Guillaume Kiefer : un libéral chez les Républicains

Un entretien avec Guillaume Kiefer, libéral au sein du parti Les Républicains.

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Guillaume Kiefer

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Guillaume Kiefer : un libéral chez les Républicains

Publié le 3 août 2022
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Votre parcours est atypique et assez éloigné du formatage traditionnel des élites françaises. Pouvez-vous vous présenter en quelques mots à nos lecteurs ?

Je m’appelle Guillaume Kiefer, j’ai 39 ans et je suis l’heureux papa de 2 garçons et de 2 filles de 2, 4, 8 et 9 ans. Dans la vraie vie, après des études de droit public, je suis devenu cadre commercial dans l’import. Sur le plan politique, après une décennie à tourner autour du pot, j’ai adhéré à LR il y a un an et demi et suis aujourd’hui délégué de la sixième circonscription du Morbihan, circonscription pour laquelle j’ai été candidat nettement battu lors des dernières élections législatives.

 

Aujourd’hui, ce qui fait débat au sein de LR, c’est la compétition pour sa présidence. Qui vous semble le mieux placé et pourquoi ?

Depuis le retrait de Laurent Wauquiez, qui semblait être le candidat naturel à ce poste, je pense que l’élection à la présidence du parti est un enjeu surestimé par la presse. Au contraire de la lutte fratricide qu’on nous annonce, j’ai l’impression que nous nous orientons vers une présidence de consensus. Dans tous les cas, le futur Président aura avant tout la lourde responsabilité de rassembler une famille et de faire coexister des lignes politiques parfois très différentes, comme l’avait plutôt bien réalisé Christian Jacob précédemment.

Ce que peu d’observateurs ont compris c’est que le prochain président du parti ne sera pas automatiquement le candidat de la droite aux élections présidentielles de 2027. Quel que soit le gagnant, sa ligne personnelle sera diluée par les contingences de rassemblement, indispensables à la survie de LR en tant que parti susceptible d’incarner une alternance plus que jamais nécessaire. Je suis persuadé que quel que soit le Président élu, il veillera à ce que toutes les lignes soient dignement représentées et que personne ne se sente mis de côté. Nous n’avons heureusement plus le luxe de nous diviser encore plus.

 

Votre famille politique, la droite modérée, a subi un revers important aux dernières élections. Quel regard portez-vous cela et sur la nouvelle configuration politique du pays, en particulier à l’assemblée nationale ?

Il est certain qu’avec les présidentielles de 2022 la droite a essuyé son plus gros revers depuis qu’elle existe en temps que parti de gouvernement. Lors de ces élections, nous avons vu des électeurs ayant toujours voté à droite, voter pour LREM par peur d’un duel entre l’extrême gauche et l’extrême droite au second tour. Je n’ai pas la prétention de connaître toutes les raisons de cette sanction mais je me permets plusieurs observations.

D’une part, il faut reconnaître que faute d’actif politique tangible, Macron a astucieusement capitalisé sur les peurs et les rancœurs d’un pays qu’il a lui-même divisé à dessein pendant tout son quinquennat. Alors qu’il avait promis en 2017 qu’il n’y aurait plus de raisons de voter pour le RN en 2022, force est de constater qu’il a contribué tout à fait volontairement à accélérer la disparition des partis de gouvernement au profit du triptyque entre son parti et les deux partis populistes que sont la NUPES et le RN. Il a à tel point marketé cette opposition qu’il a accepté le qualificatif d’extrême-centre que les médias proposaient à LREM.

Mais si LREM a opportunément bien joué le coup, il faut aussi que nous reconnaissions nos propres faiblesses. En l’occurrence, celles d’une droite de gouvernement qui n’aura jamais véritablement réussi à formuler un projet de société concurrent à celui, ronronnant, de la social-démocratie à laquelle nous nous sommes habitués depuis 1983 et qui, à des degrés différents, constitue la matrice idéologique de la droite comme de la gauche depuis lors.

S’il y a eu quelques tentatives de ruptures sous Chirac et Balladur entre la fin des années 1980 et le début des années 1990, l’élection de Jacques Chirac en 1995 a de mon point de vue entériné la transformation de la droite en quelque chose qui ne la distingue plus suffisamment, aux yeux des électeurs, de la social-démocratie qu’incarne parfaitement LREM. Durant ces deux dernières élections, la droite s’est encore une fois contentée d’ajustements paramétriques vis-à-vis de la Macronie, mais sans qu’elle soit véritablement identifiable et identifiée en tant que contre-proposition médiatiquement audible, sociologiquement pertinente, économiquement encourageante au-delà de notre public habituel, qui nous a d’ailleurs fait largement défaut. Ceci étant, à l’issue de ces deux élections, et avec bien moins de députés qu’en 2017, nous héritons d’une situation étrangement bien meilleure que celle post-élections législatives de 2017. Le fait que LREM n’ait pas obtenu de majorité absolue vient renforcer la position de LR. Il y a obligation de résultat à nous convaincre pour faire passer les textes, qui, à ce stade, de fait, s’approchent plus du programme LR que du programme LREM. Nous avons même la majorité (relative) en commission mixte paritaire, ce qui n’a pas été assez vulgarisé alors que le Sénat, par contraste avec une Assemblée nationale dissipée, va apparaître comme le seul facteur de stabilité dans ce pays. Il faut maintenant capitaliser sur la visibilité inespérée que nous assure cette configuration inédite pour proposer quelque chose de différent, et surtout, ne pas tomber dans le piège du vote avec untel ou untel sans que ça ne soit motivé par un projet autonome.

 

Quel message doit porter Les Républicains aujourd’hui pour se démarquer ? Comment se tenir à distance de l’autoritarisme de LREM et du populisme du RN ?

Ma conviction personnelle, c’est qu’il faut arrêter avec le paramétrique vis-à-vis du social étatisme jacobin et de plus en plus autoritaire incarné par LREM. La vérité c’est que nous avons, et on le rabâche depuis plus de 10 ans, un boulevard car les deux oppositions sont constituées de gens qui n’ont ni l’envie, ni les compétences pour exercer le pouvoir comme ils le prétendent. Comme pour LREM, j’ai l’impression que la plupart des électeurs de la NUPES et du RN votent par défaut et dépit, plutôt que par adhésion à des programmes qui sont de toute manière irréalistes.

Je suis aussi convaincu que le social étatisme jacobin, dans sa matrice idéologique même, est incapable de relever les défis que supposent la mondialisation, qui est un fait, ainsi que la perte de repères démocratiques subie par une part grandissante de la population, qui, de rage, vote contestataire. Cette social-démocratie autoritaire qui se voit comme un « progressisme » auquel ne s’opposerait que des gens qui ne sont rien, des sans-dents, a vocation à gouverner par l’exclusion, c’est dans ses gènes.

La droite a habituellement tranché les questions de ligne, lorsqu’elles se posaient, au centre des trois droites de René Rémond, c’est-à-dire par le bonapartisme, qui a toujours été considéré comme un « moindre mal » entre la réaction (autrefois monarchique) et le libéralisme (autrefois révolutionnaire). De fait, il y a à droite, sous l’influence des « grands hommes », ce culte du Sauveur qui peut être rassurant, mais qui, de mon point de vue, continue à relever d’une matrice intellectuelle étatiste et jacobine. On cultive malheureusement là l’idée que c’est sous l’impulsion de l’Être Exceptionnel que le pays serait « sauvé », alors que de mon point de vue, un État largement sorti de sa sphère naturelle et ensuite instrumentalisé par un nombre trop restreint est un problème de plus pour lequel les individus doivent dépenser beaucoup de l’énergie qu’ils auraient pu consacrer à améliorer leur sort par eux-mêmes. La plupart du temps, nous n’avons pas besoin de Lui et Il pourrait nous laisser faire.

Elle nous pousse aussi à nous poser de nouvelles questions sur lesquelles la droite pourrait rebondir.

Lorsqu’on nous enjoint (à nous LR) de rejoindre un camp ou un autre pour rendre à nouveau le pays « gouvernable », posons-nous la question : quelles sont les lois votées sous le précédent mandat qui, rétroactivement, peuvent être qualifiées de « bonnes lois ». Pour ma part j’en vois très peu.

Cette nouvelle configuration, cette gouvernabilité perdue pourrait peut-être aussi nous permettre de nous poser la question de l’endroit où s’exerce le pouvoir. Avons-nous vraiment besoin que toute la production législative et réglementaire ou presque soit bombardée depuis Paris ? Ne pourrait-on pas déléguer une partie de ce pouvoir aux élus locaux ? Il y a de mon point de vue un triple besoin de simplification réglementaire, de qualité démocratique, mais aussi d’adaptabilité aux spécificités locales qui impose aujourd’hui de relancer la décentralisation grâce au principe de subsidiarité. Ce n’est pas un hasard si les pays qui ont une structure très décentralisée, comme la Suisse, obtiennent de meilleures performances économiques et même démocratiques. Au lieu de prétendre relever d’une exception, nous devrions nous inspirer de ce qui fonctionne ailleurs, surtout lorsque c’est demandé par la population.

Même si je n’y crois pas beaucoup, je milite pour la disruption suprême, se donner le loisir de questionner le contrat social qui nous lie depuis les travaux du CNR. Les dépenses sociales contribuent à notre endettement à un niveau tel qu’il me semble suicidaire de continuer à jouer sur les paramètres (d’âge pour les retraites, de durée ou de quotité d’indemnisation pour l’assurance chômage, de qualité de service pour l’assurance maladie) et ainsi feindre d’ignorer l’incapacité totale de ces monopoles à assurer le service attendu à ce niveau de prix.

Pourquoi ne pas tenter d’expliquer correctement les tenants et les aboutissants à une population qui de toute manière, est profondément divisée au sujet de ces réformes paramétriques ? Est-ce que correctement dédramatisé, le fait de capitaliser pour sa retraite, avoir le choix de son prestataire d’assurance-maladie, ou chômage, ne serait pas perçu comme une bonne chose par une majorité de Français ? Personnellement, je nourris quelques espoirs à ce sujet.

Dans cette même logique de libération, je soutiens celle, cruciale, de l’école. Aujourd’hui, les plus fortunés trouvent toujours une solution de repli, mais les plus pauvres restent prisonniers de la carte scolaire et d’une Éducation nationale qui pourrit par la tête, comme en témoignent nos performances catastrophiques dans les classements internationaux. Il faut œuvrer pour une concurrence accrue entre établissements publics et privés, et donner aux familles la liberté de choisir l’école de leur choix.

Le chèque éducation permettrait de réparer le thermomètre des prix que le financement actuel de l’Éducation nationale a détruit. Aujourd’hui, une famille insatisfaite doit payer deux fois, ce qui est inaccessible à la plupart, sauf à opter pour l’instruction en famille que LREM a fortement entravé sous la dernière mandature.

Globalement, si la droite choisit de renouer avec les thèmes de la liberté, de la responsabilité, de l’autorité d’un État recentré sur ce dont il n’aurait jamais dû sortir : le régalien, alors les trois autres partis socio-étatistes que sont la NUPES, le RN, et LREM, n’auront plus aucune prise sur elle.

J’espère et milite pour que ce soit cette ligne, qu’avait tenté d’incarner François Fillon en 2017, qui soit choisie et défendue à l’avenir. Avec 5 ans pour la promouvoir et l’imposer médiatiquement, j’en suis convaincu, elle saurait convaincre une majorité de Français qui en ont assez que l’État se faufile jusque dans leur frigo pour leur dire quoi manger et quoi boire, même s’ils n’arrivent pas pour l’instant à se figurer correctement comment faire.

Vous avez déclaré vous être engagé en politique à la suite d’une tribune de David Lisnard, et vous situer au sein de la famille de pensée libérale. Pour vous, la défense des libertés sous toutes ses formes est donc une priorité ? Quel auteur vous a particulièrement influencé ?

J’ai effectivement décidé de m’engager activement à la lecture de cette tribune de David Lisnard sur la folie bureaucratique française dans Le Figaro. Je me rappelle m’être exclamé : « il existe encore une droite libérale ! »

Depuis j’ai découvert que le libéralisme fait véritablement partie de LR, mais qu’il est souvent réduit (dans son acceptation et sa transformation politique) à la défense d’un libéralisme purement économique, une attitude pro-business assez caricaturale et qui ne représente pas vraiment la sociologie de notre mouvement et la dynamique de libéralisme/capitalisme populaire qui est la seule potentiellement gagnante. Globalement, aujourd’hui, je pense que LR est un parti rassemblant des lib-cons qui, dans les faits, lorsqu’il est aux manettes, se bride volontairement par peur de trop disrupter, et qui devient peu à peu conservateur dans le mauvais sens du terme, celui d’un attachement au « consensus social-démocrate» né des années Mitterrand, alors que sa base est conservatrice au sens burkien du terme, et qu’elle milite pour la transmission de ce qui est beau, de ce qui fonctionne, de ce qui est moral, le social-étatisme n’en faisant évidemment pas partie.

A un moment se posera la question de l’incarnation, et je trouve que David Lisnard incarne magnifiquement cette ligne. Il a l’audace et l’énergie pour, et j’espère de tout cœur qu’il sera sa figure de proue pour les prochaines années.

Pour répondre à la question posée, je n’ai pas de mandats, et ma position reste donc confortable, mais je peux affirmer sans aucune forme de réserve que la défense de toutes les libertés sera au cœur de mon engagement.

Si j’ai été candidat aux législatives, j’ai une activité professionnelle qui me paie suffisamment pour ne pas être à la recherche d’un poste à tout prix idéologique. Donc j’imagine, me connaissant un peu, que je ne transigerai pas trop à ce sujet ; mais il faut rester vigilant, car si j’ai bien appris une chose depuis mon engagement en politique, c’est que le pouvoir corrompt, et plus vite qu’on ne le pense. J’espère être un spectateur plus engagé que mon auteur de référence, que je vous laisse deviner.

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  • Bravo à la rédaction, vous avez réussi à trouver un libéral chez LR.

  • Vive le bon sens et la lucidité !

    • Oui mais vu que tout le monde revendique en être pourvu…je vois mal qui pourrait en revendiquer l’exclusivité, c’est la limite de l’argument du bons sens et de la lucidité.

  • Les Français sont des gens libéraux, dans leur majorité. Jusque là tout va bien.
    Ils sont libéraux sur le plan sociétal, assez largement (mariage pour tous, PMA pour toutes et cannabis pour les autres). Ici, déjà, la droite, perd de précieux points.
    Ils sont libéraux sur le plan économique, mais à leur manière : si l’argent doit circuler librement, c’est surtout celui des autres et de préférence, en sens unique, vers leur compte. C’est déjà ça.
    Si Macron a gagné, c’est parce qu’il a su conjuguer un nuage de libéralisme sociétal avec un soupçon de libéralisme économique.
    Si Le Pen a progressé, c’est parce qu’elle a su conjuguer une politique économique de gauche, taillée sur mesure pour les petites gens, avec une politique sécuritaire forte, à destination des mêmes et des autres.
    Si Mélenchon s’est fortifié, c’est parce qu’il a su conjuguer l’attente des quartiers communautaristes avec celle de la jeunesse bobo des centres urbains.
    La droite a perdu car elle n’a réussi à conjuguer que zéro plus zéro avec la tête à Toto.
    Je lis son avenir dans mon marc de café : un succès d’estime, comme la chèvre de Mr Séguin, avec un magnifique discours… à son enterrement.

    • Les français sont libéraux avec leur propriété et pour la collectivisation de celle des autres. Sinon je suis plutôt d’accord, comme souvent malgré certaines apparences.

  • Mr Lisnard libéral
    Interdiction du bikini sur les plages de Cannes
    Premier maire de France pour verbaliser onze femmes pour le port du burkini ( d après ses dires)
    Désinfection des plages cannoises pendant le COVID pour notre bien
    Qui a publié une tribune dans le Monde pour un confinement strict zéro COVID
    Dans une autre il inclut l éducation,la culture,la recherche dans les missions régaliennes de l état
    Et j en passe.
    Permettez moi d’avoir un doute sur sa position libéral
    Tiberle contra…

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