Grand débat : un suicide économique par ignorance

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Une spirale infernale due à notre ignorance de la réalité économique du pays.

Par Gérard Dréan.

Ignorer la réalité peut nous tuer.

Dans le Grand débat ou en dehors, chacun y va de son problème ou de sa solution et exige une action immédiate du gouvernement. Les Français croient toujours que le souverain est tout-puissant, qu’il s’appelle roi, président ou empereur, et qu’il lui suffit de lever le petit doigt pour que tous les problèmes soient résolus, comme au bon vieux temps où Saint Louis guérissait, paraît-il, les écrouelles.

S’ils ont des problèmes, c’est la faute du souverain qui néglige ou refuse d’agir, alors qu’il lui suffirait de le faire. La seule raison imaginable est bien sûr qu’il n’écoute pas ou au pire que c’est un sadique voulant nuire à son peuple. De toute façon, c’est un gros méchant, il faut lui couper la tête et mettre quelqu’un d’autre à sa place : Macron, démission !

En démocratie, le roi est nommé président. C’est un homme comme les autres. Ses pouvoirs sont ceux que nous lui confions en votant la Constitution, et ils sont encadrés par des lois pour l’empêcher d’en abuser. C’est le Parlement, pas lui, qui fait les lois, et il est tenu de les appliquer. Si, en satisfaisant une demande à chaud, il viole une loi que le Parlement a votée, cela s’appelle une forfaiture et doit l’envoyer devant un tribunal.

Et quand il agit, ses actions ont des conséquences qui ne sont pas toujours celles qu’on attendait ou espérait, et qui peuvent aller très exactement à l’encontre des intentions qui avaient présidé à l’action.

Nous avons besoin d’un remède et nous réclamons un poison.

Comment fonctionne la société

Pour ne pas en mourir, il faut connaître quelles seront les conséquences de nos actes et de ceux du gouvernement, autrement dit savoir comment fonctionne la société.

Première vérité fondamentale : chacun recherche d’abord son propre bien-être et celui de ses proches, même si nous différons sur la définition que nous avons de ces derniers. Et pour cela, nous avons besoin des autres. C’est pour cela que nous vivons en société.

Deuxième vérité fondamentale : tout ce que nous consommons, quelqu’un doit l’avoir produit. Et pour produire quoi que ce soit, il faut assembler des hommes,  quels que soient leur sexe ou leur genre, et les munir d’outils ; un assemblage nommé entreprise.

Il faut bien que quelqu’un crée et fasse fonctionner chacun de ses assemblages. Ce quelqu’un est l’entrepreneur. Sans lui, pas d’entreprise. Et sans entreprises, pas de biens, pas de services, et pas de revenus pour nous permettre de les consommer.

C’est aux entrepreneurs, et à ceux qu’ils ont réuni dans leurs entreprises, que nous devons à la fois les biens et les services que nous consommons et les revenus monétaires qui nous le permettent. Les entrepreneurs sont bien les personnages clés de nos sociétés.

Troisième vérité fondamentale : produire prend du temps et consomme des ressources. L’entrepreneur doit dépenser de l’argent, pendant des mois et souvent des années, pour payer ses collaborateurs et les équiper des outils nécessaires, avant que les consommateurs auxquels sont destinés les produits de l’entreprise acceptent de les acheter et d’entretenir ainsi le flux de ressources nécessaire à la production. Et si à la fin les consommateurs n’achètent pas ses produits, il perd ce qu’il a avancé.

Les ressources nécessaires pour mettre en place l’entreprise, développer des produits et supporter éventuellement l’échec, sont formées par le capital. Si l’entrepreneur n’en dispose pas, il peut faire appel à ces horribles personnages qu’on appelle capitalistes ou financiers, dont la fonction est de permettre aux entreprises d’exister et d’en partager les risques avec l’entrepreneur.

Si nous voulons vivre dans une société prospère, nous devons donc choyer les entrepreneurs et ceux qui les soutiennent, sinon nous reviendrons au Moyen-Âge, puis à l’Âge de pierre. Heureusement, les vrais entrepreneurs ne demandent rien ; seulement qu’on ne les empêche pas d’exister en les faisant fuir ou en confisquant leurs ressources, et qu’on ne les paralyse pas à coups de taxes et de réglementations trop sévères.

Tout ça, c’est la réalité, indépendamment de toute théorie économique. Le nier ou le contester ne sert à rien : cela reste vrai même si nous ne le croyons pas. Hélas, l’école ne l’enseigne pas, car notre Éducation nationale se garde bien de le faire. Rien d’étonnant donc à ce que la majorité des citoyens reste dans l’ignorance de ces faits élémentaires, tout comme la quasi-totalité de nos politiques, dont beaucoup ne veulent pas le savoir de peur que voir réduire leur pouvoir.

La distribution des richesses

Beaucoup pensent qu’il est de leur rôle de veiller à une juste distribution des richesses, comme s’il en existait quelque part un gros tas qui attendraient d’être distribuées, alors que les vraies richesses sont créées chaque jour pour être consommées chaque jour. Ceux qui le comprennent préfèrent parler de  redistribution, ce qui implique une confiscation préalable grâce à l’impôt auquel, comme chacun sait, chaque citoyen consent démocratiquement.

Mais rien n’est plus facile que de trouver une majorité pour consentir aux impôts que payent les autres. Dans sa forme actuelle, ce soi-disant consentement n’a strictement aucune valeur. Le consentement à l’impôt n’est pas affaire de majorité, mais de consentement individuel : chacun doit explicitement consentir aux impôts qu’il paye.

Même s’ils ont été démocratiquement élus, nos gouvernants n’ont pas le droit d’utiliser n’importe quels moyens pour imposer à tous leur propre vision de la société, quelle qu’elle soit. Personne n’a ce droit, et même le suffrage universel ne le donne pas. Une démocratie se reconnaît au respect pour les minorités, y compris celles que forment les fameux riches et les soi-disant élites.

Dans un grand pays comme le nôtre, les citoyens ont des aspirations et des idéaux divers et multiples. Le propre d’une démocratie est de laisser chacun libre de vivre selon ses aspirations et ses idéaux, et le premier rôle du gouvernement est de lui permettre de le faire en toute tranquillité. Le tout premier intérêt général est que chacun puisse vaquer tranquillement à ses intérêts particuliers. Le seul indésirable est celui qui essaie d’imposer aux autres ses propres idéaux et son propre intérêt.

En route vers la catastrophe

Sous la pression, le gouvernement ne va pas pouvoir faire autre chose que prendre des mesures qui satisferont certaines revendications immédiates tout en allant à l’encontre d’autres revendications tout aussi immédiates, et qui aggraveront encore la situation. Devant les résultats, il se trouvera de bons esprits pour dire que c’est parce que ces mesures n’allaient pas assez loin, les mêmes qui disaient que si les 35 heures n’ont pas créé d’emplois, c’est parce qu’il aurait fallu passer à 32 heures, et que si malgré un taux de prélèvements de 56 % l’État a encore des problèmes, cela prouve qu’il faut passer à 60 % voire davantage.

Une spirale infernale due à notre ignorance de la réalité économique, dans laquelle nos Chavez locaux brûlent de nous engager et dont il faudrait au contraire s’extirper d’urgence. Mais comment ?

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