Plafonner le prix du gel hydroalcoolique : pourquoi ça ne sert à rien

Purell by Valerie Everett(CC BY-SA 2.0) — Valerie Everett, CC-BY

Plafonner le prix du gel hydroalcoolique : 3 raisons pour lesquelles ça ne marchera pas.

Par Margot Arold.

Plafonner le prix du gel hydroalcoolique supposé indispensable en période de coronavirus, voilà la dernière idée de notre ministre de l’Économie Bruno Le Maire devant la pénurie de ce gel dans les rayons des pharmacies et des supermarchés.

Pourquoi ça ne marchera pas ?

1. Parce que décréter un prix sur un produit en rupture de stock ne fait pas apparaître comme par magie ledit produit dans le rayon. Un peu comme lorsqu’on fabrique des maisons médicales pour pallier la pénurie de médecins : ça ne fait pas apparaître des médecins dans les déserts médicaux.

2. Parce que décréter un prix plafond aligne toujours les prix vers le haut : si auparavant vous pouviez trouver des gels à 1,50 euro voire moins, maintenant avec un prix fixé par l’État « au maximum à 2 euros »… vous les trouverez à… 2 euros.

C’est ainsi que fonctionne, qu’a toujours fonctionné le plafonnement des prix : depuis l’immobilier à Paris jusqu’au papier toilette au Venezuela : le prix maximum fixé par l’État, qu’il tienne compte ou non de la rentabilité pour le fabriquant/le propriétaire/etc. est le prix auquel le produit sera vendu in fine. Vous ne le trouverez plus moins cher.

3. Parce que cela va allonger la durée de la pénurie : le décret passera d’ici demain, mais « cette proposition va être validée par les professionnels puisqu’il ne faut pas qu’on leur demande de produire à perte. On va vérifier que nos hypothèses sont correctes ». Donc, les fabricants ont tout intérêt à attendre la fixation définitive du prix avant de lancer leur produit.

Sans compter que les pharmaciens peuvent fabriquer eux-mêmes un gel hydroalcoolique, en suivant les bons conseils de l’OMS : préparation qui demande du temps et des produits, qui ont un coût. Celui-ci sera-t-il conforme à ce que demandent les deux parties, acheteurs et vendeurs ?

Fixer un prix : quoi se mêle l’État ?

On s’interrogera sur l’emprise de l’État sur les entreprises privées qui n’ont rien demandé : le prix du gel hydroalcoolique n’étant pas pris en charge par l’Assurance maladie, pourquoi l’État se mêlerait-il se fixer son prix ?

Nul doute que cette question du remboursement interviendra d’ici peu, grevant encore le budget de l’État et donc augmentant nos impôts ou nos cotisations sociales.

Enfin jusqu’alors, si les rayons des supermarchés étaient vides, c’est que, ô miracle du capitalisme, les clients acceptaient de payer le prix demandé pour le produit mis en vente. Il y avait adéquation entre l’offre et la demande.

L’offre a disparu, la demande s’est amplifiée : les prix s’envolent. Bon, ils ne s’envolent guère plus loin que chez quelques vendeurs farfelus chez Amazon, c’est-à-dire les mêmes qui sont capables de vous facturer un article à 0,99 euro avec des frais de port à 150 euros… On trouve effectivement quelques très rares gels hydroalcooliques au prix de 45 euros (par exemple) livrables en… avril ou mai 2020.

Ce sont des cas isolés. Malheureusement, comme souvent en France, on fait une loi à partir d’une urgence ponctuelle ou d’un fait isolé ; et ce sont ces cas isolés qui ont été soufflés à l’oreille de Bruno Le Maire pour qu’il prenne un décret auquel visiblement il n’a rien compris.

En résumé : jusqu’ici, tout allait relativement mal. Maintenant avec l’intervention de l’État ça va aller mal de façon absolument certaine.

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