Retraites : une France borgne qui se met le doigt dans l’œil qui lui reste

Un habituel non-débat eût lieu pendant plus de deux mois, agrémenté de mauvaise foi et d’invectives dignes des républiques précédentes.

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Retraites : une France borgne qui se met le doigt dans l’œil qui lui reste

Publié le 21 mars 2023
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L’adaptation des institutions de protection sociale de ce pays reste dans l’angle mort d’une vision étriquée de ce que le bon sens exige : quel que soit le régime de retraite et ses paramètres comptables, le seul moyen d’assurer sa viabilité sera de maintenir et développer la prospérité du pays à long terme.

Oubliant cela, les uns comme les autres sont figés dans un affrontement indigne des prétentions d’une élite. Vue de loin, cette inaptitude à régler un problème est incompréhensible.

 

Trois mois de non-débats sur les retraites

Pourtant, le principe de répartition fait non seulement consensus mais unanimité dans le pays. En toute logique il faut alors accepter que ce système impose un corset paramétrique afin d’éviter que s’établisse un déficit systémique. Tout corset opprime mais si c’est pour se faire belle…

Il devrait aussi être possible de miser sur la capitalisation qui, au bout du compte, dépend de la même prospérité du pays mais qui permettrait une adaptation plus souple au futur cadre économique et des solutions moins rigides et plus personnalisées sans s’échiner à planifier un avenir de boule de cristal. Mais dans cette grande nation, capital est un vilain mot, allez savoir pourquoi.

Un habituel non-débat eût donc lieu pendant plus de deux mois, agrémenté de mauvaise foi et d’invectives dignes des républiques précédentes, mais dénué d’un quelconque panache. L’avant-dernier acte vient d’être joué, le prochain ne sera pourtant pas le dernier.

D’autre part, et en même temps, les trois tendances politiques jouant dans la septième économie du monde se montrent loin d’être à la hauteur de ce qui eût pu être un renouveau de sa vie politique. Méchants animateurs d’un désordre permanent, les néo-marxistes de la dernière pluie, rassemblés sous une ombrelle arc-en-ciel trouée, démontrent une fois de plus leur inappétence pour la réalité.

Leurs acolytes de l’autre aile ne sont pas plus capables de formuler une politique au-delà de leitmotivs utiles pour jouer à l’opposition mais inadéquats pour se transformer en action responsable. Au milieu de tout ça, on se dépatouille entre éléments de langage mode écolo et Master of Business Administration, en querelles de sous-chefs et en gérant des crises bienvenues car elles évitent de devoir faire un boulot ennuyeux consistant à laisser vivre le pays sans l’emmerder.

Cela fait trois doigts qui se battent pour se planter dans l’œil. La bonne nouvelle est que cet aveuglement devrait empêcher de développer encore plus de visions fantasmagoriques.

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  • Pourquoi c’est si compliqué en France ? Une hypothèse : récemment en déjeunant avec un client, il me racontait qu’il avait voté Macron parce qu’il était jeune et qu’avec cette jeunesse il pouvait insuffler un renouveau dans la manière de faire la politique. D’une manière générale dans mon entourage on vote en choisissant celui ou celle qu’on déteste le moins. C’est donc la personnalité qui prime sur le contenu. Notre fonctionnement politique est très fortement incarné dans les personnes ce qui psychologise les relations entre gouvernants, élus et citoyens. Les idées passent au second plan et sont assez régulièrement utilisées pour défaire la personne. Débats sérieux et compromis impossibles !

    • Jean Jacques Goldman, Mimi Matty ou Yannick Noah se présenteraient, ça reviendrait au même en effet…

    • Le CV d’un politicien est ce qui reste quand on a enlevé tout le reste. Le programme qui ne sera pas tenu – ou alors dans ce qu’il a de pire. Les promesses oubliées. Les décisions prévues mais passées sous silence à l’élection. Les erreurs impossibles à reconnaître.
      Alors on vote pour celui qui paraît le plus ouvert, le plus sympathique, le plus allant. En espérant une gouvernance qui lui ressemble.
      Et on est toujours déçu.

    • Les élections ne se font pas par mandat impératif. On vote pour une personne, et non pas pour un programme.
      Macron a été le premier politicien honnête sur ce sujet: ses collègues en avaient un qui servait de PQ après l’élection, Macron lui n’en avait pas. Il avait une belle gueule, et c’est pour ça qu’on vote.
      Ca me rappelle l’élection du délégué de classe. C’était toujours un imbécile très populaire. Jusqu’ à ce que bourde après bourde, un futé impopulaire mais capable se fasse élire. Nous y viendrons aussi, mais on n’y est pas encore.

  • La retraite à été créée à l’origine pour les personnes ne pouvant plus travailler. C’est son rôle sociale. Grâce à Mitterrand, elle s’est transformée et est devenue pour les personnes ne voulant plus travailler.
    Et elle se retrouve ainsi dans la droite ligne du RSA, du droit à la paresse, du fonctionnariat à outrance, etc, etc.
    On remarquera pour ces grèves comme pour les autres, qu’en dehors des raffineries, la majorité des grévistes est composée de fonctionnaires, comme d’habitude. Des fonctionnaires à qui il faudra un jour apprendre à faire leur travail avec la même efficacité et rentabilité que dans le privé ; et cela d’autant plus que c’est le citoyen qui par ces impôts les paye et paye leurs retraites.

  • La capitalisation ne dépend pas de la prospérité du pays, mais de celle du monde. La France représente 2.6% de la capitalisation boursière mondiale, laquelle peut absorber sans s’en apercevoir le passage à la capitalisation pour les retraites de notre « grand » pays.

    • « La France représente 2.6% de la capitalisation boursière mondiale »
      Cela permet d’importer (et taxer) les bénéfices de concurrents étrangers plus prospères mais cela incite aussi à investir ailleurs que chez nous aux dépens de ce qui reste d’industrie.
      Inversement une prospérité accrue des vieux et une diminution de la charge de la répartition peuvent favoriser cette même industrie.
      Y a-t-il des modèles crédibles pour démêler les conséquences probables?

      • N’étant pas économiste, je ne sais pas s’il existe des modèles pour cela. En revanche, mon expérience est que la croissance des uns favorise celle des autres, plutôt que de se faire à leurs dépens. C’est un travers bien français de croire qu’on ne peut pas habiller Paul sans déshabiller Pierre ! Les choix sont à peu près toujours soit gagnant-gagnant, soit perdant-perdant, et la présence d’un gagnant est une forte présomption pour que ce soit gagnant-gagnant.

      • Premier avantage de la capitalisation : on sort d’une équation démographique de plus en plus défavorable.
        Deuxième avantage (quand on croit aux vertus du capitalisme) : les sommes destinées aux retraites transitent par l’investissement au lieu d’être versées directement à leurs bénéficiaires.
        La capitalisation profite donc à tous. Individuellement, avec la fin des cotisations obligatoires, transformées en salaire net.
        Collectivement, par la dynamisation des économies.
        PS : je ne comprends pas en quoi la prospérité accrue des vieux serait plus profitable à l’industrie française que celle des actifs. Ni ce que la modification de notre système de retraite changerait à nos habitudes d’investissement.

  • Un non-débat relaté par un non-article. La boucle est bouclée. Je viens de perdre deux mois et… deux minutes sur la question des retraites.

    -2
  • C’était prévisible : M. Macron n’a pas voulu de débats lors des présidentielles et lors de son premier quinquennat il a passé son temps a contourner le rôle du parlement au moyens de comités théodules, pourquoi aurait-il procédé différemment pour ce foutu projet de réforme des retraites ?

  • la répartition ne fait ni consensus et encore moins unanimité dans le pays.

  • Les commentaires sont fermés.

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