Un 1er mai Gilets jaunes-drapeaux rouges, sur fond de Venezuela

Manif fonctionnaires Paris contre les ordonnances Macron By: Jeanne Menjoulet - CC BY 2.0

Quel éclairage porte la répression par le régime chaviste de Maduro au Venezuela, sur le rêve de convergence des luttes Gilets Jaunes – syndicats en France ?

Par Charles Boyer.

À en croire ce que l’on peut trouver sur les réseaux sociaux, et qui est bien entendu toujours à prendre avec des pincettes, d’aucuns rêvent en ce 1er mai à une « convergence des luttes » consistant à insérer dans les traditionnelles manifestations de ce jour celles devenues habituelles (les samedis principalement) menées par le mouvement des Gilets jaunes depuis le 17 novembre 2018.

Initialement, celui-ci est apparu dans la continuité d’une révolte fiscale contre une surtaxation du diesel dont l’impact sur la vie quotidienne en milieu rural avait été sous-estimé par le gouvernement et qui a frappé une partie de la population déjà bien échaudée par la baisse de la limitation de vitesse sur les routes à 80 km/h. À présent, la nature des revendications des Gilets jaunes semble avoir fort changé depuis les premières manifestations.

Un mouvement rebelle qui s’est socialisé

Désormais, l’idée que « l’argent est quelque part et qu’il n’y a qu’à le prendre là où il se trouve » semble avoir pris le dessus. Elle vise les riches qui, dans cette logique, le seraient grâce aux manipulations illégitimes de l’oligarchie et grâce aux « 80 milliards de fraude fiscale » qu’il faut éliminer pour la récupérer.

En d’autres termes, il s’agirait de prendre aux riches pour donner aux pauvres, ce qui correspond à une politique renforcée de redistribution dans un contexte où elle est déjà très soutenue. Un autre mot pour désigner cette approche est l’égalitarisme, consistant fondamentalement à considérer toute inégalité de résultat entre les personnes comme une injustice demandant à être corrigée par la puissance publique.

Au même moment, loin de chez nous, il est un pays où le régime en place vit précisément de cette promesse depuis des décennies : le Venezuela chaviste. Et par une frappante coïncidence du calendrier, alors que les Gilets jaunes, des syndicats et des Black Blocs s’apprêtent peut-être (ce qui n’est pas à souhaiter) à se livrer à des violences et des actes de vandalisme chez nous, une situation insurrectionnelle explose au Venezuela depuis hier.

La redistribution, ennemie du peuple

Les politiques mises en place depuis longtemps par ce régime sous prétexte de prendre aux riches pour donner aux pauvres ont abouti à plonger une quantité énorme de personnes dans la pauvreté voire la misère. Elles ont faim, ne trouvent plus de quoi se nourrir, et pour espérer survivre n’ont donc plus d’autre issue que de faire chuter le régime en place. Comme celui-ci ne compte pas se retirer de lui-même, une grande partie du peuple ne voit pas d’autre solution que la violence.

Très cruellement, le gouvernement semble y répondre par une barbarie sans nom qui nous rappelle atrocement les scènes de terrorisme que nous avons connues à Nice le 14 juillet 2016. C’est insoutenable.

Ainsi, ce 1er mai 2019 pourrait nous livrer un spectacle d’une ironie sans nom : d’un côté, un peuple qui souffre mille maux aux mains d’un régime bâti sur la promesse du socialisme égalitariste intensément redistributif et de l’autre, dans notre propre pays, une convergence des luttes prête à saisir toute occasion de faire dégénérer en émeutes ses manifestations qui visent précisément à tenter de mettre en place un tel régime…

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