des Français que représenterait un confinement d’une telle intensité.

Une explosion de la pauvreté

En effet, le confinement ainsi que les différentes mesures de restrictions qui ont depuis suivi se focalisent sur une limitation des interactions sociales et de l’activité physique, en particulier après la polémique relative à la pratique du jogging en mars dernier.

Depuis cette époque, plusieurs études ont montré les conséquences sociales et psychologiques de ces mesures.

Il en est ainsi de l’explosion de la pauvreté dans l’Hexagone. L’économie d’un pays étant sa santé, lorsque celle-ci s’effondre, le reste fait de même. On le voit tous dans nos vies et c’est particulièrement vrai ici, puisque depuis février, un million de Français ont basculé dans la pauvreté.

Le confinement est une violence psychologique

À cette hausse de la détresse sociale succède une hausse des violences, psychologiques d’une part, avec par exemple une augmentation des revenge porn, mais également un renforcement des violences physiques et notamment du fléau des violences conjugales qui ont ainsi augmenté de 30 % à la fin du mois de mars.

Sur le plan psychologique, certains psychiatres notent les conséquences d’un isolement déjà massif chez certaines catégories de population comme les personnes âgées, d’autant plus impactées que principales victimes du virus.

Si les défenseurs de la liberté promeuvent celle-ci pour des raisons morales ou d’efficacité, la nécessité psychologique et biologique de liberté s’est manifestée encore une fois durement durant le confinement. De la même manière que l’univers carcéral, par la privation de liberté qu’il induit, crée des troubles psychiatriques notoires, la privation de liberté que constitue le confinement provoque à son tour un certain nombre de problèmes de cet ordre.

Comme le notait la psychologue clinicienne Johanna Rozenblum en juin dernier, l’obligation « de rester à domicile n’est naturel pour personne », la liberté étant un besoin pour chaque individu, et en particulier celle consistant à avoir des relations sociales.

Le confinement est en cela parfaitement antinaturel, frappant de plein fouet à la fois le besoin de liberté et celui d’être entouré.

Dans le même sens, Libération constatait le mois dernier l’augmentation des cas d’insomnie et d’épisodes anxieux liés à l’épidémie.

À cela s’ajoutent des conséquences interpersonnelles que chacun constate sans que personne ne puisse vraiment les évaluer : tous les jours, en menant tout simplement votre vie, il est possible, voire même très probable, que vous fréquentiez des personnes positives au Covid, sans naturellement qu’elles en soient conscientes.

Renforcée par les rappels récurrents du gouvernement, cela renforce l’idée qu’il faille se méfier de tout le monde. S’il est régulièrement reproché à tort aux défenseurs de la liberté de vouloir créer des individus asociaux, la réalité saute une nouvelle fois aux yeux lorsqu’on voit la société de défiance que nous prépare l’actuel gouvernement.

Un dépeçage inutile de la vie sociale

En voulant lisser dans le temps le nombre de patients en réanimation, le gouvernement procède à un dépeçage en règle de la vie économique et sociale de ce pays, avec des conséquences que beaucoup ne parviennent pas encore à mesurer.

Entre tenter d’avoir une vie normale tout en appliquant strictement certaines précautions dans nos rapports aux autres et restreindre la vie économique et sociale, le choix de gestion relève d’un choix de société sans précédent, dépassant largement les limites de l’Hexagone voire du continent européen, l’actuelle campagne présidentielle américaine se jouant aujourd’hui largement sur la question.

Dans ce sens, et à moins de deux ans de la prochaine élection présidentielle française, et si tant est que celle-ci soit maintenue au regard de la situation sanitaire du pays, la question électoraliste est loin d’être dénuée d’intérêt.

L’élection présidentielle étant affaire d’incarnation, il y a fort à parier que la cacophonie qui frappe l’exécutif soit également liée à l’image de mauvais gestionnaire collant désormais à la peau du président de la République, de la même manière que l’actuel locataire de la Maison Blanche, auparavant incarnation d’un rêve américain perdu, se retrouve désormais être celle des affres de la crise sanitaire.

Reste à savoir comment Emmanuel Macron parviendra à se débarrasser de cette image durant les 18 mois qui nous séparent de la prochaine élection présidentielle.

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.