Covid-19 : Saison 2, épisode 1 ?

Emergenza Coronavirus By: Dipartimento Protezione Civile - CC BY 2.0

Si nous devions subir une Saison 2 sanitaire, l’État ne pourra pas rejouer une deuxième fois le scénario sécuritaire.

Par Jean-Paul Laplace.

La troisième étape du déconfinement vient d’être annoncée le 14 juin par le chef de l’État au grand soulagement des Français. Dès le 22 juin, les écoles accueilleront à nouveau tous les enfants, les bars et restaurants vont offrir plus largement leurs tables à la convivialité, les frontières sont ré-ouvertes, même si cela peut être conditionnel… Bref, juin est bien avancé et chacun pense aux vacances.

Pourtant il reste encore dans les hôpitaux quelques milliers de malades hospitalisés (dont environ 800 encore en réanimation) en ce 16 juin ; mais tous les chiffres tendent (très) doucement vers l’extinction de l’épidémie dans notre pays. La vague est passée ; fin de Saison 1 ?

Ce soudain optimisme devrait pourtant être tempéré ; par notre propre situation économique, sociale et morale d’une part, par les mésaventures de quelques autres grands pays d’autre part, voire par nos propres infortunes.

Covid-19 : le virus avance masqué

Ainsi, dans le cadre d’un récent repas réunissant 52 personnes à Toulouse, plusieurs familles ont été en contact avec une personne infectée de retour d’Allemagne ; et le 15 juin l’ARS Occitanie annonçait 22 cas positifs, pour la plupart asymptomatiques. Il suffit donc d’un voyageur en liberté pour générer un foyer dans une région relativement épargnée, et les porteurs de virus, avérés mais asymptomatiques, avancent masqués !

À l’autre bout du monde, la Nouvelle-Zélande, sans aucune nouvelle infection depuis 25 jours, et où toutes les restrictions avaient été levées, détecte deux nouveaux cas de personnes malades arrivées du Royaume-Uni. La détection précoce (à la frontière) permet l’isolement mais, là encore, le filtre n’est pas absolu et un ressortissant autorisé à rentrer en Nouvelle-Zélande peut fort bien être asymptomatique ou ne déclarer la maladie qu’avec retard.

Plus inquiétant parce que la Chine a été le foyer originel de la pandémie, et parce que tout est à une autre échelle, Pékin a fait état en ce 16 juin de 27 nouvelles contaminations lors des dernières 24 heures, portant à 106 le total des cas enregistrés depuis cinq jours. La situation est jugée extrêmement grave par les autorités d’une mégapole de 21 millions d’habitants (soit deux fois la population de l’aire urbaine de la région parisienne).

Aussi des mesures très sévères visent à éviter que cette résurgence ne suscite la ré-édition d’une vague épidémique de grande ampleur. La fermeture des marchés pointe un lieu commun de la contamination par proximité et mélange de population, mais on souligne aussi que le dépistage massif conduit naturellement à une augmentation du nombre de cas en sortant de l’ombre une fois encore les sujets asymptomatiques.

En somme nous entrons clairement dans la Saison 2. Le virus est toujours présent ; il utilise les sujets asymptomatiques, profite de tout relâchement de la distanciation physique, et dispose encore d’une vaste population naïve ; il peut donc réapparaître là où on ne l’attend pas et nous préparer dans l’ombre une seconde vague. À nous de déjouer cette mésaventure en faisant preuve de plus de vigilance, de préparation et de réactivité que n’en a montré notre pays en février 2020.

L’État, responsable et gestionnaire d’une crise économique profonde et durable

En réduisant au silence ses lanceurs d’alerte, la Chine elle-même a hésité lors des prémices de la première vague, au tournant de 2019-2020, avant d’étonner le monde par la construction rapide ex nihilo d’hôpitaux dédiés.

Nos responsables de santé publique ont eux aussi pris un peu à la légère les signaux d’alerte venus de Chine et d’Italie, et ignoré les recommandations jugées d’élémentaire bon sens dans d’autres cultures.

Mais notre pays est coutumier de cette navrante arrogance de ceux qui sont convaincus d’être les meilleurs du monde. Il faudra la diffusion à partir du rassemblement évangélique de 2000 personnes à Mulhouse, et l’apparition de cas à l’Assemblée nationale pour que l’on prenne finalement conscience du risque de submersion de notre système hospitalier par la vague épidémique qui se développait. Seule restait la solution d’urgence avec la mise en œuvre d’un confinement généralisé.

L’Italie se confine sur l’ensemble de son territoire le 9 mars ; après l’intervention du chef de l’État le 12 mars, la France se confinera à son tour… après les élections, soit le 17 mars. La publication des lois du 23 mars puis du 11 mai 2020 imposent à la France jusqu’au 10 juillet un État d’urgence sanitaire caractérisé notamment par un arrêt massif d’activités et une limitation sévère des déplacements. C’est la vie économique qui sombre.

Dès le 9 mars, les bourses européennes chutent. À Paris, le CAC 40 perd 8,39 %, une chute record depuis 2008. Le produit intérieur brut (PIB) s’effondre : selon les prévisions de la Banque mondiale en date du 8 juin, il devrait se contracter de 5,2 % à l’échelle mondiale pour l’année 2020, mais de 9,1 % dans la zone euro.

C’est à une récession importante que nous devons désormais faire face. Le chômage s’envole ; les perspectives de faillite et de fermeture d’établissements de tous ordres se multiplient. L’État fait face pour sauver ce qui peut l’être, et notamment le capital humain, en finançant le chômage partiel. Les plans de sauvetage nationaux et européens se succèdent dans une surenchère des milliards alloués à des secteurs économiques entiers ou à de grandes entreprises en perdition.

Bien sûr on a fait passer la vie des personnes avant la sauvegarde des biens matériels. Noble choix, un peu contraint cependant puisque ce confinement meurtrier pour l’économie était la seule solution qu’il nous restait, faute d’avoir pu anticiper en testant massivement, et en isolant les porteurs pour juguler les premiers foyers.

La dette de la France s’envole vers des sommets que nul n’aurait imaginé voici peu, du temps d’une orthodoxie budgétaire apparemment révolue. Allez comprendre ! Pour le peuple, étranger aux mécanismes financiers, ou pour l’hôpital auquel furent tant refusés de moyens depuis trop longtemps, quelle dérision que ces promesses d’un argent virtuel soudainement disponible.

Les médias relaient avec délectation les doléances de commerçants qui étalent des pertes si considérables que l’on aimerait bien en vérifier la cohérence avec leurs déclarations fiscales ; il est vrai qu’ils confondent parfois dans le discours le montant hypothétique de recettes non réalisées et le chiffre d’affaires plus imposant !

Les grandes entreprises elles-mêmes, ces fleurons du pays que la mémoire collective persiste à associer à l’État français plutôt qu’à un statut de droit privé, SNCF, Air France, Renault, sont en grande difficulté et nécessitent un soutien massif.

Entretenir les machines à l’arrêt coûte fort cher, surtout en l’absence de recettes, et il faut préserver le capital pour une reprise espérée ; mais plus encore, il faut préserver le capital humain dont les compétences font collectivement vivre les entreprises.

Et puis plus directement, qu’il s’agisse de grandes ou de petites entreprises, il faut entretenir l’espoir pour tous, femmes et hommes, dépouillés d’une part de leur liberté, de leur responsabilité, de leur autonomie décisionnelle, et de la fierté de ce qu’ils font et de ce qu’ils sont.

Le volontarisme des Français au secours de l’État de droit

Certains, se croyant plus malins, n’ont pas joué le jeu et nous nous sommes laissés collectivement déborder ; l’État a alors du imposer et, cédant à l’attrait du paraître, a dramatisé et invoqué (un peu tard sans doute) les Dieux de la guerre, plongeant le pays dans une récession historique. La Saison 1 a donc été marquée par la nécessité d’ajouter une vague autoritaire de discipline imposée par la loi, à la vague sanitaire gérée dans la souffrance par les personnels de santé.

Aujourd’hui notre pays est très affaibli, plus que d’autres pays européens ; la population reste moralement affectée, et rêve de vacances insouciantes ; mais elle reste inquiète pour son avenir, et en quête de repères fiables alors que la confiance s’est effritée. Même les scientifiques, dernier refuge d’une confiance déniée à la classe politique, ont pâti des controverses malsaines autour des médicaments et des atteintes à l’intégrité des grandes revues scientifiques.

Dans cet état d’incertitude et d’abandon qui signe une certaine déroute morale, avons-nous la volonté de réagir pour reconstruire notre environnement social dans des conditions satisfaisantes pour tous ? Sommes-nous capables de faire preuve d’une authentique résilience ? Avons-nous maintenant suffisamment appris pour que nous soyons aptes, face à une éventuelle (possible n’est pas probable) Saison 2, à faire face individuellement en pleine responsabilité ?

La récurrence du problème sanitaire ne devrait pas être un réel problème si les tests et l’isolement des cas identifiés sont massivement pratiqués comme ils le devraient. Nous savons désormais, à l’expérience des mois écoulés, que l’usage de l’eau, du savon, des masques et de la distanciation physique, ces quelques mesures barrière simples pratiquées par chacun, peuvent suffire à limiter un retour de l’épidémie.

Il y faut de l’attention, de la constance, du respect ordinaire de l’autre, et une certaine éducation à l’hygiène ; pas nécessairement des mesures ostentatoires et redondantes telles qu’elles se multiplient aujourd’hui pour laver « plus blanc que blanc ».

Dès lors l’application d’un État d’urgence renouvelé, avec son cortège de mesures restrictives ressenties comme des privations arbitraires de liberté, ne devrait plus être nécessaire pour des raisons sanitaires.

Mais une chose est certaine ; il n’est pas envisageable d’ajouter à la situation actuelle un nouveau confinement généralisé impliquant l’arrêt des activités économiques. La crise économique et sociale que nous subissons d’ores et déjà, et dont nous ne mesurons pas encore toute l’ampleur, est un fait qui demeure et dont l’effacement demandera plus de temps qu’il n’en a été nécessaire pour la provoquer.

En somme, si nous devions subir une Saison 2 sanitaire, l’État ne pourra pas jouer deux fois le scénario des mesures autoritaires. Nous serons donc devant nos responsabilités, sanitaires, mais aussi sociales pour protéger la stabilité de notre société et l’avenir de l’État de droit qui a jusqu’ici prévalu. De multiples adaptations réglementaires ont été élaborées et des montagnes de dettes ont été  consenties pour préserver le potentiel du pays.

Les moyens d’un possible nous ont été donnés ; à nous de les utiliser en faisant preuve de solidarité et de flexibilité pour redéployer le travail et améliorer la productivité, loin des archaïsmes  dogmatiques, afin de créer des conditions de vie satisfaisantes pour tous et garantes d’une paix sociale précieuse.

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