Leçons d’une pandémie : être libre, c’est être responsable

COVID-19 Response By: USAFRICOM - CC BY 2.0

L’expérience de cette pandémie incite à souhaiter un reflux de l’État envahissant et infantilisant qui étouffe les Français actifs sous un flot de normes.

Par Jean-Paul Laplace.

La crise sanitaire Covid-19 s’apaise et les Français, contraints par le confinement qui leur a été imposé faute d’une meilleure gestion de la situation, retrouvent avec joie le plaisir du vivre ensemble, même s’il subsiste des restrictions de raison.

Très critiques à l’égard de l’État, peuvent-ils faire leur autocritique avec autant d’acuité ? N’ont-ils pas, au fil des décennies, abandonné leur indépendance de pensée, et leur capacité à réagir, dans la mollesse d’un confort construit par ces aînés devenus pour certains encombrants ?

D’abord passée inaperçue, la crise économique et sociale provoquée par les mesures de confinement généralisé a pris le pas sur les aspects sanitaires. Tous les indicateurs sont au rouge, et cet effondrement de l’économie est lourd de conséquences. Au quotidien une insécurité alimentaire majeure a mis en danger toute une population aux ressources précaires malgré les efforts des associations caritatives.

L’effet de la fermeture des écoles

Du fait de la fermeture des écoles, des enfants ont été confrontés à des désordres d’une importance sans commune mesure avec le danger faible encouru selon l’avis des pédiatres.

Les modalités très restrictives de réouverture des établissements ont été discriminantes, notamment du fait de contraintes matérielles, du nombre limité d’enseignants disponibles et des contraintes professionnelles des parents. Mais au- delà de ces exemples, la crise économique conduit à une véritable déroute sociale et morale.

Paradoxalement, on voit diverger ceux qui souhaitent reprendre le travail au plus vite et ceux qui préfèrent le repli. Mais la peur paralysante subsiste là où le bon sens, le savon, et une certaine distance suffisent à se prémunir. Ainsi aurons-nous provoqué la plus grande débâcle économique de notre histoire pour une pandémie qui n’est sans doute pas la pire que nous ayons connue ! L’État n’a-t-il pas été inconséquent en agitant les peurs, en prolongeant l’état d’urgence sanitaire, en multipliant les ordonnances, et les contrôles tatillons.

Cette mesquinerie qui consiste à contrôler les faits et gestes des citoyens au plus près du détail de leur vie ne peut conduire qu’à une alternative déplaisante : l’infantilisation ou la révolte.

Bouillonnement de l’esprit des Français

L’état d’esprit majoritaire des Français traduit un bouillonnement social certain. Le confinement et la crise économique grave qui se développe, surviennent après le mouvement des Gilets jaunes, expression sans équivalent d’un mécontentement des classes populaires, et une mobilisation importante contre la réforme des retraites. Sans porter un quelconque jugement, force est de constater que cette situation alimente la défiance à l’égard du pouvoir et une perte de crédibilité de la parole publique, nourries toutes deux par une soudaine pluie de centaines de milliards aussi virtuels qu’impalpables.

Quant à l’infantilisation, elle est permanente : dans les messages publics, dans la communication grand public ou dans la communication du gouvernement. Mais comment être responsables alors que tous les outils nous ont manqué, tests longtemps restés indisponibles, et masques indisponibles ou discrédités ?

Comment  être responsables dans une société sur-protégée, habituée par l’assurance maladie à la gratuité des soins en toutes circonstances, et délibérément ignorante de la valeur des connaissances et de l’environnement dont elle bénéficie ?

Les dégâts moraux sont certains, et l’altruisme volontiers réservé à ceux qui ont choisi de servir.  Nos « héros » sont heureusement sans illusion : les doléances à l’égard des urgences à l’hôpital étaient nombreuses, mais dans l’urgence on a applaudi les soignants comme la foule a embrassé les forces de police lors des attentats, mais les a conspuées en d’autres occasions.

Retour de la xénophobie

Pire, le retour d’actes xénophobes et l’émergence de l’idée que l’on pouvait sacrifier les personnes âgées vulnérables, ont été justement fustigés par le Secrétaire général de l’ONU.

Cette attitude, brièvement envisagée dans notre pays, a suscité une réaction immédiate de l’Académie de Médecine (Communiqué « Sortie de l’épidémie de Covid-19 : pour une méthodologie de déconfinement respectueuse de l’Humain », 15 mai 2020), rappelant quelques principes intangibles d’humanité : solidarités intergénérationnelles, respect de toutes les personnes fragiles du fait de l’âge, du handicap ou d’affections chroniques, et respect de la libre décision des patients.

N’est-ce pas une régression morale que de vouloir enfermer les vieux en prétextant vouloir les protéger, et en oubliant que pour eux la préférence est de plutôt mourir d’amour pour leurs proches que crever de chagrin dans leur coin ?

Il est enfin une interrogation sournoise qui s’est fait jour devant la reprise timide de la première semaine de déconfinement : la population française a-t-elle vraiment envie de travailler ? Cette interrogation est provocante car il existe un nombre important de travailleurs qui ont payé un lourd tribut à la maladie, précisément pour n’avoir pas cessé de travailler.

Tel paraît être le cas du département de la Seine-Saint-Denis, où résident un grand nombre de travailleurs jeunes, pauvres et actifs dans des secteurs exposés. Mais sous cette réserve respectueuse, le peu d’enthousiasme manifesté par beaucoup de personnes pour reprendre une activité professionnelle normale interroge.

La reprise molle à la clef

La peur et la précaution servent de paravent pour brandir un droit de retrait. L’importance considérable des aides promises par l’État et le soutien accordé à quelques millions de salariés sont plutôt de nature à inciter à une reprise molle ! Au final, l’activité globale reste modérée en France et se traduit par un recul particulièrement important du PIB national.

N’est-ce pas une forme de démission de la part d’un pays habitué à tant de protections que d’abandonner des choix cruciaux ? La question se pose de savoir si il est raisonnable de laisser gérer la santé à des administratifs qui n’ont pas l’aiguillon de la motivation à soigner.

L’interrogation est récurrente devant la proportion de personnels administratifs dans les structures hospitalières françaises, et devant le pouvoir exorbitant malencontreusement accordé à l’administration, aux « objectifs », et à l’ONDAM (objectif national des dépenses d’assurance maladie) par les réformes qui se sont succédé depuis 10 ans, dont aucune n’a allégé les structures d’un effarant millefeuilles administratif.

Au fond l’expérience de cette pandémie incite à souhaiter un reflux de l’État envahissant et infantilisant qui étouffe les Français actifs sous un flot de normes, de procédures ; cet État qui s’emmêle les pieds à vouloir tout régenter jusqu’au plus petit détail, tirer tous les fils jusqu’aux plus ténus des moments de notre vie ; cet État qui se veut aussi vérificateur, contrôleur, créateur de brigades intrusives et incitant les médecins à une délation rémunérée. Mais ne sommes-nous pas responsables de cet état de fait, responsables d’avoir abandonné notre libre-arbitre et notre responsabilité individuelle ?

Hélas, à la peur sanitaire qu’efface la familiarité vient se surajouter la peur angoissante de la crise économique, majeure, issue du confinement généralisé. Cela facilite une mainmise autoritaire de l’État, conjuguée à une dépendance aux aides. Lassé des incertitudes, affaibli par la peur qui paralyse la réflexion, le peuple fait le dos rond.

Dans cette attitude de démission collective, il n’est d’état d’urgence, d’ordonnance, de loi d’exception, ou de restriction des libertés qui ne soient tolérés en silence ; l’urgence pourrait devenir une habitude, car la peur paralyse la réflexion. Cela pourrait être une manipulation réussie : le peuple a la trouille, et il s’inquiète pour ses vacances. Alors donnons lui (à crédit) du pain et des jeux ?

Décidément non, plutôt que végéter dans une insouciance aveugle dirigée par l’État, je préfère  la responsabilité individuelle qui seule permet l’exercice de notre inaliénable liberté née de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

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