La fuite des cerveaux, pire que la fuite des capitaux ?

La fuite des cerveaux, chassés par la vague fiscale ?

La fuite des cerveaux n’est pas inexorable. Soyons audacieux, osons, c’est le propre même du chef d’entreprise et croyons en nos innovations

La fuite des cerveaux n’est pas inexorable. Soyons audacieux, osons, c’est le propre même du chef d’entreprise  et croyons en nos innovations

Par Nadine Guyot-Touzeau, coach et profiler.

La fuite des cerveaux, chassés par la vague fiscale ?

Je n’ai de cesse d’évoquer depuis quelques années la fuite des cerveaux de notre pays auprès de diverses personnes dont des dirigeants d’organismes d’entrepreneurs. J’ai eu des réponses courtoises montrant une compréhension éduquée jusqu’à ces derniers mois où j’ai lu une réelle inquiétude dans le regard de mes interlocuteurs.

Notre économie se contente depuis des années de ce qui est sorti des 30 glorieuses et vit sur ses acquis sans avoir songé à réellement pérenniser cette période riche et créative. Et comme cela a fonctionné un bon moment, la courbe décroissante de développement R&D n’a pas été considérée tant que les courbes en chute constante du chiffre d’affaires et des finances ont été réellement analysées. De fait, le warning « remise en question créative » n’a pas été vu, ni même anticipé, afin d’éviter ce que nous vivons depuis quelques années.

Pourtant, des économistes en ont parlé et depuis longtemps, de France et de Navarre ! Un livre même, qui a mon sens contient de belles idées, l’a clamé et détaillé : Les 30 glorieuses sont devant nous (Karine Berger et Valérie Rabault).

Toutefois, les cris, les regards, les peurs se sont d’abord portées sur les fuites des capitaux !

L’argent français court vers d’autres pays en occultant une valeur dont la fuite provoque des dégâts inquantifiables : nos cerveaux brillent bien et plus ailleurs que dans l’hexagone.

Depuis 30 ans, à force de se prendre pour des cadors, de critiquer Pierre, Angelina , Hans, Aïcha et Alexey, de passer son temps à entraver la nouveauté, d’attendre qu’un autre agisse à sa place, de pleurer sur son sort, espérer des aides et s’asseoir sur les acquis de papa et maman, on est passé totalement à côté de l’action, de la force, d’idée,  de l’envie, de l’ouverture d’esprit, de productivité, de brillance même.

Notre image est devenue ringarde, vieillotte, prétentieuse, petite, frileuse, ridicule, inintelligente,  peu crédible,  de mauvais entrepreneurs, etc. C’est tout de même vexant pour un chef d’entreprise, surtout celui qui a une dynamique et des résultats conséquents.

« La France n’a jamais su garder ses cerveaux qu’elle produit pourtant en masse » n’ont de cesse de me dire mes connaissances outre hexagone.

Le capital est constamment mis en avant à en détrôner les places proches des chefs d’entreprise passant de l’opérationnel Directeur Commercial au financier appelé DAF. Pourtant, comme le dit un proverbe : il faut travailler pour le plaisir et non travailler pour gagner de l’argent et l’argent tombera.

La gourmandise a tué une de nos plus belles richesses : notre culture créative et débrouillarde qui fait naître de nombreux génies. Notre courage nous fait nous battre et notre intelligence nous invite à nous adapter… ailleurs.

Tel Daft Punk, le déclencheur du réveil français face à la fuite des cerveaux. Slate.fr titrait ainsi : comment nos élites ont-elles pu laisser cette pépite d’or appelée Daft Punk échapper à la France ? Très bonne question…

Des français qui sont nés, ont fait leurs études, ont créé un réseau, avaient des projets sur le sol français, une famille : ils ont tout quitté. Combien se sont fait jeter en présentant leur projet et ont réussi ailleurs ? Combien de français sont cités à l’étranger par ce qu’en France lancer leur société, mettre en place leur idée, exercer leur métier a été refusé sous prétexte qu’ils étaient soi-disant décalés  ou en avance ou trop nouveau, ou je ne sais quelle excuse tel un leitmotiv.

Des gens se sont permis de juger sur ce qu’ils sont et leur environnement sans se rappeler une des bases essentielles de l’économie :  créer, développer et innover !

Tout le système encourage à cela : comparer une CCI en France et une équivalence au Canada ou en Suisse ! Rien à voir.

Comparer l’approche novatrice face à un banquier français, une institution représentant des entrepreneurs français, un acteur de l’économie française, même la presse française avec celle de n’importe quel autre pays du monde, est un vrai grand écart à s’en claquer les abducteurs!

Comparer la réaction des américains, chinois face à une innovation qu’ils vont porter, tenter de copier, faire travailler, acheter, alors que le français la rejettera ou la regardera de loin et attendra que quelqu’un fasse avant… ça peut durer… 30 ans !

J’ai en mémoire la bataille des chiropracteurs, des médecins français qui voyaient leurs confrères exercer librement leur métier au-delà de l’hexagone et qui en France, passaient de procès en procès, de difficultés administratives en difficultés administratives. Pour in fine entendre aujourd’hui facilement le mot de chiropracteur dans toutes les bouches françaises.  Leurs agendas le confirment !

En d’autres temps, c’est au bûcher que l’on allait directement, ou sur l’échafaud !

Soyons audacieux, osons, c’est le propre même du chef d’entreprise ! Croyons en nos innovations, les nouveaux métiers parfois nouveaux seulement sur l’hexagone !

Arrêtons d’imaginer que « Pierre qui roule n’amasse pas mousse », de pleurer sur le Concorde, de clamer notre TGV si c’est pour lire dans la presse étrangère que des cerveaux français sont des petits génies un peu partout sur la planète.

On ne quitte pas la France par choix, mais par dépit. Nous croyons en nous, en notre savoir, en nos expertises, en nos capacités, en notre potentiel de ce qu’on peut développer. Par ce qu’on a mesuré et que cela fonctionne et qu’on considère que la France peut très bien garder nos compétences, idées, innovations, etc…

Si je dis nous, c’est que je suis aussi concernée, que j’ai vu de nombreux français dans les consulats, beaucoup de trentenaires, diplômés, qui comme moi, (bien que n’étant plus trentenaire), veulent simplement exercer leur métier, librement.

Ces nouveaux métiers, ces nouvelles approches, ces nouvelles idées, ces créations françaises sont à vendre au plus offrant étrangers !

La valeur de ces cerveaux se mesurera davantage sur l’image de l’entreprise et du pays que sur le chiffre d’affaires.  Encore faut-il considérer que le cerveau est lui une valeur.

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