Confinement : comme la liberté de circuler était précieuse !

Together by Thomas Hawk(CC BY-NC 2.0) — Thomas Hawk, CC-BY

Nous avons perdu la liberté de circuler. Nous sommes infantilisés et n’y pouvons plus rien. En attendant de la retrouver, cultivons notre goût de la liberté.

Par Michel Faure.

Voilà, nous sommes tous aux arrêts domiciliaires et la durée de notre peine reste imprécise. Nous savions que cela allait nous tomber sur la tête, mais nous avons du mal à nous y faire. Nous regardons de nos fenêtres la ville fantôme qu’anime de temps en temps un piéton furtif ou un groupe de touristes innocents, mais néanmoins coupables de marcher trop près les uns des autres. Nous le notons mentalement avec sévérité. Nous en sommes là.

En respectant ce confinement, nous renonçons à notre liberté de circuler, de nous réunir et de commercer. Cependant, ce renoncement se révèle ambigu car nous sommes à la fois fâchés d’être punis pour l’incurie et l’amateurisme de ceux qui nous gouvernent, mais aussi consentants.

Ce confinement nous semble nécessaire pour ralentir la progression exponentielle des contaminations, et nous troquons nos libertés le temps qu’il faudra pour rester vivants.

Le gouvernement n’a peut-être pas réagi assez tôt, nos hôpitaux sont déjà saturés, les soignants sont mal protégés et donc, nous, citoyens lambda, nous avons la trouille. Nous ne sommes pas encore prêts à mourir dans quelques semaines et voudrions bien sauver notre peau.

Nous nous méfions de cette avenue déserte dans cette ville morte sous nos fenêtres. Nous restons entre nos quatre murs et n’en sortons que pour aller en apnée à la supérette du coin acheter ce qui reste de comestible dans les rayons ravagés par la panique raisonnable de nos voisins.

Nous avons le droit d’y aller, comme un écolier en retard à l’école, avec un mot de sa mère. Nous, nous avons l’attestation de Castaner dument signée de la promesse de ne pas aller trop loin. Nous sommes infantilisés et n’y pouvons plus rien.

Ces libertés sont-elles perdues à jamais ? Certains l’espèrent qui voient dans le coronavirus l’arme au service de leurs esprits étroits qui va dégommer la démocratie libérale et le capitalisme qui l’accompagne.

Mais la promesse de ces exaltés de la forteresse nationale n’offre que l’alternative mortifère de la dictature ou du régime militaire qui nous promettra, évidemment, socialisme et verdure.

Mais quand nous serons libérés, nous ignorerons tous ces fachos fâcheux. Nous fêterons le droit d’aller et venir et d’être vivants, nous saluerons aussi ceux qui nous ont sauvés, soignés, guéris, nourris. Nous pleurerons les morts.

Nous claquerons l’argent épargné en détention dans des boutiques enfin ouvertes, nous mangerons des croissants sur les terrasses des bistrots et dirons merde aux décroissants, puis nous prendrons des avions qui polluent, mais nous emportent vite vers un bord de mer.

En attendant, dans nos cellules résidentielles, jouissons de nos libertés nouvelles à faire n’importe quoi, selon notre bon plaisir, profiter de notre famille, cuisiner pour elle, ne plus ignorer la vieille voisine acariâtre et solitaire et déposer sur son paillasson quelques magazines et biscuits.

Nous sommes libres de faire de ce temps disponible absolument n’importe quoi qui n’altère pas la liberté des autres. Nous sommes libres de méditer dans un bain chaud, de rester au lit, de faire le poirier et quelques pompes, de faire l’amour en plein après-midi, d’oublier l’anxiété, de lire les livres sédimentés depuis une décennie dans nos bibliothèques et que nous nous étions promis de dévorer le soir de leur achat.

Nous sommes libres d’être nous-mêmes chez nous. Libres aussi de le rester quand reviendra la normalité et nos libertés un instant perdues.

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