Crise sanitaire : une opposition bien silencieuse

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Pourquoi aider une équipe adverse qui semble prendre plaisir à marquer contre son camp ?

Par Olivier Maurice.

Le petit acte de rébellion de l’Assemblée nationale, entérinant un amendement limitant l’État d’urgence a enflammé quelques heures les réseaux sociaux et le microcosme.

On y a cru un instant, au retour de la séparation des pouvoirs ! Mais non, la démocratie est bien mourante et la Cinquième République version présidentielle conforte son aspect arbitraire de monarchie élective absolue.

Le coup de colère du ministre de la Santé Olivier Véran, exhortant les députés à sortir de l’hémicycle n’a entrainé qu’une réaction de principe, alors que clairement ce genre de propos aurait été totalement inacceptable il y a quelques années et qu’on en aurait parlé en boucle jusqu’à en avoir la nausée.

Jean-Luc Mélenchon a certes dénoncé l’autoritarisme du gouvernement. La droite y a fait écho. Mais l’incident est cependant quasiment passé inaperçu dans le rata d’informations quotidiennes qui inondent les divers moyens d’information.

On a beau chercher dans la presse et sur les réseaux sociaux les réactions des différents prétendants à l’opposition, à part quelques « seconds couteaux » par-ci par-là et à part la France Insoumise qui tente sans aucune pudeur de se travestir opportunément en chevalier blanc libéral, il semble bien que le naufrage de l’équipe au pouvoir arrange en fin de compte tout le monde.

Pourquoi aider une équipe adverse qui semble prendre plaisir à marquer contre son camp ?

Marine Le Pen ne s’en cache d’ailleurs même pas, affichant ouvertement sa stratégie : laisser le gouvernement se planter lamentablement et accumuler les dossiers pour démarrer la campagne présidentielle à venir avec un sac de munitions plein à craquer.

Le pari n’est pas très risqué. La gestion de la crise par l’exécutif est tellement mauvaise, l’arrogance des ministres qui défilent, Jean Castex en tête, est tellement insultante envers les Français, le pays est tellement recroquevillé dans la peur et l’infantilisation, que la campagne électorale a toutes les chances d’offrir un spectacle dantesque et chaotique de première qualité.

Histoire d’un désastre annoncé

Parce que côté casseroles, mauvaises décisions et inefficacité, il y a clairement de quoi charger la barque avec plusieurs palettes de parpaings.

Entre les masques, les tests, le déconfinement raté, les incohérences de l’été, le désaveu quasi public d’Olivier Véran et du Conseil scientifique devant la reprise de l’épidémie, l’autoritarisme jacobin des premières mesures de fermetures, l’aveu d’échec du second confinement, le manque de lits, de préparation et de personnel, et pour finir, les incohérences et les pitreries des ministres, le pouvoir ne fera pas l’économie d’une tempête de reproches et d’accusations, une fois les hostilités lancées.

Ajoutez à cela les boules puantes qui s’accumulent un peu partout : entre les plaintes lancées envers les ministres, les commissions d’enquête en batterie, les batailles médico-pharmaceutiques sur les divers produits, sans compter la foultitude de théories plus ou moins étayées et tous les petits secrets un peu partout…  Le jour où la tempête va se lever, il risque de faire mauvais temps dans les couloirs des palais.

La classe politique française est juste comme les finalistes d’un 100 mètres olympique : ils se regardent les uns les autres en attendant le coup d’envoi et en ayant peur de se faire disqualifier pour cause de faux départ.

À droite : la vieille garde en embuscade

Comme toujours dans cette situation, il faut se méfier des absents, des silencieux qui posent tranquillement leurs pions par-ci par-là.

Comme Xavier Bertrand, qui a choisi de jouer la carte de l’outsider et de viser la droite de gauche, mais qui a tout intérêt à capitaliser sur le fait que sa région est à la fois une des plus touchée par la seconde vague et celle où semble-t-il la situation est la mieux gérée dans les hôpitaux.

Comme Manuel Valls qui lui vise la gauche de droite et surfe sur la vague sécuritaire pour faire son come back tout en communiquant sur la pureté de ses intentions

Comme François Bayrou, qui nonobstant sa chaise dorée de commissaire au plan avec entrée directe dans le bureau et les petits papiers du président, ne s’est pas gêné de tirer dans les pattes de ses petits copains et de dire haut et fort qu’il était contre un nouveau confinement le jour même où Emmanuel Macron annonçait le contraire.

Comme Bruneau Retailleau, qui tente pour l’instant de ratisser le fonds de commerce de la droite et de corriger son image filloniste en élaborant un énième discours sécuritaire et anti-immigration… tout en ne ratant pas l’occasion de faire un joli croche-patte au gouvernement en obtenant le Non au vote de confiance au Sénat et en allumant mine de rien l’allumette décrite au début de l’article.

Ou encore comme Nicolas Sarkozy, qui n’a pas hésité une seule seconde à voler au secours du professeur Raoult, comprenant très bien le rapport coût-bénéfice d’une telle action et qui, ne pouvant ni critiquer la présidentialisation de la Cinquième République dont il a été un des principaux artisans, ni s’opposer ouvertement à son successeur, est donc obligé, en attendant l’ouverture officielle des hostilités, de se tenir dans une sage retenue et de cultiver son image de sage et de recours.

Stratégie bien récompensée d’ailleurs, puisque le Premier ministre lui-même lui fera l’honneur de lui servir de chauffeur ce samedi pour la cérémonie d’hommage aux victimes de l’attentat de Nice.

À gauche : le scénario insurrectionnel

La gauche quant à elle se fait étrangement absente. Il faut dire que son enthousiasme potache sur le « nouveau monde » a totalement explosé avec la seconde vague.

Eux-mêmes semblent avoir compris que l’on reparlera du sexe des anges quand on aura le temps, ce qui ne risque pas d’être demain matin. La question pour beaucoup de Français n’est pas de savoir s’ils vont avoir du quinoa bio, sans OGM, équitable et éco-responsable dans leur assiette, mais de savoir s’ils vont avoir quelque chose dans leur assiette.

Jean-Luc Mélenchon, en vieux limier de la politique a tout de suite compris que le vent avait changé, laissant trainer le doute sur sa prochaine participation à la course présidentielle (meilleur moyen d’avoir les mains libres et d’en parler) tout en sifflant la fin de la récré écolo-indigéniste-justice sociale qui avait envahi son parti pour réactiver le vieil étendard de la gauche révolutionnaire : la lutte contre le fascisme.

Il faut dire qu’il n’est pas très risqué de miser sur le scénario du grand foutoir : entre le flot incessant d’humiliations, le désastre économique en cours, quelques grèves venant à point nommé, la montée des mouvements de contestations un peu partout en Europe et l’éventualité plus que probable qu’une inévitable bavure qui finira bien par se produire, la France est une vraie poudrière.

De la mauvaise compréhension du dicton « diviser pour mieux régner »

Il est assez incroyable de voir comment le gouvernement tombe chaque jour un peu plus dans tous les pièges qui lui sont tendus. On en vient à se demander s’il fait exprès d’être aussi naïf et arrogant.

Il se fait embarquer et mener par le bout du nez en permanence. L’histoire de la vente des « biens non essentiels » et des « petits commerçants » et la succession de décisions prises dans la panique pour tenter de corriger la décision prise la veille sans y réfléchir serait drôle si elle n’était pas vraie.

D’un autre côté, il est tout aussi incroyable de constater la retenue et la patience de la population devant le manque de résultats, l’accumulation de petites humiliations, les mensonges à répétitions, les contradictions permanentes et les cafouillages et amateurismes en tout genre.

Heureusement pour le gouvernement et pour le président de la République, la peur panique frappe encore une partie importante de la population. Heureusement pour lui, l’opposition a pour l’instant décidé de ne pas jeter d’huile sur le feu.

Mais le pari pour savoir si cette politique de la carpette sera payante à terme est loin d’être évident.

À force de vouloir répondre à la moindre critique et de ne vouloir prendre aucun risque, le gouvernement a quasiment réussi à faire l’unanimité contre lui et à unir ceux qui il y a peu encore se détestaient profondément. Il a surtout réussi à ne traiter aucun problème en profondeur, les rejetant juste chaque jour au lendemain.

Et c’est ainsi qu’on en arrive à voir Michel-Édouard Leclerc monter au front pour défendre les petits commerçants ou encore Jean-Luc Mélenchon défendre bec et ongles un amendement déposé par la droite.

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