Le coronavirus, prétexte au 49.3 ?

49.3-4 by Kwikwaju(CC BY-NC 2.0) — Kwikwaju, CC-BY

On ne peut s’empêcher de penser que le coronavirus est un bon prétexte pour faire passer cette réforme dangereuse des retraites en faisant taire toute voix contraire.

Par Jean-Philippe Delsol.
Un article de l’Iref-Europe

Un conseil des ministres a été réuni ce samedi 29 février pour statuer sur la propagation du coronavirus. En réalité, il semble bien que le but principal était de décider de mettre en œuvre l’article 49.3 de la Constitution pour faire passer la réforme des retraites sans débat.

Et en sus le gouvernement en a profité pour décider d’annuler tous les rassemblements « en milieu confiné » de plus de 5000 personnes jusqu’à nouvel ordre et se permettre d’interdire également d’autres rassemblements en milieu ouvert quand ils occasionnent « des mélanges avec des populations issues de zones où le virus circule ».

Le ministre Olivier Véran a d’ailleurs expliqué :

Ces mesures sont provisoires et nous serons sans doute amenés à les faire évoluer, ce sont des mesures contraignantes et nous souhaitons paradoxalement qu’elles durent un peu, parce que cela voudrait dire que nous parvenons à contenir la propagation du virus.

Un moyen, si nécessaire, d’empêcher des manifestations contre la réforme des retraites en même temps que le gouvernement veut la faire adopter en force.
Ces deux mesures sont pourtant peu justifiées.

Le coronavirus

Au 28 février, le coronavirus/Covid-19 a touché cent personnes en France, dont douze sont guéries, deux décédées et quatre-vingt-six encore hospitalisées, dont neuf dans un état grave, selon le ministère de la Santé.

Selon les années, deux à six millions de personnes sont touchées par la grippe ordinaire en France. Durant l’hiver 2018-2019, Santé publique France estime que plus de 65 600 passages aux urgences ont été recensés pour syndrome grippal et 8100 décès tous âges confondus ont pu être attribués au virus de la grippe saisonnière. Selon l’Organisation mondiale de santé (OMS), la grippe saisonnière serait responsable de 290 000 à 650 000 décès par an dans le monde tandis qu’à ce jour le coronavirus a tué 2868 personnes dans le monde.

Ce n’est pas pour autant qu’il ne fallait pas se préoccuper de cette épidémie nouvelle du Covid-19 qui semble davantage létale pour les populations touchées : en France 0,2 à 0,5 % des personnes atteintes de la grippe ordinaire décéderaient alors que dans le monde 2,3 à 2,6 % des personnes infectées du coronavirus en mourraient selon une étude du Centre chinois de contrôle et de prévention des maladies (CDC) sur des données collectées jusqu’au 11 février.

Au demeurant, si seulement cette étude n’est pas tronquée comme le sont tant d’informations chinoises, elle n’est pas nécessairement pertinente car la grippe saisonnière frappe principalement les enfants mais tue essentiellement les personnes plus âgées : 64 % des victimes en 2018-2019 avaient plus de 65 ans, selon Santé publique France. Alors que les enfants ne semblent pas touchés par le coronavirus. On ne peut donc pas exclure que ce dernier ait une létalité du même ordre que la grippe saisonnière sur les populations les plus touchées, celles de plus de 65 ans.

Alors, tout ça pour ça ? Il est vrai que le nombre d’infections et de décès va sûrement encore s’alourdir chaque jour jusqu’à ce que l’épidémie recule, sans qu’on sache pourquoi. Il est souhaitable de veiller à sauver des vies.

On ne peut pas critiquer le gouvernement de prendre des mesures eu égard à la peur exponentielle dont le monde est frappé dans l’affolement paroxystique causé par des médias hystériques sur ce sujet et dans un monde très prompt à mettre en cause la responsabilité juridique des responsables politiques pour défaut de prudence. Différemment, le gouvernement n’aurait pas été compris. Mais il n’avait pas besoin de frapper si fort sauf s’il en avait besoin pour masquer sa réforme honnie et la faire passer.

La réforme des retraites

Car ce qui choque, c’est que le coronavirus pourrait être un prétexte pour qu’on parle moins des retraites et pour empêcher les manifestations contre cette réforme plus stupide qu’inique.

Il est bien certain que le système français de retraites avait besoin d’une réforme. Il est fondé sur le principe de répartition qui n’est pas viable à long terme eu égard à l’inéluctable réduction, en l’état, de la population active et à la non moins inéluctable augmentation de la population retraitée.

La réforme a ceci de juste qu’elle veut supprimer des régimes spéciaux devenus des rentes de situation au détriment des contribuables. Sauf que par idéologie pure et simple la réforme en cours non seulement ne remet pas en cause la répartition mais elle la généralise aux derniers bastions de capitalisation (la complémentaire des fonctionnaires, les pharmaciens…) alors que la seule solution eut été au contraire de généraliser progressivement, en une génération, la capitalisation comme l’ont fait depuis 30 ans de nombreux pays dont les retraites sont aujourd’hui meilleures que les retraites françaises alors que les cotisations sont plus basses qu’en France (Pays-Bas, Danemark…).

Pourquoi aussi vouloir attenter à la liberté des uns et des autres et mettre dans le même panier tant de métiers différents ?

On ne peut donc pas s’empêcher de penser que le coronavirus est un bon prétexte pour faire passer cette réforme dangereuse des retraites en faisant taire toute voix contraire. Ce n’est pas ce que nous appelons la démocratie, même si les manœuvres d’obstruction menées par l’opposition sur le sujet se sont elles-mêmes apparentées à une forme de subversion à l’encontre également de la démocratie. C’est ce double reniement qui est sans doute le plus inquiétant.

Ne vaudrait-il pas mieux retirer cette réforme mal conçue et inadaptée et s’occuper normalement du coronavirus ? En tout il faut savoir raison garder.

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