Retraites : les syndicats en France ne défendent qu’une minorité

Manifestation du 2 Octobre 2010 - CGT by Maya-Anaïs Y. (CC BY 2.0) — Maya-Anaïs Y., CC-BY

Comment les salariés du régime général peuvent avoir les mêmes syndicats que ceux qui leur pourrissent la vie à longueur d’année au profit d’autres catégories ?

Par Gérard Maudrux.

Il y a beaucoup à dire sur la France et ses syndicats : pouvoir décorrélé du nombre d’adhérents, financement, objectifs, respect du pays ou du travail, collusion avec les gouvernants…

Un point m’a toujours frappé qui apparaît bien dans les problèmes actuels de retraite : comment les salariés du régime général et ceux du secteur public et des régimes spéciaux peuvent avoir les mêmes syndicats, qui défendent toujours l’un au détriment de l’autre, sans même chercher de compromis ou d’équité, le sens étant toujours le même.

Les syndicats, CGT en tête, se sont toujours battus pour mettre en place et maintenir des privilèges pour une seule catégorie, au détriment de l’autre, qui finance indirectement ces privilèges devenus insupportables. Ils ont un grand mépris pour ceux qui travaillent, n’hésitant pas à les en empêcher pour défendre les privilèges des seconds, sans aucun scrupules. Voilà qu’ils sont même prêts à sacrifier les vacances de millions de familles françaises.

L’évocation rituelle des services publics

Leur premier argument pour défendre ces privilèges ne dupe personne, il est pourtant utilisé à longueur d’année.

La défense de la qualité des services publics !

Un service public au service des citoyens ou bien des citoyens au service d’une minorité ayant pouvoir de nuisance ? Certains n’ont pu se rendre à un entretien d’embauche, d’autres ratent des examens et perdent donc un an, mais ce n’est pas le problème des syndicats qui méprisent les problèmes humains, qui méprisent ceux qui n’ont pas de privilèges.

Ils n’ont jamais défendu qu’une seule catégorie, minoritaire, au détriment de la majorité qu’ils méprisent. Je me souviens aussi de la grève SNCF au moment de l’éruption de l’Eyjafjöll en 2010. Les aéroports parisiens étant fermés, les avions étaient détournés, notamment sur Bordeaux, en pleine grève SNCF. Des dizaines de milliers de concitoyens en rade, sans moyens de transport. Croyez-vous qu’ils auraient suspendu temporairement la grève pour venir à leur secours ? Aucune compassion pour les Français ; même chose pour la fête de l’année qui rassemble le plus les familles. Mes privilèges d’abord, alors qu’un report à janvier aurait manifesté un peu de respect pour les Français.

Comment les salariés du régime général peuvent avoir les mêmes syndicats que ceux qui leur pourrissent la vie à longueur d’année au profit d’autres catégories ?

La situation aujourd’hui est assez surréaliste, car ces actions sont soutenues par une majorité de citoyens. Soutiendraient-ils le maintien de ces privilèges ? Bien sûr que non, mais ils soutiennent le mouvement, car la CGT et ceux qui pourrissent la vie des Français, qui n’ont aucun scrupule à détruire l’économie du pays, à déséquilibrer ses comptes par des dépenses indues, sont les seuls à pouvoir s’opposer efficacement à une réforme dont personne ne veut.

Qui défend le régime général ?

Même s’ils n’ont pas le même pouvoir de nuisance, les salariés du régime général n’ont pas de syndicat pour les mobiliser efficacement dans la défense leurs intérêts, leur souci d’équité.

En effet, la CGT manifeste-t-elle pour supprimer les régimes spéciaux ?

Non, les salariés du privé n’ont pas de syndicat pour les défendre, pas plus que les indépendants et professions libérales. Regardez les médecins dont les pensions vont baisser de 30 %, combien de syndicats pour lancer un mouvement ? Ils n’ont pas de CGT-Médecins, et si c’était le cas, serait-elle mobilisée contre les régimes spéciaux ?

La situation est ubuesque, pour la simple raison qu’il n’y a pas vraiment de syndicat. Pour les médecins, il y a longtemps que j’ai compris : qui les finance ? Pas les adhérents, et qui paye commande. Il doit en être ainsi pour beaucoup d’autres professions.

Il m’est venu à l’idée d’adresser une lettre à Macron signée de plus de 100 présidents et anciens présidents de caisse lui expliquant qu’il avait raison de défendre une réforme des retraites, mais que celle qui était proposée ne réglait en rien les problèmes d’équilibre de la répartition et qu’elle resterait dans l’Histoire comme ayant détruit les caisses qui n’avaient pas démérité depuis 70 ans et ne nécessitant pas forcément de réforme.

En voulant contacter le président de l’Agirc-Arrco, première étape avec ses dizaines de caisses affiliées, je m’aperçois qu’il est un cadre de la CFDT, ce qui pourrait expliquer pourquoi on n’entend pas beaucoup l’organisme qui gère des millions de cotisants et de retraités, salariés muselés par les syndicats qui défendent d’abord les privilèges des régimes spéciaux, et indirectement leurs propres avantages.

Pauvre France, pauvres Français, embarqués dans un système devenu ingérable, incontrôlable et non réformable.

Un petit bémol toutefois à mes propos, toujours inspiré par la situation actuelle qui met en évidence une scission : les régimes spéciaux défendus par la CGT, et le régime général par la CFDT ? Mais comment et par qui est financée la CFDT ? Qui paye commande.

 

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