Conférence sociale de Castex : un bide

Screenshot de Jean Castex ovationné à l'Assemblée pour sa première prise de parole - AFP Images — AFP ,

Il est urgent d’arrêter de croire que tout s’obtient sans effort, par le miracle d’une solidarité qui n’est qu’une charité bidon faite d’abord avec l’argent des autres.

Par Simone Wapler.

Face à la récession économique, il faudrait laisser l’ordre spontané émerger plutôt que de poursuivre un dialogue social factice reposant sur l’idéologie obsolète de lutte des classes.

Lundi 26 octobre 2020, Jean Castex tenait sa première « conférence sociale ». Dans notre pays tout doit être qualifié de social pour être bien vu. Ainsi, les autorités et les médias nous parlent sans cesse de distanciation sociale au lieu de parler simplement de distance physique (ou de prophylaxie). Mais revenons à nos moutons (sociaux).

Conférence sociale et dossiers explosifs

À cette conférence sociale assistaient les partenaires sociaux, autrement dit les syndicats dont on sait qu’ils ne représentent pas grand-monde : 8,4 % des salariés du privé sont syndiqués, 19,1 % dans le secteur public. Et ils n’ont la confiance que d’une minorité (à peine 35 % des salariés) même si leur pouvoir de nuisance reste massif. Faute de syndiqués volontaires, ces syndicats survivent grâce à des cotisations sociales obligatoires.

Côté employeur, trois instances sont reconnues comme représentatives : MEDEF, CPME, U2P. Pour être estampillé représentatif, un syndicat patronal doit rassembler 8 % des entreprises de son secteur ou les entreprises adhérentes doivent représenter 8 % des salariés dudit secteur. Les discussions entre ces groupes constituent ce qui est qualifié de « dialogue social ». Moins de 10 % des personnes concernées prennent des décisions dont 90 % vont subir les effets.

Les trois gros dossiers sociaux de cette première conférence étaient la réforme des retraites, la réforme de l’assurance chômage et la formation. Deux de ces trois dossiers sont des grandes catastrophes plus ou moins larvées. Pas étonnant que ne soient sortis de cette conférence que des atermoiements verbeux.

Les régimes des retraites par répartition et de l’assurance chômage sont en réalité des zombies financiers. Ce qui est majestueusement qualifié de réformes ne sont que de petits maquillages pour tenter de donner une apparence humaine à ces zombies qui dévorent la rémunération du travail.

Rappelons que la France détient le record des pays développés du poids des cotisations sociales. Une partie du chômage de masse qui sévit en temps normal est imputable à ce surcoût.

Le seul plan de relance possible consiste à laisser les gens travailler

La mise à l’arrêt de l’économie décidée par le gouvernement français lors du confinement est incompatible avec un système dit de répartition où ceux qui travaillent financent les pensions de ceux qui ne travaillent plus. Si plus personne ne contribue, les pensions reposent sur la création monétaire pure.

Les plans de relance à 100 milliards d’euros (et pourquoi pas 1000 milliards, tant qu’on y est) ne changeront rien à l’affaire.

En premier lieu, l’État ne peut décider quelles entreprises sont viables et lesquelles ne le sont pas. Ce tri est normalement fait par le marché et la concurrence. Est viable une entreprise qui gagne de l’argent en fournissant des produits et services choisis par des clients solvables.

En deuxième lieu, une étude de McKinsey effectuée en août auprès des PME indiquait que 13 % des 502 entreprises interrogées anticipaient une faillite dans les six prochains mois et que 17 % pensaient ne pas pouvoir rembourser les prêts d’État souscrits. Rappelons que la majorité des gens travaillent dans des petites entreprises. Le cabinet de conseil précise :

« Plus de la moitié [des patrons interrogés] estimait que leur entreprise ne survivrait peut-être pas plus de 12 mois, malgré le fait que 20 % des entreprises participant au sondage avaient déjà profité de diverses formes d’aide gouvernementale visant à atténuer leurs difficultés financières. »

Les limites de la création monétaire

La Banque centrale peut prêter tout ce qu’elle veut à qui elle le veut et distribuer toutes les allocations qu’elle veut à qui elle le veut, cela ne change pas le problème. La vraie richesse provient du travail et non pas de la dépense.

Et encore, pas de n’importe quel travail, un travail efficace, produisant des biens ou des services que les ménages désirent échanger parce qu’ils leur sont utiles ou agréables.

Par exemple, l’implantation d’éoliennes qui sont des intermittentes de l’énergie et la fermeture d’une centrale nucléaire demandent du travail et occupe du monde mais à la sortie le bilan sera moins d’électricité et plus chère et donc un appauvrissement.

La vraie prospérité provient du travail utile.

À l’époque où on ne parlait pas de redistribution et de dialogue social, l’ascension sociale et l’insertion se faisaient par le travail : celui des parents et le travail scolaire des enfants.

L’industrialisation a conduit à augmenter à la fois l’offre de travail et sa productivité. Le capitalisme a permis à la classe moyenne d’émerger.

Ce ne sont pas les dialogues sociaux, les allocations, la redistribution mais bien l’industrialisation puis le capitalisme qui ont permis :

  • De proposer du travail à plein temps à de plus en plus de monde, contrairement à ce qui existait dans un monde agricole. Dans le monde d’avant, le travail restait saisonnier condamnant en hiver à l’errance, à la faim et au froid de nombreux ouvriers. Ceux qui prônent le retour à une économie de subsistance feraient bien de lire les contes régionaux qui décrivent ces situations précaires.
  • L’émergence d’une classe moyenne qui a pu profiter des gains de productivité, le travail devenant de mieux en mieux payé et du plus en plus qualifié.
  • Cette classe moyenne a pu épargner, cette épargne a permis des investissements qui ont à leur tour donné lieu à des gains de productivité.

Ce processus vertueux a disparu. Nous avons du chômage, des allocations au lieu de revenus du travail ; l’épargne n’a plus d’intérêt, au sens propre avec les taux négatifs. Nous parlons maintenant de capacité d’endettement au lieu de parler de capacité d’épargne comme autrefois. La classe moyenne s’appauvrit et rétrécit ; en France, son épargne ne lui permet même plus de profiter des gains de productivité.

La création monétaire euthanasie la classe moyenne

Nous avons atteint les limites de la création monétaire et de la création de crédit. Avec les retraites par répartition, la classe moyenne est injustement privée des gains qu’elle aurait pu avoir avec un système par capitalisation. Les systèmes d’assurance chômage et d’assurance maladie ne reposent que sur de la dette dont il est patent qu’elle ne sera jamais remboursée.

Le coupable n’est pas la méchante mondialisation ou le vilain libéralisme avide de profits. Le coupable est le capitalisme dévoyé engendré par un système monétaire frelaté. Lorsque la création de crédit et le prix de l’argent – les taux d’intérêt – sont contrôlés par des entités gouvernementales ou supranationales nous ne sommes pas dans un système libéral. Nous sommes dans un système de contrôle total.

La concurrence ne joue plus son rôle de régulation. Nous sommes dans un capitalisme de copinage où les banques sauvent les États et, inversement, les États sauvent les banques à grand renfort de monnaie factice.

La faillite de ce système devient tellement visible que le FMI en appelle à un nouveau Bretton Woods tandis que le prochain Forum économique mondial méditera sur une « Grande Réinitialisation ».

Si vous attendez de ces instances un retour au bon sens et au réalisme, oubliez.

Le Great Reset, la Grande Réinitialisation

Du côté du FMI, on aborde la restructuration des dettes publique :

« Lorsque la dette est insoutenable, elle doit être restructurée sans tarder. Nous devons accroître la transparence de la dette et renforcer la coordination des créanciers. Je juge encourageants les entretiens du G20 concernant un dispositif commun de résolution de la dette souveraine et notre appel à améliorer l’architecture de la résolution de la dette souveraine, y compris la participation du secteur privé. »

Mais ce n’est pas pour renoncer à la dette et au crédit surgi du néant, loin de là.

« La meilleure manière d’honorer la mémoire de tous ceux qui ont perdu la vie au cours de cette crise est, pour reprendre les mots de M. Keynes, de construire « quelque chose de plus grand » : un monde plus durable et plus équitable. »

Et cher lecteur, quand vous lisez « durable » ou « équitable », attendez-vous à des tombereaux d’emprunts verts et de gaspillages, des myriades de plans, de subventions et bien sûr de taxes.

Du côté du Forum économique mondial on nage aussi dans le constructivisme échevelé et romantique :

« Il est de notre devoir de rétablir un système fonctionnel de coopération mondiale intelligente, structuré pour relever les défis des 50 prochaines années. La Grande Réinitialisation exigera que nous intégrions tous les acteurs de la société mondiale dans une communauté d’intérêt, d’objectif et d’action communs.[…]
Nous devons changer de mentalité, passer d’une réflexion à court terme à une réflexion à long terme, passer du capitalisme actionnarial à la responsabilité des parties prenantes. La gouvernance environnementale et sociale et la bonne gouvernance doivent être des éléments mesurés de la responsabilité des entreprises et des gouvernements. »

Avec là aussi, beaucoup de sauce verte, de « décarbonisation », etc.

Aucune des grandes avancées de l’humanité n’a été obtenue par des planificateurs, des bureaucrates, des « systèmes fonctionnels de coopération mondiale ». AUCUNE.

La généralisation six siècles avant Jésus-Christ de l’or et de l’argent en tant que monnaies marchandises pour remplacer le crédit (auparavant géré par les autorités politiques ou religieuses) a permis un essor considérable des échanges autour du bassin méditerranéen.

L’émergence de ces monnaies universelles n’est pas le fruit du jus de crâne d’un planificateur omniscient. Ces monnaies se sont imposées car elles étaient honnêtes, n’étaient la dette de personne et n’avait besoin d’aucune contrepartie pour exister. Le simple fait qu’elles existent a permis d’étendre et multiplier les échanges.

Il est urgent d’arrêter de croire les constructivistes planificateurs qui nous ruinent. Au contraire, il faudrait :

  • libérer la monnaie, la rendre au peuple,
  • retrouver les vertus de l’épargne,
  • faire jouer la concurrence hors de tout circuit taxation-subvention débouchant sur le capitalisme de connivence,
  • libérer les prix et les taux d’intérêt dont le niveau donne une mesure fiable du risque,
  • laisser l’ordre spontané émerger.

Il est urgent d’arrêter de faire croire que tout s’obtient sans effort, par le miracle d’une solidarité qui n’est qu’une charité bidon faite d’abord avec l’argent des autres, puis lorsque celui-ci s’est tari, avec de la fausse monnaie et du crédit sans contrepartie.

Ni la rage de l’impôt, virus bien français, ni la monnaie factice ne déboucheront sur la prospérité.

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