Convention citoyenne pour le climat : une apparence de démocratie

La Convention citoyenne pour le climat constitue un artifice, une sorte de mystification destinée à faire croire au peuple qu’il est souverain.
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Convention citoyenne pour le climat : une apparence de démocratie

Publié le 28 juin 2020
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Par Claude Robert.

À l’instar des démocraties qui éprouvent le besoin d’ajouter le qualificatif de populaire, la création de pseudo-consultations du même nom n’est jamais bon signe. Il est clair que la Convention citoyenne pour le climat constitue un artifice destiné à faire croire au peuple qu’il est souverain.

Cette Convention, qui à l’époque avait été présentée comme l’une des conditions de la réussite du Grand débat national, souffre exactement des mêmes vices de conception que ce dernier. Elle n’a en réalité que l’apparence de la démocratie, et embarque au contraire tout ce qu’il faut pour la desservir. Voici pourquoi :

Les dures exigences de la représentativité statistique

Alors que les sondages par quotas représentatifs de la société française se basent sur des échantillons d’au minimum 1000 personnes, la Convention citoyenne pour le climat ne fonctionne qu’avec un groupe de 150 à 160 membres !

Les sondages par quotas partent du principe que pour avoir une représentativité statistique solide d’une société, il est nécessaire d’en reproduire les principales dimensions, celles qui sont considérées comme étant les plus déterminantes des opinions et comportements. Les instituts s’appuient généralement sur une représentativité par âge, sexe, catégorie socio-professionnelle et zone géographique.

La loi normale nous indique qu’un échantillon aléatoire commence à avoir une valeur statistique (sur une seule dimension bien évidemment) à partir de 30 individus1. Or les quatre dimensions citées ci-dessus génèrent 24 combinaisons possibles, soit, au bas mot, un échantillon d’au minimum 720 individus2. Pour exprimer toutes les nuances d’une société de 67 millions d’habitants, une représentativité limitée à 150 individus est bien évidemment d’une totale malhonnêteté intellectuelle.

Encore faut-il d’ailleurs que les quatre dimensions soient pertinentes sur les sujets à traiter par la Convention. Concernant la limitation de la vitesse à 110 km/h sur autoroute qu’elle a récemment recommandée, l’évaluation d’une telle mesure aurait nécessité que dans l’échantillon interrogé se trouve une proportion exacte de citoyens qui utilisent les différents moyens de transports, et ceci dans une proportion également exacte d’habitants des grands centres urbains, des villes moyennes et des zones rurales, ceci toutes régions confondues.

Or il n’y a que deux façons de s’assurer d’une telle conformité de l’échantillon, sur ce problème bien spécifique : soit en augmentant le nombre des quotas3 de représentativité, soit en augmentant le nombre des individus les constituant4.

Aucun institut de sondage ne se risquerait sur des sujets sociétaux à partir de seulement 150 interviews. Une étude réalisée par Paris School of Economics en avril/mai 2020 auprès de 1003 Français a non seulement constaté des différences de niveau d’adhésion de son échantillon vis-à-vis des mesures recommandées par la Convention, mais a mis en exergue un vrai désaccord sur la proposition de limitation à 110 km/h sur autoroute, proposition sur laquelle cette Convention se trouve donc totalement en porte-à-faux par rapport à la population qu’elle est censée représenter! Ce problème se posera bien évidemment chaque fois qu’il sera question de décisions aux répercussions importantes.

Convention et pseudo-consultation sur des sujets soigneusement choisis

Il est tout de même révélateur que le Grand débat ait accouché d’une Convention citoyenne sur le climat, alors que les principales revendications des mouvements sociaux qui ont poussé le président à lancer ce pseudo débat, en particulier les Gilets jaunes, prenaient leur source dans la limitation à 90km/h et la hausse des taxes sur l’essence !

Que la Convention pourtant héritière d’un tel contexte ait été créée pour le seul domaine climatique et en arrive à persévérer dans le délire à l’origine même des émeutes prouve combien le gouvernement est sourd aux récriminations populaires et n’entreprend que ce qui l’intéresse.

Il est tout simplement stupéfiant de constater qu’aucune Convention n’ait été mise en place pour s’attaquer aux problèmes prioritaires de l’Hexagone : son déclin économique, son chômage de masse, son appauvrissement relatif et ses éternels conflits sociaux !

Lorsque l’on sait que la grande majorité des difficultés du pays provient de l’excès d’État, de taxes et de réglementations, l’absence de Convention sur ces sujets déterminants montre à quel point le président et son gouvernement poursuivent des objectifs qui ne servent en aucune façon l’intérêt des Français.

Le comble consiste d’ailleurs à ne pas considérer les problèmes typiquement domestiques et immédiats afin de privilégier le climat, domaine à très long terme et supra-national, meilleur moyen pour ajouter un boulet supplémentaire à notre économie chancelante par rapport à celle de nos concurrents !

Convention citoyenne : une fausse consultation populaire pour éviter la vraie

Tout comme le Grand débat, qui a été inventé, géré, animé et dont les résultats ont été dépouillés par Emmanuel Macron intuitu personæ ou presque, la Convention citoyenne pour le climat semble à la merci de ce dernier quant à l’exploitation qui pourra être faite de ses conclusions.

« Je m’engage, sur ce qui peut l’être, à faire un référendum » a déclaré le président (Franceinfo 10/01/20). Or, loin de nous rassurer, un tel engagement nous prouve au contraire combien cette Convention n’est qu’un instrument taillé sur mesure dont il décidera personnellement si oui ou non elle sera suivie d’une vraie consultation publique.

L’usage du référendum est certes limité par la Constitution, mais il serait facile d’en élargir l’usage, comme cela est le cas notamment en Suisse, en Italie et dans l’État de Californie, pays dans lesquels l’initiative de le déclencher n’appartient pas au seul gouvernement.

Administré au niveau national, via un vote, ses résultats traduisent non pas l’opinion d’un échantillon de la société mais celle de l’ensemble des citoyens en âge de voter. Les abstentions ne sont pas un problème dans la mesure où elles sont volontaires.

Par ailleurs, il y a une vraie transparence dans la collecte et le dépouillement des résultats. Une consultation par référendum s’avère indiscutable en matière de représentativité.

Le seul véritable problème réside dans la question posée, qui doit être à la fois compréhensible par le plus grand nombre, explicite, et ne pas masquer des problématiques plus complexes qui risquent d’en biaiser les réponses5. Rien d’ailleurs n’empêche de décomposer les questions, en pariant sur l’intelligence des citoyens.

Bientôt la République Démocratique de France ?

À l’instar des démocraties qui éprouvent le besoin de rajouter le qualificatif de populaires, la création de pseudo-consultations du même nom n’est jamais bon signe. Il est clair que la Convention citoyenne pour le climat constitue un artifice de plus, une sorte de mystification destinée à faire croire au peuple qu’il est souverain.

Tout comme dans le Grand débat, parfaitement préempté par le président, les plans d’action qui en résultent sont les uns après les autres détournés, cela au bénéfice de l’État et des intérêts les plus spécieux du président.

Sur le web

  1. Avec un risque d’erreur et intervalle de confiance encore élevé.
  2. 24 x 30 = 720 car chaque quota doit être numériquement suffisant au regard de la loi statistique.
  3. Il n’est pas évident de trouver les quotas les plus déterminants. Et c’est toujours faire l’impasse sur ceux qui ne sont pas pris en compte. Le hasard total fait bien les choses, comme on dit en statistiques, mais nécessiterait par contre des échantillonnages énormes, et le contrôle de l’aspect totalement aléatoire du recrutement des interviewés, ce qui est très coûteux.
  4. À condition bien sûr que ces répondants soient recrutés de façon équiprobable dans toute la France.
  5. Si l’on se réfère au référendum du Brexit, et au vu des résultats, on entrevoit la limite d’une telle consultation : quitter l’Europe est un geste qui semble simple mais dont tous les répondants ne connaissaient pas le coût en matière de frais de douane par exemple. À l’inverse, beaucoup étaient en réalité influencés par la problématique des migrants. L’éthique aurait voulu que les avantages et les inconvénients de chaque option (rester ou quitter) soient mentionnés afin que chaque électeur puisse se prononcer en toute connaissance de cause. On voit qu’il est difficile, dans certains cas, de rendre une question complexe totalement explicite. Quoi qu’il en soit, en France, jamais dans un référendum serait apparu la suggestion de limiter les autoroutes à 110km/h !
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  • La décennie qui commence a de bonnes chances de voir le retour d’un net refroidissement climatique. Si cela se confirme, peut au moins espérer que ce ridicule canular du réchauffement anthropique tombera aux oubliettes et avec lui toutes les billevesées politicoécologistes qu’il aura provoquées?

    • Et c’est pour ça que les écolos veulent aller vite, très vite, soi disant avant que le réchauffement ne devienne irréversible, mais, en réalité avant que la nature ne prouve la stupidité de leurs théories qui ne prennent jamais en compte les cycles courts et longs du climat, pourtant souvent étudiés et démontrés.

  • moi , je demande à tout ces cons d’écolos de bien vouloir se passer de clim chez eux , de vendre leur bagnole , de ne pas se chauffer l’hiver , de bouffer local 365 jours par an , de ne plus voyager , de se passer de leur portable , d’internet , …..bref , à eux de montrer l’exemple ;

  • Ce qu’amène « une convention citoyenne », c’est surtout un retour inquiétant aux croyances erronnées. ( 70 % des Français croient le nucléaire producteur de CO2, 33 % que les vaccins sont dangereux, 70 % que l’Etat dispose ad libitum d’argent gratuit, etc… )
    Difficile de croire que les décisions politiques qui en découleront puissent être intelligentes et efficaces à long terme.

    • Vous voulez dire que 67% des français croient que les vaccins sont inoffensifs?

      • Non, je soulignais le record du monde de la méfiance par rapport aux vaccins détenu par la France – les 67 % restants sont probablement « seulement » méfiants à très méfiants .

        • L’idéal serait que la couverture vaccinale des volontaires (67%?) suffise à empêcher l’épidémie (R0<1).
          Tout le monde serait content: pas de risque épidémique et pas de risque vaccinal pour ceux qui ont peur.

          • Juste pour pondérer la couverture vaccinale nécessaire, il faut tenir compte de l’hypothèse que 40% à 70% de la population serait naturellement immune aux effets du coronavirus, notamment chez les plus à risque, les plus de 70 ans. En l’absence d’immunité naturelle, il y aurait eu une véritable hécatombe dans les Ehpad, ce qui n’a pas été observé. Ainsi, l’expérience montre que le R inférieur à 1 (mais pas le R0 théorique qui est un invariant) est atteint avant même que 10% environ de la population soit contaminée.

            Il reste enfin à disposer d’un vaccin, ce qui serait une première surprenante face à un CoV. Cette histoire de vaccin hypothétique ressemble de plus en plus à la pompe à fric climatique qui engraisse les petits malins jouant éhontément sur les peurs.

  • Dans les milieux pédants autorisés, beaucoup pensent qu’il faut remplacer la république démocratique par une autoritaire. Pourvu qu’ils ne changent pas trop la constitution et ses contrôleurs. De la démocratie à l’autoritarisme seuls quelques articles de loi font la différence, soyons vigilants.

  • Tout à fait cette convention n’est qu’une mascarade de plus. Par ailleurs une convention POUR le climat ne peut déboucher que sur des mesures autoritaires pro-climat puisque les participants se sentent investi d’une mission, tout comme l’administration : nous avons une existence qu’il faut justifier en dépit de toutes autres considérations.

    La France n’a pas de pétrole, n’a plus d’idées mais elles ne manquent de mauvaises habitudes.

  • Je rappelle que, dans le programme de maths du bac, il y a tout un chapitre sur les probabilités et les sondages, qui donne, entre autres la possibilité de calculer la marge d’erreur d’un sondage en fonction du nombre de sondés: pour 1024 sondés, la marge d’erreur est inférieure à 5 %., mais pour 160 sondés, elle dégringole très en dessous des 50 %,(sans parler, en plus de la représentativité qui, en la matière, est quasi nulle; Il faut croire que, dans cette commission, très peu de personnes avaient passé le bac …

  • Bien entendu on ne saura jamais comment ces personnes avaient été choisies. Le tirage au sort des numéros de téléphone paraît une méthode totalement faussée. beaucoup d’abonnés sont sur liste rouge ou n’ont plus de ligne fixe. J’ignore si l’info concernant Conne Bandit est exacte mais s’il a réellement été tiré au sort, cela ajoute un doute définitif ! Quand on voit l’équipe de menteurs et de manipulateurs au pouvoir, on peut imaginer le pire !

    • Il ne fait pas de doute que l’équipe des 150 bras cassés a été consciencieusement sélectionnée et pas tirée au sort (il est même possible que les participants aient été dûment sélectionnés sans en avoir personnellement conscience). Et quand on voit le résultat du prétendu sondage de PSE, on constate que le club des menteurs compulsifs s’est donné rendez-vous sur le thème.

    • De toute façon, vu le cadre très orienté et rigide fixé d’emblée à cette « convention », à savoir la « réduction de 40% de nos émissions de GES d’ici 2030 dans un souci de justice sociale », le profil des participants ne peut lui-même n’être qu’orienté – vers la confiance en les thèses du GIEC, vers la croyance qu’il faut réduire drastiquement nos émissions de GES, vers une approche « sociale » du problème. En effet, ne participaient que les tirés au sort volontaires ; ceux qui ne le souhaitaient pas n’étaient nullement obligés.
      Le profil des participants était donc forcément un profil escrolo-compatible. Et les conclusions de cette « convention » ne pouvaient que ressembler fortement au programme des escrologistes.

  • Il me semble, et je ne pense pas me tromper que cette histoire est déjà oubliée par le gouvernement , ce n’était qu’un leurre.

    • On aimerait vous croire, mais j’ai bien peur qu’il n’en soit rien, tant la tendance collectiviste et totalitariste est ancrée dans nos zélites.

  • ce sont les « petits gardes de verts » de MAcrOn… Une nouvelle révolution culturelle ?

  • Il est tout de même révélateur que le Grand débat ait accouché d’une Convention citoyenne sur le climat

    Autrefois, la France était raisonnable. On disait « accoucher d’une souris ». Aujord’hu, on dit « accoucher d’un rat », vu la démesure à laquelle se livre le pays… 🙁

  • Au de la de la non représentativité des membres de la convention se pose un problème de sincérité du tirage au sort : en effet dès lors que l’on tire au sort ceux qui nous  » représenteront  » la présence d’un huissier garantissant la sincérité de ce choix hasardeux aurait due être requise !!! nous attendons le procès verbal de la prestation de cet huissier fantôme !!!! Pour le reste presque tout a été dit au moins sur ce site !!!

  • concernant la note 5, toute question politique peut être complexe et bien souvent recèle « ce qui se voit et ce qui ne se voit pas ».
    D’où l’intérêt de les poser à l’avance pour permettre aux différentes parties d’argumenter (à condition que la presse ne soit pas monopolistique et que la censure ne s’applique pas…).

  • Cette convention citoyenne me fait penser aux « cahiers de doléances » et les conséquences…

  • Les commentaires sont fermés.

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