Réquisitionner n’aide pas à dépasser les pénuries

Débrancher les incitations marchandes, c’est risquer d’installer durablement la pénurie.

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Réquisitionner n’aide pas à dépasser les pénuries

Publié le 23 avril 2020
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Par Nicolas Marques.
Un article de l’Institut économique Molinari

Le gouvernement a commandé deux milliards de masques de protection pour les semaines et mois à venir. C’est une bonne nouvelle. Les pénuries de matériel de protection face à la pandémie sont criantes. C’est aussi le moment de se poser la question du bien-fondé des mesures décidées au début de la crise. La réquisition des masques a-t-elle aidé ou masqué un problème de fond ?

Des décrets des 3, 13 et 20 mars 2020 organisent les réquisitions de masques de protection respiratoire ou anti-projections. Au départ, seuls les masques FFP2 étaient concernés, mais la démarche a été étendue aux autres modèles. Les réquisitions sont susceptibles de s’appliquer à toutes les personnes « morale de droit public ou de droit privé » et les textes ne précisent pas de modalité d’indemnisation.

Effet à court terme des réquisitions

Ce type de démarche est à double tranchant. Certes, les réquisitions peuvent être efficaces, lorsqu’elles permettent d’améliorer ponctuellement l’allocation de ressources limitées. Mais au-delà de cet effet à court terme, l’expérience montre qu’elles peuvent être contre-productives lorsqu’elles s’installent dans le temps ou deviennent récurrentes. Elles sont alors de nature à faire perdurer la rareté. Réquisitionner un bien n’incite pas à le produire ou à s’en procurer sur le marché international. Réquisitionner, c’est aussi créer un précédent ne poussant pas les acteurs prévoyants à constituer des stocks en amont des crises.

Débrancher les incitations marchandes, c’est risquer d’installer durablement la pénurie. C’est pourquoi les économistes soulignent que les réquisitions doivent s’intégrer dans une stratégie globale permettant d’augmenter l’offre. Le gouvernement sud-coréen, en pointe dans la gestion de la pandémie, a été plus précautionneux que nous. Il a veillé à ne pas figer le marché des masques, en laissant les opérateurs commercer sur une partie de leurs stocks et, surtout, il a stimulé massivement la production.

Incitations réduites

Au contraire, avec son décret sur les réquisitions, l’administration française a réduit les incitations à produire ou acheter plus. Quel intérêt financier à fabriquer ou importer davantage si les masques peuvent être réquisitionnés, selon le bon vouloir administratif ? Se passer du marché est d’autant plus gênant que l’enjeu est d’augmenter de façon drastique l’approvisionnement en masques, au-delà des problèmes d’affectation des maigres stocks existants. Dans un avis sur les mesures de précaution en cas de pandémie grippale, l’administration conseillait la mise à disposition d’un milliard de masques, rien que pour les ménages. Ces masques font défaut aujourd’hui, ce qui augmente les risques de contagion et complexifie la levée du confinement.

Facteur aggravant, les administrations ont été freinées dans leurs achats par leurs rigidités. Les règles d’achats publics, lourdes en temps normal, sont inadaptées aux temps de crise. Même « simplifiées », les procédures ne conviennent pas aux marchés en tension, sur lesquels les décisions doivent être prises rapidement et les marchandises payées à l’expédition. Fort heureusement, nous pouvons compter aussi sur des milliers d’élans de générosité, d’entreprises et de salariés rivalisant d’initiatives pour produire des masques.

Une démarche réconfortante, qui rappelle les taxis de la Marne et les little ships de Dunkerque. Mais elle risque de ne pas être suffisante pour tenir dans la durée. En période de crise, comme en temps normal, l’enjeu reste d’éviter que la régulation ne produise des résultats inverses aux effets recherchés.

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Créer un compte Tous les commentaires (18)
  • Ca ne fait jamais que 3000 ans qu’on sait que l’intervention de l’état dans un marché crée la pénurie pour le plus grand nombre.
    Probablement, quelque part dans leur cortex, quelques individus dans l’état et l’administration le savent aussi.
    Mais aucun n’oserait agir en conséquence, et collectivement, entre abandonner une once de pouvoir et voir crever les citoyens, le choix et vite fait.
    On voit le résultat. Toujours pas ni de gel ni de masques.

    La nouvelle devise de la France, qui représente l’âme de l’administration, c’est: Confiné, controlé, rationné.

  • La production s’est délocalisée parce que les acteurs locaux n’arrivaient pas à produire au même prix que la Chine. Bloquer les prix au niveau de ceux de la Chine tout en demandant une production locale est donc une c… de premier ordre. C’est donc ce que des syndicats revendiquent.

    Pour les réquisitions et leur indemnisation éventuelle, on peut se rappeler qu’elle ne peut se faire que moyennant « juste et préalable indemnité ». L’état réquisitionne et décide lui-même ce qu’est cette indemnité – si c’est Bruno Le Maire qui définit ce qui est « juste », les importateurs ont du mouron à se faire.

    •  » les importateurs ont du mouron à se faire. »
      Justement, dès l’annonce de la réquisition, les importateurs qui n’avaient pas encore payé leurs commandes, les ont annulées. Et on peut se douter que ceux qui les avaient déjà payées, ont fait en sorte que leurs commandes ne soient pas livrées en France mais dans un autre pays où ils ont pu les écouler sans oukase étatique.
      Résultats: on est fin avril et il y a toujours pénurie de masques après plus de 3 mois d’épidémie.
      L’Etat français « stratège » comme toujours…

  • les masques auraient , parait il , une efficacité redoutable contre les émanations de gaz lacrymogène ….que les gens descendent dans la rue avec cette protection , il ne manquerait plus que ça , doivent se dire les pleutres du gouvernement ….

  • Les soignants étant les plus exposés et ceux faisant peser le plus de risques sur leurs patients et leur entourage, il était primordial qu’ils soient correctement équipés en masques.
    Si ceux disponibles immédiatement n’avaient pas été réquisitionnés au profit des soignants, il auraient probablement été utilisés d’une façon moins utile stratégiquement.
    Les stocks constitués il y a une dizaine d’années ayant fondu, et un réapprovisionnement rapide n’étant pas possible, ne restait que la solution de la réquisition.

    Au départ, la faute politique est d’avoir laissé s’évaporer les stock initiaux.
    https://www.lemonde.fr/planete/video/2020/04/22/penurie-de-masques-comment-la-france-a-arrete-de-se-preparer-aux-epidemies_6037381_3244.html
    Ce n’est pas du fait du Gouvernement actuel, mais il a commis une faute de même nature en ne prenant pas la précaution de les reconstituer à tout hasard, avant tout début d’épidémie.

    • Il y a toujours une “bonne” raison pour justifier le contrôle plutôt que la liberté.
      De blâmer les politiques précédentes ne sert à rien, la situation était qu’il n’y avait pas de masques.
      Plutôt que les mensonges et le dirigisme, on aurait pu imaginer une autre réponse: par exemple, Il n’y a pas de masques, désolé, mais nous encourageons tous ceux qui ont un fil et une aiguille a en fabriquer pour eux memes et leurs proches, parce que meme un masque fait maison vaut mieux que rien. Nous demandons aussi a tous les entrepreneurs de faire leur possible pour trouver ou fabriquer les masques qui sont nécessaires.

      Mais non. Impossible.
      Donc il n’y a toujours pas de masques.

      • Heureusement que beaucoup d’associations ou d’auto-entrepreneurs n’ont pas attendu l’avis de l’Etat pour en fabriquer et coudre, plus ou moins aux normes, pour de nombreux hôpitaux même de l’AP-HP.

    • Que l’état constitue « à tout hasard » des stocks de tout et n’importe quoi est une idiotie. L’important est d’avoir partout des procédures de gestion d’urgence, et pour l’état d’avoir tout mis en place faciliter le bon fonctionnement de ces procédures quand il devient nécessaire de les déclencher.

  • « Quel intérêt financier à fabriquer ou importer davantage si les masques peuvent être réquisitionnés, selon le bon vouloir administratif ? ». Tout est dit…

  • Les anesthésiques et curares viennent d’être réquisitionnés par l’État. De plus, l’hôpital publique fait pression sur les ARS pour être servi avant le privé!
    L’activité chirurgicale n’est pas près de remonter en France…

    Tout va bien. L’État stratège gère.

  • c’est n’importe quoi pas vrai..grâce au gouvernement les masques sont pas chers. si que ce serait libre ça serait plus cher.

  • Comme la majorité des français pensent que l’état peut tout, ils ne doivent pas douter que l’état peut réquisitionner puis redistribuer au centuple.

    Regardez bien braves gens le nouveau messie Macron va multiplier les masques.

    • On a vu que l’intendance et la distribution n’était pas non plus son fort. Que de temps perdu! Procédures bloquantes, intermédiaires empêchés de travailler (emballages pour les masques empêchant la distribution)….

  • Les commentaires sont fermés.

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