Gilets jaunes : les raisons de la colère

Ce qui a mis le feu aux poudres, en France comme en Belgique.

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Gilets jaunes : les raisons de la colère

Publié le 8 décembre 2018
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Par Fred Wauters, depuis la Belgique.

Difficile de faire le tri entre les causes réelles du ras-le-bol des Gilets jaunes et les causes fantasmées qu’avancent les uns et les autres pour servir leurs agendas respectifs. La « droitosphère » oscille entre un mépris de classe pas très glorieux et une récupération visant à assimiler ces révoltés à l’extrême-droite.

Les penseurs de gauche dont les analyses inondent – comme d’habitude – la presse oscillent eux aussi entre mépris de classe et analyses post-marxistes identifiant le mouvement à une espèce de Grand Soir version 3.0. Quant aux politiciens mainstream, derrière les maladresses coupables et les déclarations manipulatrices, on les sent désemparés, gênés et impuissants à réagir de manière adéquate à ce mécontentement qui gronde.

L’oie se rebiffe

Et pour cause ! Ce mécontentement remet en question l’essence même de l’action politique de ces dernières décennies : une propension à taxer tout ce qui bouge. Car si une chose est certaine, c’est bien celle-là : ce qui a mis le feu aux poudres, c’est cette dernière augmentation annoncée du prix du diesel en France. Une cause qui a bien vite percolé en Belgique, où le système de taxation des carburants, particulièrement pervers, permet une augmentation des prix même en période de baisse des cours du pétrole.

Le superintendant Colbert a, dit-on, expliqué un jour à Louis XIV que tout l’art de l’impôt consistait à « plumer l’oie pour obtenir le plus possible de plumes avec le moins possible de cris ». Par l’oie, il entendait évidemment le bon peuple, c’est-à-dire en gros les classes les plus facilement taxables : classes pauvres et classes moyennes.

Le réflexe taxatoire est tellement ancré dans les mœurs gouvernementales que c’est presque la seule réponse apportée aujourd’hui aux défis écologiques : taxons, taxons, taxons, notamment les carburants.

Mais voilà, nous sommes arrivés au moment où l’oie se rebiffe. C’est en tout cas clairement le point commun entre toutes les déclarations de Gilets jaunes interrogés çà et là.

Et ils ont bien raison…

Austérité, mon cul

Tordons d’emblée le cou à un canard trop répandu chez certains analystes de gauche : loin d’être des utopies néolibérales, les États belge et français font partie du peloton de tête de l’Union européenne en matière de dépenses publiques, comme le montre ce tableau d’Eurostat.

Sur les dix dernières années, loin de connaître l’austérité, les dépenses publiques ont tranquillement continué à augmenter, passant de 50,3 %du PIB à 52,2 % du PIB en Belgique, et de 53,3 % à 56,5 % du PIB en France. En clair, ces dix dernières années, les dépenses publiques ont représenté plus de la moitié des richesses créées dans le pays, ont augmenté et non baissé.

Il n’est donc pas question d’austérité, mais bien d’augmentation continue des dépenses publiques. Dépenses qui ne peuvent provenir que de deux sources : l’impôt et les emprunts d’État (qui constituent un impôt différé et reviennent à faire supporter la charge des dépenses d’aujourd’hui par les générations de demain).

Où va cet argent ?

Mais la question taraudante, que je n’entends finalement qu’assez peu, c’est de savoir où diable s’en va cet argent. Malgré l’augmentation constante des dépenses, force est de constater que la qualité des services publics, elle, ne cesse de diminuer, au nom d’ailleurs de cette prétendue austérité. En France comme en Belgique, les annonces de coupes budgétaires, notamment dans les dépenses de Sécurité sociale, se succèdent. Comment concilier ces prétendues coupes, la qualité sans cesse déclinante des services fournis par l’État à sa population, et l’augmentation des impôts ?

Là aussi, les déclarations des Gilets jaunes récoltées çà et là pointent dans cette direction : pourquoi ne récupérons-nous pas davantage de l’argent de nos impôts ?

Un audit de la Cour des comptes

Le seul vrai courage politique, aujourd’hui, serait de poser cette question douloureuse, et de la poser à l’institution capable d’y répondre, mais dont les rapports finissent commodément ignorés par les politiciens comme par la presse : la Cour des comptes. Cet organisme d’audit public dispose en effet d’énormément de chiffres sur les dépenses des cabinets, des administrations et des organismes publics, à tous les niveaux de pouvoir.

Un véritable audit des dépenses publiques et de la gestion de nos gouvernements, mené avec une méthodologie crédible et en donnant à la Cour des comptes les pouvoirs de contrainte qui lui manquent encore pour obtenir les chiffres dont elle a besoin serait le bienvenu. Avec une remise en cause et des sanctions pour les responsables de cette gestion.

Des placards bourrés de cadavres ?

Au moment de publier cet article, Le Vif nous donne un bel exemple de la manière dont les deniers publics sont dilapidés en toute discrétion avec l’assentiment des politiciens censés contrôler l’affaire. Il s’agit ici de l’argent du fonds de pension des institutions publiques de la province de Liège. De l’argent versé par des administrations, des parastataux, des communes et des CPAS pour constituer une pension pour leurs salariés et fonctionnaires, donc.

Que nous apprend l’article ? Que l’entreprise à qui ces fonds ont été confiés s’est octroyée un budget restaurant de 10 à 20 000 euros par mois (selon la période), consacré à des lunchs d’affaires au Comme chez soi et à d’autres maisons de bouche célèbres pour leur cuisine et pour leur prix.

Et que les mandataires liégeois censés contrôler la chose ont gentiment fermé les yeux pour remercier les politiciens flamands dont les gestionnaires étaient les amis. Les remercier de quoi ? D’avoir aidé à bloquer la levée d’immunité parlementaire d’Alain Mathot, qui, il y a quelques années, avait été inquiété dans un dossier de détournement de fonds.

Bravo aux journalistes d’avoir déniché ce morceau choisi. On parie combien que si la Cour des comptes s’y met sérieusement, elle trouvera assez de cadavres dans les placards des administrations belges pour ouvrir une véritable nécropole ?

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  • Ou va cet argent?
    facile
    a effectifs constants la fonction publique voit ses salaires augmenter via l’ancienneté , les promotions etc.. de 2% chaque année. mécaniquement.
    Donc logiquement les prélèvements doivent augmenter de 2% chaque année , jusqu’au jour ou…le peuple va descendre dans la rue

    • Pas vraiment : à effectif constant puisqu’on remplace le retraité du dernier échelon par un bizuth au premier échelon, la masse salariale est invariable. En plus les agents publics les plus actifs, efficaces, consciencieux, compétents donc critiques de leur hiérarchie sont souvent privés de primes, mutés dans des placards, retardés dans leur avancement voire licenciés (oui c’est du vécu): en maltraitant les meilleurs on fait des économies ?

  • Les GJ, pour l’essentiel, sont de « bons français attachés au modèle social hexagonal et au rôle de l’Etat dans l’économie et la société, etc, etc… ».

    Ils en veulent plus encore, mais payé par les autres, ces fameux « riches », et surtout pas par des taxes sur leurs propres dépenses…

    La tentative de récupération libérale du mouvement n’est qu’illusion hélas… Laissons cela aux socialistes mélenchoniens et nationaux socialistes mariniens … Et continuons à rêver à notre chère utopie libérale, comme je le fais sans relâche depuis 35 ans, et qui intéresse fondamentalement moins de 1% des français.

    Mon dernier billet ici m’a valu-6. J’espère battre ce record !

    • Vous avez bien résumé la situation. Les GJ veulent plus d’aides, d’allocs, mais financées par les autres, surtout par les riches qu’ils n’aiment pas. Il ne faut pas se leurrer, les GJ veulent encore plus d’Etat et je ne comprends vraiment pas comment ici sur ce site, on veut récupérer ce mouvement et lui donner un caractère libéral qu’il n’a pas tant les GJ sont anti libéraux. Pour eux, Macron est déjà un ultra libéral, alors Contrepoints, je ne sais quel terme employé

      • Pas d’accord. Les GJ veulent moins de taxes, plus de « reste à vivre », un petit superflu de temps à autre, et ça s’arrête là. Quand vous parlez de plus d’aides, d’allocs, de services payés par les autres, vous faites le jeu du pouvoir qui jusqu’ici avait toujours réussi à empêcher la révolte par ces moyens. Bien sûr, le GJ interviewé ne va pas cracher sur des propositions supplémentaires dans ce sens, il va les reprendre à son compte. Mais le sympathisant de base se moque pas mal de la manière dont « on » trouve le moyen d’améliorer sa vie, il veut juste qu’elle s’améliore, et si on lui en donne l’occasion, il reconnaîtra sans trop de peine que peu importe la méthode, pourvu que le résultat y soit et que ceux qui n’ont pas su obtenir ce résultat jusqu’ici soient virés.

        • Moi, je suis d’accord avec vous. Autant on ne peut pas dire que la révolte des Gilets jaunes est d’essence purement libérale, autant leurs revendications ne sont pas foncièrement étatistes.
          N’oublions pas que deux des mots d’ordre sont :
          – moins de taxes !
          – où va le pognon ?
          Ce qui est globalement réclamé s’appelle justice fiscale et utilisation plus rationnelle, plus efficace, des deniers publics. On ne peut pas leur donner tort quand on comprend qui la taxe carbone frappe réellement… et à qui ou quoi elle sert ! Ni quand on voit la gabegie des dépenses publiques, dont certaines sont purement symboliques (aux 2 sens du terme) mais d’autres reellement synonymes de gaspillage.
          Ne faisons pas un procès en connerie aux GJ en les estimant incapables de comprendre que moins de taxes c’est à la fois mieux d’Etat et moins d’Etat…

        • çà dépend , ce matin sur LCI on a présenté un gilet jaune qui voulait gagner plus..il travaille a la SNCF , (qui vient de nous refiler 45 milliards de dettes pour une société zombie..) et ce mec veut gagner plus? et on l’invite sur un plateau de television?

          • C’est la SNCF qui fournit le gilet jaune aux cheminots, en plus des billets gratuits ?

          • Mais il y a pire, un fonctionnaire , en région centre , meneur GJ s’est vanté d’etre , depuis 10 ans en disponibilité sans emploi pour cause de mésentente avec sa hierarchie, avec un salaire de seulement 2600 euros a rien foutre; Elle est pas belle la vie en socialie francaise ?

      • « je ne comprends vraiment pas comment ici sur ce site, on veut récupérer ce mouvement »

        Les ennemis de mes ennemis sont mes amis. Ici on n’aime pas Macron, comme les GJ, alors on les soutient, par réflexe, sans passer par la case du cortex cérébral.

  • je ne suis pas concerné par les niches fiscales , je demande que l’on met a plat les recettes d’impôts sur le revenu , les niches fiscales sur le revenu c’est pas rien 104 milliards d’euros ; ensuite les dépenses public de fonctionnement. Ou va l’argent et a qui ? tout simplement ..ce n’est pas compliqué à mettre en place …Apparament c’est louche , veulent-ils nous cacher des choses ???
    Ensuite je demande la suppression des subventions de la presse et la niche fiscale des journaliste ..La suppression des commissions comme on dit theodules et je ne sais quoi , qui coutent un bras …Revoir les associations financer par L’ÉTAT, les coûts de fonctionnements , les salaires , pour verifier les abus et il y en a je peux vous l’assurer la MISERE est un bizness, et ne vont pas pour sa fonction principale !!
    Suppression de Conseil economique et social detourner de sa fonction pour donner un salaire pour des battus d’élections, syndicats ..Suppression des subventions des syndicats qui por vous défendre vous imposent des cotisations dont des entreprises délègue du personnel pour ne pas
    etre emmerder..c’est de la corruption légale ..
    suppression au bout de 5 ans les frais d’anciens 1er ministres 100 000 euros de frais pendant 20 ans çà chiffre…revoir le systeme des anciens presidents voir giscard depuis 40 ans a une moyenne de 2millions d’euros par an 80 millios d’euros .. Le Président reformera t-il ? j’ai un doute ?

  • Tiens je viens de me rendre compte que l’anagramme de TAXES est l’état américain le plus riche avec la Californie / le TEXAS: Bref, une antinomie en quelque sorte !

    • Sauf que la Californie est une anomalie dans le logiciel libéral. Cet état est vérolé de TAXES et de réglementations opaques et tatillonnes, au contraire du TEXAS.

      Je me suis toujours demandé comment cela pouvait être possible. La seule explication que j’aie trouvée est la remarquable qualité de vie qu’offre cet état. Elle a attiré de nombreux talent et fait avaler beaucoup de couleuvres, comme une certaine république populaire et sociale ouest européenne. Le Texas et le Nevada n’offrent pas ce luxe et donc jouent le jeu libéral.

      • Les usa autant d’états autant de vies différentes .
        peut on comparer un californien a un habitant de l’Illinois? des mormons de l’utah , ou des wasp du Massachusetts, ou des chicanos de miami?..
        ben non évidement

  • @ claude henry , ce n’est pas le cheminot qui a mis la SNCF 45 milliards d’euros de dettes ,
    ce sont nos politiques avec leur grandeur , ex:
    une gare TGV à 10 kms de la ville !!! Le fameux PEPY le patron de la SNCF qui Après la reforme avec son SLOGAN , une autre SNCF !!! Pas la peine dire qu’elle GRANDE ECOLE il sort !!! Ce n’est pas le cheminot qui est responsable de l’entretien du réseau, quand il n’y a pas de moyens pour le faire !!!
    Qui a eu l’idée lumineuse de mettre dans la SNCF , de créer une société de BUS , qui dés
    le départ serait déficitaire si j’ai bonne mémoire Macron !!! qui a un déficit de 16o millions d’euros ?? Il me semblait qu’il est interdit de travailler a perte !!! Il se glorifiait de sa Compagnie de Bus … les Gens ont la mémoire courte !!! il vient de quelle GRANDE ECOLE , vous connaissez la suite !!

  • Les commentaires sont fermés.

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