Les Black Blocs ne font pas de jaloux !

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Aucun gouvernement ne fait mieux que le précédent pour la sécurité et le maintien de l’ordre républicain.

Par Philippe Bilger.

Paris a été livré à la chienlit le 1er mai.

1 200 Black Blocs cagoulés, masqués, armés, ont détourné un défilé syndical et laissé croire à des citoyens éberlués, indignés, que l’autorité s’était mise elle aussi au repos le jour de la fête du travail.

Violences, désordres, casse, frénésie de destruction, haine antipolice, ultragauche organisée et chauffée à blanc dès le lundi 30 avril, mêlant Français et étrangers, dans une même détestation de l’État, des symboles officiels du capitalisme et de la relative tranquillité républicaine.

Peut-être même suis-je naïf en prêtant à ces brutes des desseins idéologiques car derrière cette fureur collective, on retrouve plutôt l’expression d’un nihilisme dont le ressort est de manifester que cette société ne vaut rien et qu’elle justifie les pires attitudes.

Comme c’était prévisible, à la suite de cette prise de possession de la rue par des énergumènes s’abandonnant avec rage et volupté à des démolitions tant physiques que matérielles, des polémiques ont surgi et mis en cause l’action policière qui n’aurait pas été à la hauteur du cataclysme annoncé et concrétisé.

Je n’ai pas connu d’événements, certains encore assez récents, qui n’aient pas suscité, à chaque fois, des controverses du même type comme si, faute d’avoir pu admirer un État ferme et des forces de l’ordre efficaces, on se consolait en rappelant, mais trop tard, ce qui aurait pu et dû être mis en oeuvre.

Ce 1er mai non seulement n’a pas dérogé à cette règle mais a conduit spécialistes et profanes à se livrer à mille considérations souvent critiques sur l’incurie et la faiblesse de nos systèmes de protection au sens large. Toutefois, ce n’est pas faire preuve de mauvais esprit que de souligner pour le moins une médiocre adaptation de ceux-ci à l’ampleur de la menace et à son insolente et scandaleuse extériorisation.

Je n’irais pas, pour l’inspiration, jusqu’à incriminer des responsables politiques mais il est patent que légitimer dans les discours les violences symboliques – sans aller jusqu’à Philippe Poutou qui approuve les vraies – tend à faciliter une confusion suspecte et regrettable avec celles terriblement réelles.

Ce fiasco du 1er mai, aussi explicable et relatif qu’il soit, exigerait d’abord de la part du pouvoir une contrition, des regrets.

Autant, sur ce plan, malgré le volontarisme affiché, le constat triste et l’aveu navré de l’impuissance m’ont semblé justifiés de la part de Gérard Collomb, autant je n’ai pas apprécié le ton cocardier et presque désinvolte du Premier ministre se contentant d’une pauvre argumentation sur le fait qu’il y avait toujours eu des polémiques, sans l’ombre d’une prise de conscience sur l’intolérable de la veille puisque, selon lui, il n’y a eu « aucune défaillance de l’État ».

Le président de la République, d’Australie, nous a remis seulement en mémoire qu’il y avait un pouvoir et un gouvernement et que c’était à eux d’agir en ajoutant à l’adresse des Insoumis qu’ils étaient des « pyromanes indignés ».

Ne nous voilà guère avancés sur le point capital de savoir si le 1er mai on aurait pu bloquer en amont les Black Blocs et éviter qu’un temps ils soient les maîtres absolus d’un espace d’où des luttes pacifiques avaient été exclues.

Je ne suis pas un adepte du « il n’y a qu’à », apanage des lucides d’après la catastrophe.

Je ne méconnais pas que le changement de stratégie de la police – des structures lourdes ayant été substituées aux unités légères se fondant dans la masse – a entraîné des retards dans les interventions de sauvegarde, par exemple pour la casse du McDonald’s.

Je mesure l’inquiétude du préfet de police à l’idée que des dommages collatéraux, notamment humains, aient pu être causés par une trop grande vigueur policière mais a-t-on le droit de s’interroger ? A force d’avoir voulu prévenir et éviter ceux-ci, n’a-t-on pas négligé de s’en prendre aux dommages centraux, aux saccages et aux atteintes essentiels, n’a-t-on pas pris le risque de privilégier une retenue, voire une abstention préjudiciables au détriment d’opérations et d’actions certes risquées mais que la mesure aurait pu gouverner ?

J’entends bien que ce groupe violent et déterminé à aller jusqu’à l’insupportable – tant sa haine ne se serait pas satisfait de broutilles – n’a pas circulé d’emblée dans l’accoutrement inimitable qui était le sien. Ni vu ni connu avant, tout dans des sacs à dos, puis sur place, en formation de guerre sans équivoque. Ne pas être reconnus et frapper et casser sans entrave. Protégés par la modération obligatoire de leurs adversaires, de nos défenseurs (Le Parisien).

Je doute qu’on ait explicitement enjoint aux CRS de « laisser casser s’ils cassaient » comme le prétend le Secrétaire général du syndicat de police VIGI dans une interview accordée à Boulevard Voltaire, mais il y a eu vraisemblablement la diffusion d’une philosophie générale mettant en garde contre les réactions inopportunes et précipitées aussi légitimes qu’elles auraient été.

Il n’est pas faux en revanche de suggérer qu’une piste sérieuse pour l’avenir devrait être de multiplier, en amont, les fouilles et les contrôles d’identité pour éliminer du champ ultérieur tous les fauteurs de trouble, de désordre et d’agressions.

Le préfet de police, pour sa part, a regretté, avec un zeste de nostalgie attristée, certaines dispositions de l’état d’urgence.

Je suis persuadé – je persiste sur ce plan : voir mon billet du 2 janvier 2018, « On lynche la police ou on la soutient ? » – qu’il conviendrait, pour mieux réprimer les Black Blocs, les phénomènes de plus en plus fréquents de violences collectives et, par ailleurs, les transgressions délictuelles et criminelles, de restaurer les peines plancher et de rétablir une loi anticasseurs en l’adaptant aux situations d’aujourd’hui où des identités insaisissables, en groupe, se livrent, certaines de leur impunité, à des comportements condamnables.

Enfin on se félicite à juste titre que notre police soit républicaine et en même temps, mise en cause souvent par des voyous et des médias complaisants, elle est à tout coup présumée coupable. Elle n’est pas armée et, bien sûr, c’est son honneur, quand on lui frappe violemment une joue, de n’avoir certes pas à tendre l’autre mais au moins de s’efforcer à une riposte maîtrisée. Pour ma part je ne parviendrai jamais à me résoudre à ce que ceux qui luttent pour nous et en notre nom soient si dépourvus des armes législatives nécessaires.

Les Black Blocs, en effet, ne font pas de jaloux. Aucun pouvoir n’est irréprochable. Aucun gouvernement ne fait mieux que le précédent pour la sécurité et le maintien de l’ordre républicain. Emmanuel Macron, dans ce registre, ne fait pas de miracles.

Une touche de modestie siérait pour cette évidence.


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