Crise sanitaire : retour sur des choix calamiteux

covid-19 BY Prachatai(CC BY-NC-ND 2.0) — Prachatai, CC-BY

Pourquoi refuser tout traitement de la maladie à sa naissance alors que le passage aux formes plus graves expose au risque de perte de contrôle ? Le gouvernement a-t-il fait son deuil de l’approche traditionnelle des épidémies confiée d’abord aux médecins chargés de délivrer les premiers traitements ?

Par Paul Touboul.

Quels enseignements tirer des comportements de notre monde contemporain lors de l’épidémie de coronavirus arrivée en Occident il y a plus d’un an maintenant ? À l’évidence, globalement, l’attitude face à la virose pilotée par l’action gouvernementale a montré chez nous des caractéristiques inédites.

Des débuts de crise très clivants

L’ambiance a été marquée par une dramatisation des faits cultivée à l’envi, une tonalité excessive associée à la délivrance d’informations, la volonté affichée par les médias d’imposer un point de vue, celui des autorités, dans un domaine pourtant matière à controverses médico-scientifiques, l’évolution rapide vers une politisation de la gestion de crise avec d’un côté la doxa dominante de plus en plus intransigeante et de l’autre une minorité de rebelles accusée ipso facto de complotisme.

Et l’on a même vu les médecins se séparer en deux camps, dont une partie, légitimiste dans la lignée des conseils de l’Ordre, appuyant haut et fort la politique gouvernementale.

Il y a eu au départ cette période de cafouillage où le pouvoir a paru dépassé par la déferlante Covid-19, d’où la panique créée par le débordement des services de réanimation dans les hôpitaux. Les critiques se sont alors multipliées, ciblant avec prédilection le manque de protection de la population due à la carence en masques et en tests de dépistage.

Mais la grande affaire à ce moment-là a été l’opposition au libre usage par les praticiens de l’association hydroxychloroquine-azithromycine comme traitement de la virose. La hargne avec laquelle ce bannissement a été maintenu par la suite contre toute évidence, alors que les preuves de son efficacité s’accumulaient, reste matière à interrogation.

La proposition de recourir en première intention à l’hydroxychloroquine pour traiter les sujets infectés semble avoir heurté les membres du conseil scientifique, d’autant qu’on avait affaire à une molécule, disons, ancienne et utilisée depuis plusieurs décennies dans la prévention du paludisme. Étant donné son innocuité, rien n’interdisait pourtant d’y recourir comme antiviral, une propriété qu’appuyaient nombre d’études.

Et là le couperet est tombé : il n’en était pas question, le produit n’ayant jamais fait l’objet d’évaluation contrôlée dans le traitement de la Covid-19. Entretemps le remdesivir, un antiviral de la firme Gilead, a émergé comme alternative. Et à son sujet, plus aucune réserve et une autorisation d’utilisation dans le cadre de l’épidémie délivrée par les autorités sans la moindre preuve d’efficacité anti-Covid tirée d’études préliminaires.

Des questionnements émergent

Alors qu’en conclure ?

1) l’exigence d’efficacité basée sur les preuves était en fait à géométrie variable ;

2) aux yeux des experts d’aujourd’hui, les vieux médicaments, même recyclés, sont censés ne pas tenir la route face à des produits marqués du sceau de la modernité ;

3) l’aspect financier peut être en cause comme facteur qui départage les deux options, celle retenue étant de loin la plus coûteuse ;

4) l’intéressement notoire de scientifiques, conseillers du gouvernement, dans les choix recommandés conduit à mettre en question leur indépendance ;

5) enfin les décisions gouvernementales en la matière n’échapperaient pas à l’influence de Big Pharma.

Traiter en amont n’a jamais été envisagé

L’opprobre sur l’hydroxychloroquine n’a jamais été levée en dépit d’une littérature sur le sujet de plus en plus abondante qui en attestait l’efficacité.

D’ailleurs les pays qui en faisaient un usage large comme en Afrique témoignaient, à l’encontre de la Covid-19, de bilans sanitaires des plus favorables.

Cet entêtement de nos gouvernants semblait pourtant bien ancré, se traduisant de leur part, à l’occasion d’interpellations sur la question, par le rejet désinvolte d’une option dont le sort était considéré comme réglé une fois pour toutes.

Et l’on a continué à faire la sourde oreille face à toute autre proposition de traitement d’attaque de la virose faisant appel à des produits existants qui avaient pu, en dehors de leur champ d’action habituel, montrer une réelle efficacité en la matière.

Mutisme sur la vitamine D pourtant d’un intérêt certain appuyé par plusieurs travaux probants. Dédain affiché à l’égard de l’ivermectine, médicament antiparasitaire, dont la revue de 27 études par le Dr Tess Lawrie, directrice d’une société de conseil en médecine basée sur les preuves, a montré qu’il réduisait de 83 % la mortalité due au Covid-19 et qu’en prophylaxie son efficacité était de 88 %.

Ce produit est d’ailleurs diffusé en Inde, au Mexique, et pour l’Europe en Slovaquie et en République tchèque. Pourquoi refuser tout traitement de la maladie à sa naissance alors que le passage aux formes plus graves expose au risque de perte de contrôle ? Le gouvernement a-t-il fait son deuil de l’approche traditionnelle des épidémies confiée d’abord aux médecins chargés de délivrer les premiers traitements ?

Les médecins laissés de côté en pleine crise sanitaire

Force est de constater l’exclusion des praticiens de tout traitement de la Covid-19. C’est une première, tant leur rôle restait jusqu’alors primordial dans l’administration des premiers soins. Et l’on doit s’interroger sur le pourquoi d’un choix aussi délibéré et maintenu farouchement jusqu’à maintenant.

Qu’est-ce qui dans cette épidémie, à la différence de toutes les autres dans le passé, a conduit à agir autrement et à court-circuiter l’étape initiale de toute maladie ?

On pouvait imaginer qu’à l’ère des dépistages à tout-va, les nouveaux contaminés seraient introduits au plus vite dans la chaîne de soins, à commencer bien sûr par le généraliste qui en est le premier maillon, qu’une surveillance serait mise en œuvre pour dépister un défaut d’oxygénation, prélude à aggravation, et qu’un traitement à visée antivirale, et dans certains cas anticoagulant, serait immédiatement mis en œuvre. Tuer le mal dans l’œuf, rien de plus logique. Et le concours des médecins de première ligne est, dans cette optique, essentielle.

Or rien de tel n’a eu lieu. Les praticiens ont été privés de leur rôle. Il a été clamé haut et fort que la maladie au début ne requérait pas de traitement spécifique. D’ailleurs aucun médicament n’était censé être d’une quelconque utilité en la matière. Cela a été dit et redit sur tous les tons et relayé sans modération par les médias. Il y a bien eu, dans la stratégie sanitaire, ce choix délibéré, un choix qui ne s’est jamais démenti avec le temps et qui, encore une fois, se démarquait des modes opératoires du passé.

Cela, à mon avis, a été lourd de conséquences. On s’est accoutumé à l’idée d’une maladie d’autant plus dangereuse qu’elle était imprévisible, sans reconnaitre qu’en fait elle était laissée libre d’évoluer à sa guise. En dernier ressort a été sortie du chapeau la vaccination avec des produits derniers-nés de l’ingénierie la plus avancée, option ultime qui ajoute à l’évidence de notre déroute.

Il est, encore maintenant, difficile d’appréhender la logique de la politique pratiquée. Pourquoi en fin de compte dépister intensivement si c’est pour rester les bras croisés et ne pas anticiper les évolutions compliquées ? Une prise en charge dès le début par un médecin armé d’outils efficaces parait aller de soi. Et ces outils existent, l’expérience accumulée depuis n’ayant fait que le confirmer.

Il y a un entêtement des autorités à persévérer dans un refus qui concourt à maintenir l’épidémie dans une tonalité tragique où s’inscrit notre impuissance. Cette option est associée à la mise sous cloche d’une population transie d’inquiétude. Il est certes nécessaire de surveiller l’épidémie, de comptabiliser les contaminés, en étant conscient que les chiffres délivrés sont certes liés à l’ampleur de la circulation virale mais qu’ils ont aussi, comme corollaire, une progression de l’immunité collective.

Ajouter au dépistage les soins actifs délivrés individuellement aux sujets infectés, lesquels auront été en plus isolés, et l’on a une vraie politique à opposer à l’épidémie et non pas une stratégie défensive basée sur l’évitement qui laisse toute latitude au virus d’imposer sa loi.

Le bilan à ce jour des mesures sanitaires est plus que jamais source d’interrogation. On garde l’image de gouvernants perpétuellement aux abois, dépassés par une virose toujours vivante en dépit de mesures draconiennes aux effets socio-économiques désastreux. L’impression a été que l’on n’a jamais eu la moindre maitrise sur le cours des choses mais plutôt que l’on s’en remettait à la bonne fortune, le tout associé à un autoritarisme et une intransigeance grandissant au fil du temps.

En plus d’être inefficace, la gestion de la crise n’a pas fait montre de ces traits qui sont la marque de pays confiants dans leur force. Le nôtre a révélé à cette occasion des lacunes profondes. Saura-t-on par la suite faire retour sur cette saga, se livrer à une analyse sans complaisance des errements et en tirer des enseignements pour l’avenir ? Vu le spectacle navrant délivré par nos élites pendant la crise, il est permis d’en douter.

 

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.