Les plans de relance sont inutiles et dangereux

Christine Lagarde by Medef on Flickr (CC BY-SA 2.0) — MEDEF, CC-BY

Quelle que soit la crise, c’est une illusion de penser qu’une politique de relance (politique de dépenses publiques ou politique monétaire expansionniste) est capable de la supprimer.

Par Pascal Salin.

Comme on le sait bien, cette année, la crise sanitaire a été à l’origine d’une crise économique dans la plupart des pays du monde. Pour essayer de surmonter cette crise et de revenir à une situation économique normale, on a généralement réagi en invoquant, plus ou moins explicitement, les préjugés habituels consistant à penser que la relance économique nécessite l’adoption de ce qu’on appelle précisément des politiques de relance, en particulier une augmentation des dépenses publiques et une politique monétaire expansionniste.

C’est ainsi que la Banque centrale européenne (BCE) a décidé en mars dernier de déverser 750 milliards d’euros et que Christine Lagarde a même annoncé que la BCE serait prête à racheter aux États jusqu’à 1350 milliards d’euros. D’importantes politiques monétaires expansionnistes ont été aussi adoptées, par exemple, aux États-Unis, en Australie, en Grande-Bretagne ou au Japon.

La France en crise depuis longtemps

De manière générale, dire qu’un pays est en crise économique c’est dire évidemment que l’ensemble de sa production est inférieur à ce que l’on peut considérer comme normal.

Or, dans le cas de la France il faut d’abord admettre que nous sommes dans une crise de longue durée. En effet au cours des deux dernières décennies la croissance du revenu moyen par tête a été inférieure à 1 %, alors qu’elle avait été égale à 3 % pendant les années 1970 et à 2 % pendant les années 1980. Cette croissance est par ailleurs inférieure à celle de la plupart des pays, par exemple les pays européens. Ceci indique bien que la croissance française à long terme pourrait être supérieure à ce qu’elle est depuis longtemps.

La crise économique actuelle est pour sa part une crise de court terme qui s’ajoute à la crise de long terme. Cette crise actuelle est due au fait que les risques sanitaires et l’obligation légale de rester confiné ont évidemment empêché un grand nombre de personnes de travailler, qu’il s’agisse de salariés, d’entrepreneurs ou de travailleurs indépendants.

En outre, les interdictions de circuler pour un grand nombre de modes de transport ont limité les échanges, alors que les échanges jouent un rôle fondamental dans la création de ressources (et, bien sûr, dans les satisfactions individuelles).

Une politique de relance ne supprime pas une crise économique

Or, quelle que soit la crise, c’est une illusion de penser qu’une politique de relance (politique de dépenses publiques ou politique monétaire expansionniste) est capable de la supprimer.

Pour s’en convaincre il convient de tenir compte du comportement normal des individus. Un individu décide ses activités productives en fonction de ses capacités, de ses choix (loisir ou travail) et de manière à pouvoir bénéficier de ressources lui permettant de consommer dans l’immédiat ou dans le futur au moyen de l’épargne. Ses demandes sont déterminées par sa production.

Or, ce qui est vrai pour un individu est vrai pour un ensemble d’individus, par exemple ceux qui forment un pays (ou un ensemble de pays comme l’est la zone euro). La production totale de cet ensemble d’individus est évidemment la conséquence de leurs décisions de production, soit comme vendeurs de services (salariés ou travailleurs indépendants), soit comme producteurs de biens.

Ces activités de production leur permettent d’obtenir les biens de consommation et d’investissement qu’ils désirent. Par ailleurs, la structure de la production est évidemment déterminée par la structure de la consommation. Un producteur adapte précisément ses activités productives aux demandes qui peuvent éventuellement lui être adressées.

Bien entendu, cette structure se modifie dans le temps, compte tenu des évolutions des individus concernant leurs désirs ou leurs capacités productives, en particulier leurs possibilités d’innovation. La caractéristique d’une société d’économie libre tient au fait que les activités productives s’ajustent aux structures de la demande, en particulier grâce à l’évolution des prix.

Qu’est-ce qui se produit avec la politique monétaire ?

Si l’on augmente la demande d’un bien il faut inciter ses producteurs à produire davantage et pour cela faire en sorte que le prix de ce bien augmente par rapport à d’autres biens, mais c’est dire que le prix relatif de ces autres biens diminue, ce qui réduit l’incitation à les produire. Autrement dit, ce qu’on appelle une augmentation de la demande globale consiste en fait à augmenter la production de certains biens aux dépens de la production d’autres biens, c’est-à-dire que l’on crée des distorsions.

C’est bien ce qui se produit avec la politique monétaire : ceux qui bénéficient d’une augmentation de leur quantité de monnaie – par exemple l’État qui finance ainsi sa dette publique, comme cela est le cas actuellement – le font aux dépens d’autres personnes. De manière générale la politique monétaire – de même que toute politique économique – n’a pas un rôle global, mais seulement un rôle de création de distorsions.

Ainsi, pour un niveau de production donné s’il y a un changement dans la structure de la demande, par exemple l’augmentation de la demande d’un bien donné et la diminution correspondante de la demande d’un autre bien, certains individus devront s’adapter à ce changement.

Mais si l’État augmente de manière artificielle sa demande de biens et services (en augmentant la fiscalité ou son endettement) cela ne provoque pas une augmentation de la production, mais un changement dans la structure productive : certains producteurs vont diminuer leur production de certains biens de manière à ce que l’on puisse produire les biens demandés par l’État.

Par son action l’État n’augmente pas la demande globale, mais il introduit des distorsions dans les structures productives, et donc dans les structures de consommation.

Et dans une société ouverte ?

Nous avons jusqu’à présent envisagé implicitement une société fermée. Mais nos conclusions ne sont absolument pas modifiées si l’on envisage une société ouverte, c’est-à-dire que la demande globale considérée dans un pays est seulement une partie de la demande mondiale.

Mais alors l’idée même d’une insuffisance de demande globale dans un pays – susceptible d’expliquer le chômage – n’est pas envisageable pour une nouvelle raison.

En effet, pour un pays de dimension limitée ou même pour un ensemble de pays comme ceux de l’eurozone, la demande mondiale est à peu près illimitée et la seule question que l’on peut alors légitimement se poser est la suivante : comment se fait-il que les producteurs de ces pays ne produisent pas plus et n’embauchent pas plus, alors qu’ils font face à une demande pratiquement illimitée ?

Il ne peut y avoir qu’une réponse logique à cette question : s’ils ne produisent pas davantage pour répondre à cette demande, alors qu’ils ont la liberté de le faire, c’est qu’ils n’ont pas intérêt à le faire. Autrement dit, la structure de leurs coûts de production est telle, compte tenu de la structure mondiale des prix, qu’ils ne pourraient vendre plus qu’en vendant à perte ou tout au moins en faisant un gain faible et peu désirable.

Mais c’est bien dire que le problème en cause n’est pas un problème de demande globale, mais un problème de structure des prix et d’incitations productives. Et ceci signifie évidemment que l’idée courante selon laquelle on peut améliorer la situation économique d’un pays – ou d’un ensemble de pays – en augmentant la demande globale de ce pays ou ensemble de pays par une nouvelle création monétaire ou par des dépenses publiques est une idée absurde.

La crise actuelle : une crise de l’offre de production

Cette critique des politiques de relance (dépenses publiques ou politique monétaire expansionniste) devrait être considérée comme particulièrement indispensable dans la situation actuelle.

En effet la crise économique actuelle dans la plupart des pays du monde doit être considérée comme une crise de l’offre de production. Les problèmes sanitaires ont réduit la disponibilité pour le travail d’un grand nombre de salariés et d’entrepreneurs et il en résulte une diminution de certaines productions.

La crise économique se caractérise donc par des changements structurels – comme cela se produit d’ailleurs dans n’importe quelle crise économique, quelle qu’en soit la cause – et il est nuisible qu’une politique de dépenses publiques ou une politique monétaire consistant à accorder des crédits supplémentaires à un certain nombre de personnes introduise ainsi nécessairement des distorsions supplémentaires.

La véritable solution de la crise consiste non pas à pratiquer une politique économique et une politique monétaire, mais à permettre aux producteurs d’avoir la plus grande liberté possible pour renouer avec leurs activités habituelles et permettre les modifications nécessaires des structures productives.

Il faut souligner en effet que la production dépend des incitations productives. Celles-ci sont modifiées par l’environnement, en particulier l’environnement fiscal et règlementaire. C’est lui qui explique particulièrement l’existence d’une faible croissance et celle du chômage.

Le plus de liberté possible, pour un retour aux activités habituelles

Il est donc erroné de penser qu’il faut augmenter la demande pour stimuler la production. Il convient de faire en sorte que tous les individus soient le plus possible incités à développer leurs activités productives. C’est cela que l’on peut appeler la politique de l’offre. Mais sans doute faudrait-il plutôt l’appeler la « dépolitisation de l’offre ».

En effet la crise économique de long terme est due au fait que les incitations productives (incitations à travailler, à entreprendre, à investir, à épargner, etc.) sont détruites par une fiscalité excessive et un excès de règlementations. Il faudrait donc diminuer la fiscalité et les règlementations si l’on veut obtenir une bonne reprise des activités productives à la fin de la présente crise.

La crise économique actuelle est particulièrement une crise de l’offre car beaucoup d’entreprises ou d’entrepreneurs indépendants ont été obligés de diminuer leurs activités à cause du confinement rendant impossible le travail de nombreux salariés, mais aussi d’entrepreneurs.

Ce n’est évidemment pas une « politique de demande globale » qui peut permettre de surmonter ces difficultés ni de faciliter la reprise lorsque la période de confinement aura pris fin. Par ailleurs, la situation actuelle se traduit par des changements importants des structures productives (et d’ailleurs également des structures de consommation). Il est donc particulièrement nocif d’ajouter à ces distorsions les distorsions qui sont nécessairement le résultat des politiques de relance.

L’étatisme n’est pas une solution

On est facilement tenté de penser qu’une aide étatique est souhaitable parce qu’elle permet d’obtenir des ressources supplémentaires gratuites. Mais il ne faut pas oublier que l’État n’est pas un producteur de richesses, il est seulement un intermédiaire : il aide certaines entreprises et certaines personnes, mais il nuit à autrui en prélevant les sommes nécessaires au financement de ses aides. La crise économique crée des distorsions dans les structures productives (dont certaines peuvent certes être allégées par l’intervention de l’État), mais l’État crée de nouvelles distorsions par ses prélèvements.

En l’absence de l’interventionnisme étatique les entreprises en difficulté provisoire se financeraient probablement par l’emprunt. Si l’État les aide, elles n’ont pas besoin d’emprunter, mais c’est éventuellement l’État qui, au lieu d’augmenter immédiatement ses prélèvements fiscaux, peut décider d’emprunter pour financer l’augmentation du déficit public due à son intervention, ce qui réduit l’épargne disponible pour les entreprises. L’État n’est alors qu’un intermédiaire financier, mais dont les décisions sont discrétionnaires et provoquent donc des distorsions.

Dans la mesure où il existe une banque centrale les dirigeants de celle-ci tiennent à faire croire qu’ils jouent un rôle très utile. Par ailleurs les gouvernements sont favorables à l’existence des banques centrales car celles-ci peuvent faciliter le financement des déficits publics, ce qui est actuellement le cas. Mais on devrait admettre plus généralement que non seulement la création monétaire n’a aucune utilité, mais qu’elle crée des distorsions nuisibles, de telle sorte que l’on devrait même accepter l’idée que les banques centrales ne devraient pas exister.

Pour effectuer une véritable politique de relance (ou plutôt une « politique de dépolitisation de l’offre ») il conviendrait de diminuer la fiscalité et les règlementations. Compte tenu de ce que nous avons vu ci-dessus, il convient de permettre le libre fonctionnement des marchés pour s’ajuster au mieux aux difficultés existantes.

Pour cela et pour accroitre les incitations productives, il faudrait diminuer ou supprimer les impôts les plus destructeurs. Tel est le cas, en particulier, de la progressivité de l’impôt sur le revenu qui pénalise les individus les plus innovateurs et les plus productifs, ce qui nuit à tout le monde; mais il faudrait aussi supprimer les excès de taxation du capital car il n’y a pas de croissance sans accumulation de capital.

Par ailleurs, il faudrait supprimer beaucoup de règlementations qui portent atteinte aux incitations productives, par exemple la « loi des 35 heures ». Mais d’autres réformes seraient aussi souhaitables.

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