Le socialisme aujourd’hui (1) : la chute du Venezuela

El pueblo venzolano acompano los restos de su presidente Chavez by Cancilleria del Ecuador(CC BY-SA 2.0) — Cancilleria del Ecuador(,

Quelles sont les leçons à tirer de la débâcle vénézuélienne ?

Par Daniel J. Mitchell.

Avec le succès surprenant du sénateur Bernie Sanders lors de la dernière course à la présidentielle américaine et le statut de célébrité plus récent de la représentante au Congrès Alexandria Ocasio-Cortez, certains se demandent si les États-Unis ne sont pas sur le point d’entrer dans une « ère socialiste ». J’ai déjà critiqué certaines des propositions portées par ce mouvement, telles que les taux d’imposition confiscatoires et le soi-disant New Deal « vert ». Il va sans dire que je ne suis pas un partisan.

Pour en savoir davantage sur les implications du socialisme dans le monde moderne et distinguer les diverses formes qu’il revêt aujourd’hui, je vous propose un petit tour du monde dans une série de cinq billets. Nous allons commencer par le Venezuela.

L’échec du socialisme bolivarien financé par l’argent du pétrole

Le Venezuela fait l’objet d’un article très intéressant dans le Washington Post. En voici quelques extraits :

Le socialisme a-t-il tué le Venezuela ? Doté des plus grandes réserves pétrolières du monde, ce pays d’Amérique du Sud était autrefois le plus riche par habitant de la région. Vingt ans après le lancement de la révolution bolivarienne de feu Hugo Chávez, il fait maintenant partie des plus pauvres. (…)

À Washington (…) les républicains se servent du Venezuela pour marquer des points contre les démocrates qui ont récemment repris le terme. (…) Mais les observateurs disent que le rôle du socialisme dans l’effondrement du Venezuela n’est pas aussi clair que l’une ou l’autre des parties aime le penser. Les politiques socialistes soutenues par des pétrodollars d’État ont contribué à renforcer le statut du pays comme l’une des sociétés les plus égalitaires de l’hémisphère occidental, du moins de façon fugace. Mais des politiques étatiques lourdes qui ont faussé les prix et les taux de change, associées à de la corruption, une mauvaise gouvernance et la répression des autorités, ont transformé le paysage économique du Venezuela en terre brûlée. (…)

Pour autant ce n’est pas non plus le Cuba communiste ou la Corée du Nord, où les investissements étrangers et la propriété privée sont strictement limités. (…) Les riches Vénézuéliens possèdent toujours des sociétés privées et des manoirs à hauts murs dans des quartiers d’élite. Ils jouent au golf dans des country clubs et sont taxés à un taux relativement raisonnable de 34 %.

C’est une chronique très juste. Les principaux points sont exacts : le niveau de vie s’est effondré au Venezuela, l’argent du pétrole complique les analyses et l’économie n’est pas aussi étatique que celles de Cuba et de la Corée du Nord.

L’article rapporte ensuite les points de vue de plusieurs Vénézuéliens :

« Tous les maux ont été semés sous Chávez », déclare Henkel Garcia, directeur d’Econometrica, une société d’analyse financière basée à Caracas. « L’économie a survécu aussi longtemps qu’elle a pu en raison des prix élevés du pétrole. » (…)

Selon les sondages, environ un tiers du pays semble toujours en faveur du socialisme aujourd’hui – bien que seulement la moitié d’entre eux reste fidèle à Maduro. (…) L’hyperinflation provoquant de graves pénuries de nourriture et de médicaments, de plus en plus d’anciens chavistes, ou adeptes des idéaux de Chávez, expriment des mea culpa et se retournent progressivement contre Maduro. « Avant de mourir, je veux que le socialisme disparaisse du Venezuela », déclare Yessid Merlano, un serveur âgé de 50 ans. (…) Les pénuries de nourriture et de médicaments ont commencé à se manifester il y a des années, mais elles sont maintenant si chroniques que, comme lui, des millions de Vénézuéliens ont maigri et sont allé chercher du travail à l’étranger. Avant de revenir à Caracas l’année dernière, il a travaillé pendant 10 mois comme ouvrier dans la Colombie voisine, « où je n’ai vu que des Vénézuéliens mendier dans la rue », déclare-t-il. « Je me sens coupable d’avoir été chaviste », dit-il. « Tout est de ma faute, toutes ces souffrances. »

Je me réjouis que beaucoup de Vénézuéliens réalisent maintenant que le socialisme est une erreur. Même si je me demande s’ils soutiendront les réformes nécessaires une fois que le régime actuel aura été destitué (et étant donné les intentions perverses des politiciens, je suis encore plus inquiet de savoir si un nouveau gouvernement mettra en œuvre ces réformes).

Le déclin économique du Venezuela

L’article se termine par des informations accablantes sur les dégradations économiques du pays.

Les soins de santé publics, qui étaient autrefois une fierté des socialistes, sont devenus catastrophiques sous l’effet de l’hyperinflation et de la diminution des ressources, laissant les hôpitaux avec des pénuries de seringues et d’antibiotiques, ainsi que des équipements défectueux, trop coûteux à réparer. (…)

Chávez a évincé les managers, ingénieurs et techniciens qualifiés du géant pétrolier d’État PDVSA, pour les remplacer par des fidèles du régime. Cela a provoqué un désastreux fiasco tandis que les prix mondiaux ont chuté de leurs plus hauts records. La production de pétrole vénézuélienne est désormais à son plus bas niveau depuis les années 50.

Les industries nationalisées par Chávez, qui a exproprié 1 500 entreprises, se sont effondrées, les prix réglementés ayant faussé les marchés. En deux décennies, le régime a saisi près de 5 millions d’acres de terres agricoles productives qui ont été en grande partie abandonnées. En 1999, le Venezuela comptait 490 000 entreprises privées. Selon le dernier décompte, ce chiffre est tombé à 280 000 en juin dernier.

Rien de tout cela n’est surprenant. Le Venezuela est un cas d’espèce.

Mais ce n’est pas notre sujet du jour. Nous nous demandons plutôt s’il y a des leçons à tirer de la débâcle vénézuélienne. Ou, pour être plus précis, je pense que la question clé est de savoir si les défenseurs du socialisme démocratique en Amérique ou en Europe ont appris quelque chose des piètres performances du Venezuela.

Beaucoup de gauchistes, dont le sénateur Sanders aux États-Unis (et Mélenchon en France, NDT), ont loué les abominables politiques de Chavez et Maduro.

Maintenant qu’il faut payer les pots cassés et que l’économie du Venezuela est en chute libre, l’un d’entre eux s’est-il excusé ? L’un d’entre eux a-t-il essayé de comprendre ce qui s’est passé ? Ou même exprimé des doutes sur la prétendue sagesse du socialisme ?

À suivre : le deuxième article de notre série, consacré au social-libéralisme scandinave


Sur le web. Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.