Allocution de Macron : toujours le règne du « en même temps »

Emmanuel Macron ne prévoit pas de dévier de sa trajectoire économiquement socialiste pour surmonter la récession.

Par Frédéric Mas.

Lors de son allocution télévisée de dimanche soir, Emmanuel Macron a annoncé la poursuite du déconfinement et les projets qu’il comptait aborder après la crise sanitaire du coronavirus. Le discours du chef de l’État s’est donc ouvert sur une bonne nouvelle, le passage de toute la France métropolitaine en zone verte ce qui va permettre de lever certaines restrictions devenues inutiles, en particulier à Paris et en Ile-de-France. Les cafés et les restaurants ont donc rouvert ce matin.

Il a également mis un peu d’ordre dans ses rangs en rappelant qu’il serait intraitable face au racisme, à l’antisémitisme et à la discrimination, sans pour autant céder aux injonctions de l’extrême gauche visant à abattre les statues et réviser notre Histoire commune.

En même temps

La suite des déclarations du chef de l’État s’est faite sur l’air désormais connu du « en même temps » : il faut à la fois continuer de s’appuyer sur le modèle social français et sa passion pour la dépense publique, et réformer l’État pour le décentraliser afin de le rendre plus adapté aux enjeux futurs.

D’un côté, Emmanuel Macron s’est félicité de sa gestion de crise, de l’autre, il estime qu’elle a tellement bien fonctionné qu’il faut désormais engager le pays vers plus de responsabilités aux pouvoirs et libertés locaux.

D’un côté, il annonce que tout doit être fait en faveur de la souveraineté économique du pays, de l’autre, il annonce qu’il se fera l’avocat d’une « Europe indépendante, plus forte, plus solidaire et plus souveraine« , c’est-à-dire qu’il endossera le costume du fédéralisme européen auprès de l’Allemagne.

Emmanuel Macron a promis qu’il n’y aurait aucune hausse d’impôts, mais qu’il y aurait des investissements massifs dans l’économie sociale, solidaire et écologique. On imagine que l’endettement public fera l’affaire, et que nos édiles aujourd’hui ont abandonné toute idée de les tenir en laisse.

En d’autres termes, Emmanuel Macron ne prévoit pas de dévier de sa trajectoire économiquement socialiste pour surmonter la récession. S’il esquisse une critique de l’État et de son hypercentralisation, il n’est pas prêt de reconnaître qu’au plus fort d’une crise que l’économie administrative a aggravée, c’est la société civile, ses citoyens bénévoles, ses entreprises et ses relais locaux qui ont servi de filet de sécurité à une classe politique totalement dépassée.

Cette vision indulgente de la crise passée et un peu trop optimiste de celle qui vient suffira-t-elle à rassurer les Français et enrayer la crise de confiance qui mine le gouvernement ?

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