La compétitivité française, grande oubliée du pouvoir actuel

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Le discours de la compétitivité aiderait à mieux comprendre le sens des efforts à accomplir, à mieux comprendre les réalités, les contreparties et les coûts.

Par Xavier de Yturbe.
Un article d’Entrepreneurs pour la France

À un moment où la France est en quasi-faillite et déclassée en Europe, la Cour des comptes indique que le pouvoir actuel, loin d’avoir réduit la dépense publique, a engagé 206 fonctionnaires en 2018. Certes le nombre n’est pas important mais c’est un signe qui révèle que le pouvoir actuel n’a quasiment pas pris la mesure de la situation économiquement inquiétante dans laquelle se situe notre pays.

De plus, étrangement la notion de compétitivité qui pourtant commande tout : croissance, emploi, pouvoir d’achat, recettes de l’État donc les impôts et capacité de redistribution, équilibre du budget, indépendance nationale… a été presque, sinon totalement absente des revendications des Gilets jaunes, du Grand débat, des élections européennes.

Alors est-il peut-être bon de rappeler à titre d’exemples certaines données structurelles de notre pays basées sur les chiffres officiels, notamment de l’OCDE, d’Eurostat, de l’Insee, de la DARES… :

Le constat

Dans une Union Européenne à 28, la France n’est que 11ème pour le PIB moyen par habitant. Elle est 7ème pour le revenu disponible médian en standard de pouvoir d’achat.

Son taux de croissance moyen à 1 % depuis 2007 est l’un des plus faibles de l’Union européenne, en dessous de la moyenne de l’Europe alors que par exemple l’Allemagne a connu pendant la même durée un taux moyen de croissance de 1,5 % ;

La France est 11ème pour le taux d’emploi des 15-64 ans, son taux de chômage est l’un des plus élevés de l’UE, à 2 % de plus que la moyenne de l’Europe. Elle est aussi 11ème pour le taux des diplômés du supérieur en pourcentage de la population ;

Elle est 19ème pour sa balance commerciale avec un déficit cumulé qui est en valeur absolue quatre fois inférieur à l’excédent cumulé de l’Allemagne ; la part de ses entreprises actives dans l’industrie par rapport à leur nombre total est inférieure à celle l’UE.

Son taux d’auto-financement en pourcentage de PIB est de 30 % inférieur à celui de l’UE ; la France n’est que 13ème de l’UE pour son taux de création d’entreprises ; de 2000 à 2017 la part des marchés de la France à l’exportation dans la zone euro est passée de 17 % à 12,9 % ; de 2000 à 2016, la part des marges de l’industrie dans le PIB est passé en France de 5,9 % à 4,2 %, alors qu’en Allemagne elle a augmenté de 7,4 % à 9 %.

Le rapport des marges industrielles en euros entre France et Allemagne est de 1 à 3 alors que le rapport de PIB n’est que de 1 à 1,4 ; si la part française de marché était restée à son niveau de 2000, le montant des exportations de biens et services serait aujourd’hui de 210 milliards au-dessus du niveau actuel. Et le manque à gagner cumulé de cette perte de compétitivité depuis 2000 est ainsi évalué à 1700 milliards d’euros.

La baisse de la compétitivité française a donc un coût important. Et on le voit, tous ces indicateurs sont moyens ou médiocres et indiquent clairement que le pays a décroché depuis quarante ans. Pourquoi ?

Les causes

Trop de dépenses publiques

Elle détient depuis 2016 le record de l’UE, et même de l’OCDE :

Dans cette mauvaise performance elle est première de l’UE et de l’OCDE, et seconde dans le monde derrière la Corée du Nord !
Depuis 2007, les dépenses publiques ont augmenté deux fois plus vite que le PIB : 16 % contre 8 %.
Plus grave, cet accroissement a été majoritairement financé par l’accroissement des prélèvements sur les entreprises. Entre 1970 et 2000, cet accroissement a été de 5 % du PIB, soit la plus forte augmentation de l’OCDE et de l’UE. Les entreprises françaises subissent des prélèvements supérieurs à 6 % de moyenne OCDE et de 7 % moyenne UE. Elles sont ainsi les seules dans la zone euro à augmenter leur endettement faute d’un auto-financement suffisant.
Le taux net des prélèvements obligatoires sur la production est plus important en France de 8 % par rapport à celui de l’Allemagne.
Pour 1000 habitants en 2015, la France a 88,5 de fonctionnaires, soit 60 % de plus que l’Allemagne qui en a 55,7.

Pas assez d’industries

Depuis 1950, la production des administrations est passée en France de 13 % à 23 % du PIB tandis que la production de l’industrie est passée de 28 % à 14 %.
Or une loi générale de l’économie est que dans les grands pays développés, l’industrie est le premier levier de croissance.

Sa productivité est 3 fois supérieure à celle des autres activités, elle est décisive pour notre balance commerciale : entre 75 % et 80 % des biens exportés sont des biens industriels. Et l’emploi industriel crée des emplois aussi dans les services associés.

Ne travaille pas assez

L’âge moyen de liquidation des retraites est l’un des plus précoces d’Europe, le 3ème taux de pension de retraite en pourcentage du PIB, le plus coûteux de l’UE. Le pays a ainsi la durée moyenne espérée de retraites la plus élevée en Europe et donc la plus coûteuse. Le système français de retraites coûte 14 % du PIB, soit un quart de la dépense publique à 56 % du PIB.

La France est en 24ème position pour la durée hebdomadaire réelle par ordre décroissant dans l’UE, et elle a la 4ème position du coût horaire dans l’UE.

Les propositions

Au stade assez catastrophique où en est le pays, il faut d’urgence une véritable révolution culturelle et mentale en mettant la compétitivité internationale des entreprises françaises au départ et au centre de tout raisonnement.

De ce point de vue, il est pour le moins dommage que cette occasion n’ait pas été saisie par le pouvoir actuel à l’occasion du Grand débat. La compétitivité ne casse pas le modèle social, c’est elle qui le permet. Et réfléchir à comment redistribuer avant de réfléchir à comment produire prépare un gâteau plus petit pour tout le monde.
Mais cette pédagogie de la compétitivité ne peut avoir de sens que si dirigeants,  médias, élus et élites font une véritable pédagogie économique et si le niveau économique des Français est amélioré.

À ce sujet, pourquoi les sciences économiques fondamentales pour comprendre le monde ne sont-elles pas enseignées depuis la sixième, avec le même volume horaire que les autres sciences physiques ou de la nature ?

Nous avons pu constater durant les mois précédents où menait l’inculture économique : les Gilets jaunes réclament une hausse de salaire, mais dans une économie interdépendante, on ne peut gagner plus que sa productivité ; ils veulent davantage de services publics et moins d’impôts, mais c’est actuellement en partie incompatible sauf à faire un gigantesque effort de productivité dans les services publics, ce qui va prendre du temps.

Leur solution pour surmonter cette incompatibilité ? Faire payer les riches. Mais outre que la France est déjà l’un des pays les plus redistributeurs et égalitaires, le montant total des sommes prises aux riches ne suffirait probablement pas à assouvir la soif des plus pauvres. Une grande partie de ces riches a d’ailleurs déjà quitté le pays, provoquant un important manque à gagner pour la collectivité, notamment en termes d’emploi. Pourquoi ne leur a-t-on pas mieux expliqué ?

Le discours de la compétitivité aiderait à mieux comprendre le sens des efforts à accomplir, à mieux comprendre les réalités, les contreparties et les coûts.
Enfin, de nombreux pays occidentaux nous ont montré la voie du redressement ainsi que toute la panoplie des outils et méthodes nécessaires. Il suffirait de les adapter à notre situation. La France a de nombreux atouts, mais ce qui lui manque, c’est le courage de ses dirigeants.

Ceux-ci doivent urgemment se rappeler que le déficit de compétitivité et la dépendance vis-à-vis de créanciers internationaux finissent par être beaucoup plus douloureux socialement. Et les brillants économistes qui indiquent que la dette n’est pas dangereuse tant que les taux d’intérêt sont inférieurs au taux de croissance feraient bien de prendre conscience que les taux d’intérêt peuvent remonter à tout moment, et qu’il faudra bien rembourser un jour nos dettes.

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