La Covid-19 sera-t-elle vaincue par la pensée magique ?

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Dans un monde gouverné par la peur les sacrifices retrouvent leurs adeptes ! Les politiciens y trouvent leur compte assurant ainsi leur maintien au pouvoir.

Par Patrick de Casanove.

Les médias ont rapporté il y a quelques jours que la Nouvelle-Zélande avait « de nouveau battu le virus » reprenant les mots du Premier ministre Jacinda Ardern.

Le 11 août elle avait ordonné le reconfinement d’Auckland pour une durée de trois jours (la durée a été prolongée par la suite), après la découverte de 4 cas de coronavirus au sein d’une même famille qui mettait fin à 102 jours sans aucun cas dans le pays.

Le confinement, la panacée ?

À ce stade il est nécessaire de rappeler deux choses.

D’abord, le reconfinement d’Auckland n’a pas entravé la cinétique de la circulation de l’épidémie à partir de ce foyer.

«  Le ministre de la Santé Chris Hipkins a fait état de 12 cas supplémentaires de transmission locale, et d’un cas probable. Une trentaine de cas a été enregistrée depuis que le coronavirus a recommencé à se propager dans l’archipel océanien, après une remarquable série de 102 jours sans contamination locale. Hipkins a précisé que deux des cas avaient été enregistrés à Tokoroa, à 210 km au sud d’Auckland. Cette propagation est intervenue en dépit du confinement qui a été imposé à Auckland. Des policiers ont été affectés au contrôle des sorties de la ville.

Le ministre s’est néanmoins voulu rassurant sur la capacité des autorités à contrôler la situation. « À ce stade, tous les cas sont liés, ils font tous partie d’un même foyer d’infection basé à Auckland », a-t-il dit, ajoutant que les cas de Tokoroa avaient vite été identifiés. « Nous n’avons aucun exemple de cas de Covid-19 en dehors d’Auckland qui ne soit pas lié au foyer de contamination que nous sommes en train de traiter » peut-on lire dans 20Minutes.

Ces cas en dehors d’Auckland n’ont pas entraîné de confinement.

Ensuite, la Nouvelle Zélande a simultanément mis en place une politique classique de rupture de la chaîne de contamination.  

« Ainsi, elle va placer à l’isolement les personnes testées positives, rechercher les cas contacts et mener une vaste campagne de dépistage. »   

Il est donc logique de déduire que le reconfinement d’Auckland n’a été d’aucune efficacité pour venir à bout des quelques foyers et cas sporadiques qui étaient bien loin de constituer une seconde vague pour le pays. Il apparaît comme irrationnel.

Cette politique avait déjà été mise en place en mars, « réponse efficace à la première vague épidémique avait été saluée par les pays étrangers ». Il est permis de douter qu’une politique de confinement qui, en Nouvelle-Zelande comme ailleurs, a entraîné une catastrophe économique sans précédent et surtout sans commune mesure avec la dangerosité de l’épidémie, ait été une réponse pertinente à la Covid-19.

« Le produit intérieur brut (PIB) du pays a baissé de 12,2 % au deuxième trimestre, plongeant la Nouvelle-Zélande dans une récession historique, après un recul de 1,4 % au premier trimestre. »

Une réponse pertinente et efficace vient à bout de l’épidémie, sauve des vies, pendant que l’économie continue de tourner.

Les mesures adéquates ne sont pas retenues, seul compte le confinement

Inexplicablement ce ne sont pas les mesures dépister, tracer, isoler, traiter qui sont retenues pour la performance de la prise en charge. C’est le confinement qui retient toute l’attention.

Cette réaction brutale et rapide mérite que l’on s’y arrête à l’heure où, en France, le gouvernement annonce régulièrement des mesures de plus en plus contraignantes, où l’on parle d’un reconfinement total ou partiel et où Emmanuel Macron annonce le 7 octobre qu’il veut plus de restrictions.

Durant les siècles précédents, face à une épidémie, les autorités n’avaient pas d’autres recours que la quarantaine dans des lieux dédiés pour séparer les malades des bien-portants (Lazarets par exemple). Elles avaient aussi recours à l’isolement de villes ou de régions contaminées.

Ce n’était toutefois pas un confinement au sens d’aujourd’hui. Dans les villes contaminées, la population saine se retrouvait coincée mais n’était pas assignée à résidence, l’économie n’était pas mise à l’arrêt par voie légale. Les lieux indemnes n’étaient soumis à aucune contrainte. Ces isolements entraînaient des émeutes et n’avaient aucune efficacité pour contenir l’épidémie.

Avec bon sens ces mesures furent abandonnées au XIXe siècle. Au XXe siècle, à Vannes, durant l’épidémie de variole de l’hiver 1954-55, les autorités eurent recours à des restrictions de déplacements et… à une vaccination de masse.

Il est intéressant de chercher pourquoi, en notre XXIe siècle, que l’on pourrait croire de raison, où la science, la médecine, la technologie n’ont jamais été aussi puissantes et performantes, tout tourne autour du confinement.

Pourquoi les politiciens de beaucoup de pays ont-ils recours à une méthode archaïque, utilisée de plus avec davantage de restrictions qu’au cours de l’Histoire, quand il n’y avait rien d’autre à disposition ?

Comment cette coercition, jusqu’à l’enfermement de tous, est-elle devenu le Gold standard, la prise en charge de référence d’une épidémie au XXIe ?

Alors que dépister, tracer, isoler, traiter a largement fait ses preuves. Alors qu’un traitement simple, efficace en prévention et curatif si pris précocement, largement disponible, peu coûteux et quasi sans danger est rejeté par les mêmes.

Covid et pensée magique

La réponse est que les politiciens et leurs acolytes ne sont pas dans la raison.

« Les décisions aujourd’hui ne sont pas prises en fonction d’une réalité qui serait celle de la circulation du virus ».

Ils sont dans de la pensée magique. Elle s’oppose à la science.

La science cherche la vérité. La pensée scientifique c’est le doute. En science les théories sont supposées valables jusqu’à ce que d’autres les complètent ou les remplacent. Ce qui veut dire qu’en science on peut toujours améliorer ce que l’on sait. D’où les débats et discussions permanents entres scientifiques, entre médecins. Ces débats se limitent habituellement entre confrères à de rares exceptions près.

En ce qui concerne la Covid-19 ils ont eu lieu en public devant des gens qui ne sont pas habitués au phénomène, ni outillés pour déchiffrer les informations reçues.

D’où, pour une grande partie de la population, les difficultés à comprendre les différends entre médecins et l’angoisse, car il est angoissant de ne pas savoir.

Pour Lucien Levy-Bruhl la pensée magique serait un reliquat de la mentalité primitive qui persisterait toujours chez l’Homme moderne. La raison n’est qu’un vernis fragile. Vernis qui a éclaté avec l’épidémie de SARS-coV2. D’où le recours à des pratiques anachroniques.

Les rituels pour conjurer le virus

La pensée magique est composée de croyances superstitieuses et de rituels conjuratoires. C’est une tentative pour échapper à l’angoisse.

Le confinement s’apparente à la superstition, dans le sens de croire que certains actes entraînent des conséquences favorables.

Il est appliqué par monomanie. Rien n’existe en dehors du confinement. Monomanie qui atteint une partie du corps médical, des médias et certains prix Nobel.

Il est appliqué par panurgisme. Il faut le faire parce que les autres le font, sans aller chercher plus loin. Son expression populaire se traduit ainsi par « tel pays confine et nous qu’est-ce qu’on fait ? On ne fait rien ! »

On n’ose imaginer ce qui se serait passé si un pays avait fusillé ses malades…

Enfin, le confinement est un rite sacrificiel.

Le sacrifice est une action sacrée. Les sacrifices humains avaient leur logique. Les Aztèques recouraient aux sacrifices humains pour que le Soleil continue sa course dans le ciel. Les Vikings sacrifiaient pour s’attirer les bonnes grâces des Dieux avant la bataille. Cela fonctionnait puisque le Soleil se levait tous les matins et la victoire était au rendez-vous ; si la victoire n’y était pas c’est que le sacrifice n’avait pas été assez grand. On retrouve le même raisonnement : si le confinement ne fonctionne pas c’est qu’il n’est pas assez sévère.

Nous assistons à l’émergence d’un nouveau paganisme. Nous avons Gaïa la Terre, Déesse Nature, et Petit Corona envoyé par les Dieux pour châtier l’humanité etc.  D’où le retour des sacrifices. Le politicien moderne sacrifie l’économie, qui est la vie.

C’est un substitut, mais le sacrifice humain n’est pas loin : celui des personnes qui perdent leur travail et de celles qui meurent d’abandon ou faute de soins. Le sacrifice humain, et son substitut le sacrifice de l’économie, sont aussi l’expression du pouvoir suprême, du droit de vie et de mort sur tout individu, sans raison autre que le désir du prince et le plaisir des Dieux.

Le peuple attend des mesures fortes et un homme fort

La pensée magique est de plus en plus populaire. C’est une sorte de paradoxe de notre société. Les Néo-zélandais sont très contents de l’action de leur Premier ministre. Beaucoup de Français approuvent les mesures restrictives gouvernementales et encore plus le confinement de mars. Dans un monde gouverné par la peur les sacrifices retrouvent la masse de leurs adeptes ! Les politiciens y trouvent leur compte assurant ainsi leur maintien ou leur accession au pouvoir.

Beaucoup interprètent les mesures dures, telles que le confinement, comme un acte de courage. C’est pourquoi les populations apeurées réclament un Homme fort, ou une femme. Dans leur esprit un Homme fort prend des mesures oppressives douloureuses. Qu’elles ne soient pas pertinentes importe peu. Il rassure par son énergie, son sens de la décision et sa capacité à imposer des sacrifices.

Les politiciens se sont emparés de l’affaire et ont voulu gérer eux-mêmes l’épidémie avec l’aide d’un micro conseil, dit scientifique. Cela voulait dire que la gestion de l’épidémie quittait le domaine scientifique (la médecine) pour rejoindre celui de la pensée magique (la politique).

Aujourd’hui dominent la panique et l’irrationnel. Dans cette situation, le véritable courage est de garder sang froid et bon sens.

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