Jacques Chirac : le paradoxe fait homme politique

Mr JACQUES CHIRAC au SIA 1990-10-cliche Jean Weber By: INRA DIST - CC BY 2.0

Hormis quelques privatisations, mais qui n’ont nullement affaibli l’interventionnisme étatique dans l’économie, le bilan du chiraquisme sonne bien creux.

Par Gérard-Michel Thermeau.

Quelle vie paradoxale que la sienne. Jacques Chirac est, avec François Mitterrand, l’homme politique qui a occupé le plus longtemps le pouvoir depuis la chute du Second Empire. Deux fois Premier ministre, deux fois président de la République, il est resté 16 ans au sommet de l’État. Si l’on ajoute que sa carrière politique a commencé sous de Gaulle et qu’il meurt sous Macron, on mesure bien la longévité de cet animal politique très doué. Mais très doué pour quoi exactement ?

Que reste-t-il du chiraquisme ?

Si l’on cherche à établir le bilan de son action politique, il y a, au fond, bien peu à dire. La disparition du service militaire, que l’actuel pouvoir rêve plus ou moins de rétablir, est bien la seule mesure concrète ayant eu un impact positif sur la population masculine, la seule concernée alors, de ce pays. On pourrait ajouter la reconnaissance de la responsabilité de l’État français dans la déportation des Juifs pendant l’occupation. Premier président n’ayant pas connu en tant qu’adulte la Seconde Guerre mondiale, il pouvait plus facilement prendre de la distance par rapport à cet épisode peu glorieux de notre histoire.

Je ne dirais rien de son fameux refus de participer à la guerre contre l’Irak. Je ne suis pas très certain du caractère vertueux de cette opposition.

Au fond Jacques Chirac a surtout démontré un indéniable savoir-faire dans la conquête du pouvoir. Mais une fois en place, il se retrouvait dans la situation de la poule qui a trouvé un couteau. Aussi a-t-il épousé toutes les causes et leur contraire : anti puis pro-européen, « raciste » puis « rempart » contre le Front national ; gaulliste puis « libéral » puis « social ». À l’aise à droite comme à gauche, Jacques Chirac s’inscrivait davantage dans l’héritage radical-socialiste que dans la famille gaulliste.

Un Louis XIII sans Richelieu ?

Au fond ne sachant vraiment plus quoi faire, il avait fini par se priver tout seul du pouvoir dont il jouissait à l’Élysée en provoquant la dissolution la plus imbécile de l’Histoire. Mais que voulez-vous, Jacques Chirac avait une dissolution rentrée. Premier ministre de VGE, il avait proposé à ce dernier en 1976 de dissoudre l’Assemblée sans attendre l’échéance de 1978, les sondages donnant la gauche favorite. Ce fut un des motifs de son renvoi.

Le geste non accompli de 1976 devait trouver son achèvement en 1997. Disposant de la plus forte majorité de droite que l’on ait connu en France depuis fort longtemps (peut-être depuis l’Assemblée nationale de 1871), il coupait avec frénésie la branche sur laquelle il était assis.

Ses présidences marquent au fond le début de l’immobilisme dont est en train de mourir ce pays. Hormis quelques privatisations, mais qui n’ont nullement affaibli l’interventionnisme étatique dans l’économie, le bilan du chiraquisme sonne bien creux. Une mauvaise langue dirait qu’il n’avait pas son pareil pour tapoter l’arrière-train des bovins au Salon de l’agriculture et qu’il aurait fait un excellent président…de conseil général.

Il y a bien longtemps, au siècle dernier, discutant avec un de mes condisciples historien, comparant Chirac à des figures du passé, j’avais eu cette réflexion : « c’est un Louis XIII qui n’a pas trouvé son Richelieu. » Faut-il le regretter ?

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