Vis ma vie de chômeur à Pôle Emploi (1)

Mes aventures à Pôle Emploi by philippe leroyer(CC BY-NC-ND 2.0)

Suivez toute la semaine les aventures d’Olivier à Pôle Emploi, et observez de l’intérieur ce système kafkaïen.

Par Olivier.

Mes aventures à Pôle Emploi by philippe leroyer(CC BY-NC-ND 2.0)
Mes aventures à Pôle Emploi by philippe leroyer(CC BY-NC-ND 2.0)

Je me suis inscrit à Pôle-Emploi en tant que demandeur le 4 avril 2014, après avoir quitté par écœurement mon emploi précédent : 18 ans de services informatiques, dont les 12 dernières années en « détachement syndical », c’est-à-dire un arrêt net de mon métier contractuel en faveur de la représentation collective d’entreprise et de branche.

Oui : à temps plein. Oui : dans le privé. Qu’il est bien fait, le Code du travail…

Une petite présentation

pole emploi rené le honzecD’abord 10 ans d’un sincère militantisme, une progression interne fulgurante (les syndicalistes productifs sont rares, je ne le savais pas encore, le seul que je côtoyais alors était un bosseur…), propulsé à temps plein pour l’Organisation dès la première année ; 10 ans d’épuisement sur tous les fronts à faire le travail des autres, qui préfèrent rester chez eux, et leur permettre d’exister du pur fruit de mon engagement personnel.

Puis 2 ans à enfin réaliser que je n’étais pas à ma place, à dépérir doucement, épuisé de tant d’activité avec si peu d’aide, à ne dormir dans mon lit que 3 soirs par semaine… quand on est sincère, on donne sans compter. Et lorsqu’on lève les yeux un jour sur un entourage qui sirote sa menthe à l’eau dans l’ombre de notre parasol, prêt à se battre pour sauver son confort, mais très peu pour la problématique sociale – hors période électorale bien sûr – alors que l’on n’a plus soi-même la moindre huile de coude, entourage qui vous regarde alors doucement craquer en miroitant une place à prendre… J’ai tout lâché.

C’était ça ou la longue maladie, ce qui n’est pas dans mon éthique. J’aurais pourtant conservé un revenu mensuel honorable, quand je pense à certains collègues en maladie diplomatique depuis tant d’années, maintenus à 100% dans leur revenu grâce à une mutuelle très prévoyante et peu regardante, en échange d’un retour d’un jour ou deux au boulot tous les 2 ou 3 ans…

Non. Je suis là pour parler de l’Outil Social de Service Public que l’on nomme Pôle-Emploi…

Mon inscription à Pôle-Emploi

C’est dans ce contexte que je me suis inscrit à Pôle-Emploi, en résumé :

  • Je cherche un job, surtout une formation de remise à niveau car,
  • Je ne fais plus d’informatique – mon métier – professionnellement depuis 12 ans.
  • J’aimerais très honnêtement passer de l’autre côté de la barrière paritaire, là où se trouvent les moyens d’améliorer les choses, même à budget constant ; ma culture me permet aisément de prétendre à un poste d’assistant RH en PME ou plus gros, manquent le diplôme et la dédiabolisation de mon passé aux yeux d’un éventuel employeur. Forcément.
  • J’aimerais en tout cas trouver un emploi dans lequel je pourrais mettre en œuvre mes compétences humaines

Premier entretien

Je suis très rapidement convoqué à un entretien d’accueil pendant lequel j’explique mon atypique réalité à un monsieur bien sympathique, qui m’écoute patiemment, me pose des questions sur ce que je cherche. Probablement une trame, néanmoins… j’aurais tout aussi bien pu cocher des checkboxes

Je lui parle de formation, de la nécessité pour moi d’obtenir une activité totalement disjointe de la précédente afin de montrer que je suis bien passé à autre chose…

Il me fait surtout comprendre qu’à mon âge (43 ans), les probabilités d’une formation en RH sont nulles, la priorité étant donnée aux jeunes. « Ceux qui sortent de l’école mais qui n’aiment pas leur job ». Ou ceux qui ont démontré pendant toute leur récente scolarité qu’ils n’étaient pas intéressés par les études… ? C’est la nouvelle voie de garage, les RH ? De mon temps c’était le droit… Dont acte.

Il me propose les métiers de l’agriculture, en besoin dans ma région, chiffres de l’INSEE à l’appui. Je lui explique que le moindre pollen entraîne chez moi des réactions allergiques qui me paraissent incompatibles avec les métiers de l’agriculture à moyen terme… Qu’à cela ne tienne, une séance de présentation doit avoir lieu dans les semaines qui viennent, il m’y inscrit unilatéralement, me remet une feuille de papier sur laquelle est bien stipulé que si je ne m’y présente pas, je serai radié.

Je voulais être, à terme, assistant DRH ou aux Affaires Sociales, je me retrouve sur un tracteur. Je suis un peu sonné.

Ma première et unique séance d’information métiers

Présenté comme cela, je m’y rends : je ne tiens pas à être radié.

Une dame très accueillante organise une séance d’information à l’attention d’une douzaine de personnes. Je regarde autour de moi : majoritairement jeunes, manifestement plus intéressés par leur smartphone que par la présentation d’un avenir possible. Je gage que, comme moi, ils n’ont pas demandé à être là…

On remplit des salles pour justifier les organisations d’ateliers auprès de prestataires probablement rémunérés pour leur séance, malgré le manque d’intérêt flagrant des auditeurs, le tout sous menace de radiation en cas d’absence ?

J’avoue avoir beaucoup de mal, sur le moment, à m’expliquer le phénomène…

Plus tard également, cela dit.

Ainsi, la plupart des métiers de l’agriculture défilent devant moi (incluant des formations de 2 années) et curieux de nature, j’y trouve un grand intérêt, découvrant même des activités dont j’ignorais l’existence. Hélas, chacune est incompatible avec mon degré d’allergie. Mais c’était très intéressant. Un peu comme l’instruction civique en CE2 : on apprend des choses…

À l’issue de la présentation qui s’est transformée en magister à ma seule attention, étant manifestement l’unique stagiaire à disposer d’une éducation propice au respect d’un orateur, mes coreligionnaires se croyant toujours dans une classe d’école, je présente mes excuses à l’organisatrice au sujet de mon allergie, et souhaite m’assurer qu’il ne me sera pas tenu rigueur d’un manque de bonne volonté si je ne lève pas le doigt à la question : « Quelqu’un est intéressé ? ». Nous avons beaucoup ri sur la pertinence du Conseiller…

Deux ans plus tard (donc à l’issue des formations présentées ce jour-là) l’agriculture ne sera plus un besoin dans ma région, selon les mêmes données de l’INSEE présentes sur le même site Pôle-Emploi…

Quel visionnaire…

Le suivi personnalisé

Lors de l’inscription, on m’a demandé quel type de demandeur je souhaitais être : un demandeur autonome ou un demandeur suivi. Étant particulièrement sous le choc j’ai demandé à être suivi. Ce n’est pas plus cher.

J’ai donc été suivi, pendant ces 2 années d’inscription : j’ai alors rencontré mon Conseiller attitré Pôle-Emploi tous les 3 mois en moyenne, tous les 6 mois le plus souvent. 4 ou 5 entretiens d’une heure ou à peine plus, pendant lesquels je le tenais informé de mes recherches, de mes cibles, mes éventuels changements d’orientation, mes essais et problèmes pour apprendre, sans apport en formation, de nouvelles technologies. Essentiellement des conversations que j’aurais pu tenir avec des amis, attablés devant un verre.

Sans le verre. Et pas avec un ami. Vraisemblablement.

  • La formation : il me dit que ce n’est pas pour moi, je n’ai qu’à trouver un truc « DIFfable », on « verra ce qu’on peut faire pour le complément »… (c’est long, une remise à niveau, le DIF/CPF ne représente que quelques heures…)
  • Le RH ? Pourquoi ne pas me dire que je n’y arriverai jamais en me présentant comme un syndicaliste repenti et me laisser perdre plus d’un an, à me « griller » dans énormément d’entreprises de la région ? Un conseil, peut-être, de la part d’un Conseiller ?
  • Me remettre à l’informatique ? J’ai un trou de 12 ans dans ma carrière… et…
  • Il me faut donc une formation de remise à niveau… mais…
  • La formation : il me dit que…

Et la boucle est bouclée : deux années ainsi résumées : je suis SUIVI.

Dans quel but ? Hors affichage de statistiques : un mystère qui me surprend encore.

Nous entrerons dans les détails demain…