Lundi sans viande : foodtechs et lobby anti-viande, même combat ?

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Pourquoi si nous sommes responsables ne devrions-nous plus manger de viande le lundi ? C’est très simple. Il s’agit d’une pure offensive commerciale des foodtechs.

Par Pierre Silberzahn.

Environ 500 « célébrités » ont signé le 8 janvier dernier une tribune publiée dans Le Monde dans laquelle elles s’engagent à bannir de leur alimentation chaque lundi la viande et le poisson. Elles expliquent :

« Nous pensons que chaque personne peut faire un pas significatif dans ce sens pour l’un ou l’autre des motifs suivants : la sauvegarde de la planète, la santé des personnes, le respect de la vie animale ».

« Les moralisateurs de notre assiette » titre le journal La France agricole.
Ces gens qui consomment chaque jour l’équivalent de ce que gagne par mois un smicard, un retraité ou un chômeur nous demandent de sauver la planète. Il est facile de savoir ce qu’est la vie des célébrités : les magazines people sont consacrés à leurs us et coutumes, à leurs dépenses ; la vie rêvée et enviée pour les lecteurs de ces magazines.

Célébrités qui ne se déplacent qu’en avion, transport écologique s’il en est, qui mangent dans les restaurants des chefs, consomment des grands crus, qui sont les raisons d’être de l’industrie de la mode et du luxe, skient à Megève, dégustent les viandes maturées de bovins Angus, Waigu ou Kobé.

Elles ne consomment certes pas le burger composé de viandes de vaches laitières de réforme pour une part importées d’Allemagne, inconsommables autrement que hachées menu, ce qui pour des raisons de coût est maintenant la viande de 54 % des Français. Et ces célébrités sur-nourries dont le seul problème est de garder la ligne voudraient que le prolo sacrifie son burger du lundi pour sauver la planète !

Mais le prolo sait bien que ce n’est pas sa planète, qu’il a juste le droit d’essayer d’y survivre, lui et son gilet jaune. « De nombreux Français aimeraient bien, eux, manger de la viande mais n’en ont pas les moyens », a d’ailleurs taclé Ségolène Royal, ex-ministre de l’Écologie.

Une offensive commerciale des foodtechs

Mais alors de quoi s’agit-il ? Que signifie ce lundi proclamé sans viande ? Pourquoi si nous sommes responsables ne devrions-nous plus manger de viande le lundi ?
C’est très simple. Il s’agit d’une pure offensive commerciale des foodtechs, les entreprises de technologies alimentaires.

Le repas français est structuré autour de la viande. Si pour toutes ces bonnes raisons – la sauvegarde de la planète, la santé des personnes, le respect de la vie animale, vous décidez de ne pas manger de viande ce lundi, qu’est-ce que vous allez faire ? Hé bien vous allez chercher un substitut de la viande, un ersatz, quelque chose qui la remplacera. Quoi de plus évident que d’en profiter pour essayer un de ces burgers végans garantis sans viande animale et composés de farine de pois ? Vous aurez la conscience en paix, vous aurez sauvé votre repas et de plus vous aurez payé moins cher que de la viande animale.

Pour les foodtechs ce lundi sans viande est exactement l’équivalent de la distribution d’échantillons gratuits. Sauf que vous payez l’échantillon (un peu moins cher quand même que la viande animale)…

Comme avertit Paul Aries :

« Le véganisme n’est pas en effet la poursuite du végétarisme et du végétalisme sous un autre nom ; c’est une véritable idéologie politique qui sape les frontières entre les espèces tout en servant de cheval de Troie aux biotechnologies alimentaires comme les fausses viandes industrielles. »

Les personnes véganes étant discréditées par leurs excès, les foodtechs ont fait porter leur message par des hérauts populaires, les célébrités, dont en première ligne les actrices de cinéma. Si Juliette Binoche ou Isabelle Adjani le dit, ça porte mieux que si c’est un végan. On peut s’assimiler, on aimerait s’assimiler, on aimerait être Juliette Binoche ou Isabelle Adjani. Ce sont des influenceuses. Ceci dit Juliette Binoche est peut-être végane.

Pour les foodtechs le remplacement de la viande animale par de la « viande » non animale est un enjeu économique énorme. Le capital ne s’y trompe pas. Les investissements ont augmenté de plus de 60 %, à 1,5 milliard de dollars, en 2018. Toutes les entreprises commercialisant des nouvelles denrées alimentaires, comme les alternatives végétales à la viande, ou les insectes, deviennent aussi de nouvelles stars.

Business go vegan

Certaines grosses levées de fonds ont eu lieu début 2019, comme celle de la start-up française Ynsect qui a réuni en janvier dernier 110 millions d’euros. « Il n’y a pas de ralentissement dans cette catégorie, au contraire », affirme un analyste. En décembre, l’anglo-néerlandais, Unilever, a acheté aux Pays-Bas « De Vegetarische Schlager » (Le Boucher Végéta­rien), avec lequel il avait noué des rela­tions commerciales depuis 2016.

Unilever vend déjà près de 700 produits végétariens sous le label « V-Label » de l’Union végétarienne européenne, au sein de marques comme Knorr ou Ben & Jerry’s. Danone a en 2017 finalisé le rachat de WhiteWave, un des grands groupes vegan aux États-Unis, pour la coquette somme de 12,5 milliards de dollars. Le groupe Nestlé s’apprête à commercialiser son premier hamburger végétal, « l’Incroyable Burger ».

Pour le géant suisse, la vague végane sera un marché tout à fait substan­tiel, estime le direc­teur de Nestlé aux États-Unis. Selon le groupe : « La moitié des consommateurs aux États-Unis recherche plus de produits végétaux et 40 % souhaitent manger moins de viande ». Signe des temps, dans l’un de ses récents numéros la respectable revue The Lancet propose de ne plus manger que 100 grammes de viande une fois par semaine.

La start-up américaine Beyond the Meat produit des steaks et des saucisses à base de plantes et vient de faire une entrée fracassante à Wall Street, l’action s’envolant de 163 %. Fondée en 2009 par Ethan Brown cette start-up est sou­tenue par Leonardo DiCaprio, Bill Gates et Tyson Foods, le numéro un de la viande aux États-Unis.
Pour fabriquer ses produits, Beyond Meat a recours aux petits pois, aux fèves ou au soja et utilise des technologies sophistiquées pour approcher au plus près le goût, la couleur, l’odeur et la texture de la viande.

Avec l’arrivée de cette start-up végane en Bourse, les investisseurs reconnaissent que « ce n’est pas un marché de niche mais un mouvement d’ampleur et une grosse opportunité financière. L’industrie de la viande à base de plantes prospère et les consommateurs n’en ont jamais assez ».

Au pré, vaches et moutons broutent de l’herbe qu’ils transforment miraculeusement en viande que nous mangions. Par amour des animaux, plutôt que de les manger, nous nous sommes mis aussi à manger des végétaux. Voilà comment l’humanité devient herbivore. Schafe können sicher weiden JS Bach BWV 208 (les moutons pourront paître en toute sécurité).

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